La visibilité de l’UE dans les médias français progresse, mais demeure faible

La couverture de la guerre en Ukraine a permis d'accroître largement la couverture des sujets européens dans les médias français. Elle reste toutefois faible, selon la Fondation Jean-Jaurès, qui propose le recours à des objectifs contraignants pour remédier au manque.

Euractiv France
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La Fondation Jean-Jaurès met en exergue une différence notable de traitement entre le secteur privé et le secteur public. [Shutterstock/HJBC]

La couverture de la guerre en Ukraine a permis d’accroître largement la couverture des sujets européens dans les médias audiovisuels français. Elle reste toutefois faible, selon la Fondation Jean-Jaurès, qui propose le recours à des objectifs contraignants pour remédier au manque.

Depuis maintenant plusieurs années, la Fondation Jean-Jaurès, un cercle de réflexion proche de la social-démocratie, évalue la place faite à l’UE par les médias français.

Dans son étude pour 2022, publiée lundi (26 juin), le think-tank constate que, malgré l’importance des décisions prises au niveau européen, l’Europe et ses institutions demeurent peu couvertes par les chaînes et radios hexagonales.

Néanmoins, la guerre en Ukraine a permis de doubler leur présence dans les médias audiovisuels. Ainsi, de 2,1 % en 2021, la proportion de sujets consacrés à l’UE est passée à 5,7 % en 2022 — dépassant le précédent pic, constaté lors des élections européennes de 2019 (4,8 %).

La Fondation met en exergue une différence notable de traitement entre le secteur privé et le secteur public. Les chaînes d’information en continu ont une couverture européenne sensiblement moins importante que celle du service public, France 24. Celle-ci a consacré 5,9 % de son antenne à des sujets européens sur la période 2020-2022, contre environ 2 % pour CNEWS et LCI par exemple. Pour BFMTV, première chaîne d’info de France, cette proportion n’atteint que 1,5 %.

Quant aux radios, le bilan est à peu près le même : 3,2 % des sujets ont attrait à l’UE sur France Inter (radio publique). C’est encore plus faible sur Europe 1 (2,2 %), franceinfo (2 %), RMC (1,7 %) ou encore RTL (1,3 %).

La différence entre le public et le privé peut s’expliquer, en partie, par l’absence de correspondants permanents à Bruxelles chargés de la couverture européenne, pour la plupart des chaînes privées. Compte tenu du coût pour déployer un correspondant et l’intérêt modéré des téléspectateurs pour les sujets européens, cela n’avait pas forcément de sens, a indiqué à EURACTIV France un responsable de la chaîne LCI.

Ce dernier renvoie la balle aux institutions européennes, qui seraient peu proactives envers les médias nationaux dans leur communication, juge-t-il, alors que leur fonctionnement est complexe, pour les téléspectateurs, comme pour les journalistes.

Ukraine, PFUE, Qatargate

Si la présence de l’UE dans les médias audiovisuels français a été dopée en 2022, cela est lié, outre la guerre en Ukraine, à la présidence française du Conseil de l’UE, au premier semestre 2022, à la crise énergétique, et au scandale du Qatargate. En dehors de cette affaire de corruption, la couverture de l’actualité du Parlement européen a été extrêmement faible dans les médias français étudiés.

Ses seules mentions étaient liées au discours sur l’État de l’Union de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, ou encore à celui du président français Emmanuel Macron face aux eurodéputés.

Parmi les points positifs, l’étude montre que la prise de parole de dirigeants européens dans des médias français a augmenté en 2022 par rapport à la période 2016-2020. C’est le cas pour toutes les principales fonctions — présidence de la Commission européenne, du Parlement européen, Haut représentant de l’UE et commissaires français — à l’exception du président du Conseil de l’UE, dont les prises de parole décroissent par rapport à la mandature précédente.

L’actualité des partenaires européens de la France connaît aussi un recalibrage. Les radios et télévisions françaises font davantage de place à des pays d’Europe du Nord, centrale et orientale. L’exposition médiatique de la Finlande, de la Pologne, de la Roumanie et de la Suède a ainsi fortement progressé. L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne continuent d’accaparer les premières places — et de loin — mais dans une proportion moins forte.

Comment faire mieux ?

Pour voir augmenter la visibilité de l’UE dans l’audiovisuel français, la Fondation Jean-Jaurès propose que l’État donne aux médias publics des objectifs de progression précis dans les Contrats d’objectifs et de moyens et qu’il inscrive, via l’Arcom, «  la couverture des affaires européennes au titre des obligations déontologiques des diffuseurs privés  ».

Cette solution est rejetée par les chaînes privées : selon le responsable de LCI interrogé par EURACTIV France, cela risque d’être contre-productif quant à l’attachement à l’UE, en ce que les téléspectateurs pourraient se braquer en ressentant l’actualité européenne comme imposée et contrainte par l’État.

C’est pourtant le sens de la demande faite par des députés français à la ministre de la Culture, dans une lettre en mai dernier. Pour eux, « la connaissance accrue [par les citoyens] des victoires européennes, mais aussi de ses incuries, et plus globalement de son fonctionnement et de ses actions quotidiennes, est une nécessité ».

À l’approche des élections européennes, cela revêt « un enjeu démocratique », ajoutent-ils, et « l’absence d’un véritable élément chiffré n’incite pas suffisamment [les émetteurs] à s’intéresser pleinement au sujet ».

Après vérification, les signataires n’ont, à ce jour, pas reçu de réponse de la part du gouvernement.