La Turquie s'offusque des écoutes téléphoniques allemandes
Les services secrets allemands (BND) se livrent à des pratiques d’espionnage en Turquie. Une information qui envenime les relations entre Ankara et Berlin, alors que l'Allemagne réfléchit toujours à l'envoi d'armes à l'armée kurde en Irak.
Les services secrets allemands (BND) se livrent à des pratiques d’espionnage en Turquie. Une information qui envenime les relations entre Ankara et Berlin, alors que l’Allemagne réfléchit toujours à l’envoi d’armes à l’armée kurde en Irak.
Les relations entre l’Allemagne et la Turquie étaient déjà plutôt tendues. Les révélations du Spiegel, qui a annoncé ce week-end que les services secrets allemands (BND) espionnaient la Turquie ont mis de l’huile sur le feu.
Le ministre turc des Affaires étrangères a indiqué que les relations entre les deux pays étaient en jeu avec ces allégations d’espionnage. Les mises sur écoute entre des amis et alliés, qui devraient reposer sur la confiance, ne sont « en aucune façon acceptables », a expliqué le ministère le 18 août à Ankara. Les écoutes téléphoniques du BND doivent être interrompues, a-t-il poursuivi.
Convocation de l’ambassadeur allemand
Ankara demande des explications détaillées sur ce dossier. Le gouvernement turc a également « convoqué » l’ambassadeur d’Allemagne, Eberhard Pohl, pour discuter le 18 août matin. Un terme assez fort dans le monde diplomatique. Un diplomate turc a expliqué au Spiegel Online que le sous-secrétaire d’État Erdo?an I?can avait fait part de « inquiétudes de la Turquie ».
« Il ne s’agissait explicitement pas d’une convocation », a rétorqué un porte-parole du ministre allemand des Affaires étrangères. La conversation, émanant seulement de la Turquie, s’est « déroulée dans une ambiance amicale », selon le porte-parole.
À l’avenir, le gouvernement fédéral lancera toutes les discussions nécessaires avec ses alliés, explique la porte-parole adjointe du gouvernement allemand, Christiane Wirtz. Les révélations sur le BND ont été dévoilées à un moment délicat : depuis des semaines, Berlin réfléchit ouvertement à la livraison d’armes aux Kurdes irakiens pour lutter contre l’organisation « État islamique ».
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Depuis 2009, le BND mettrait sur écoute et espionnerait de manière systématique son partenaire de l’OTAN. Ces pratiques se retrouvent dans la « déclaration de missions » (« Auftragsprofil »), selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Le gouvernement allemand établit cette liste en collaboration avec le BND tous les quatre ans. À cause de l’affaire de la NSA, l’Allemagne ne l’a toujours pas mis à jour.
S’espionner entre alliés
Selon le gouvernement allemand, l’espionnage de la Turquie ne va pas à l’encontre des propos d’Angela Merkel, qui avait pourtant déclaré que « s’espionner entre amis, cela ne se fait pas ».
Mais selon des diplomates allemands, la Turquie n’est pas comparable aux États-Unis ou à d’autres partenaires européens comme la France ou la Grande-Bretagne. Les évènements en Turquie ont un impact direct sur la sécurité intérieure de l’Allemagne.
En font partie : les activités du PKK kurde ou d’organisations turques d’extrême-droite et -gauche en Allemagne, le trafic de drogue et d’êtres humains. Selon certaines, il est connu que le gouvernement turc tente d’imposer des intérêts politiques au sein des associations turques en Allemagne.
La communauté turque en Allemagne a pour sa part indiqué son « indignation ». Le gouvernement allemand et le BND estimeraient que les associations turques sont des sbires du gouvernement turc soupçonnés de terrorisme, selon une déclaration de Safter Ç?nar et Gökay Sofuo?lu.
Les députés allemands défendent le gouvernement
Le député vert et ancien chef de groupe Jürgen Trittin estime que les écoutes téléphoniques sont justifiées. La sécurité de l’Allemagne est « directement concernée » par les tensions à la zone frontalière de la Turquie avec la Syrie et avec l’Irak, a-t-il indiqué lors d’un entretien avec le Berliner Zeitung. Des soldats allemands étaient également en mission dans cette zone, a-t-il ajouté. « On ne peut quand même reprocher aux services secrets de collecter des informations », a-t-il réagi.
Patrick Sensburg, de la CDU et président de la commission temporaire d’enquête sur la NSA, a également souligné l’importance d’avoir des informations fiables dans la zone frontalière avec l’Irak pour prendre des décisions politiques. « Dans ce cas, j’aimerais avoir recours aux services de renseignements eux-mêmes », a-t-il expliqué.
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Les informations sur cette histoire d’espionnage font suite de l’emprisonnement de Markus R. un agent double. Il a vendu au moins 218 documents à la CIA pour 25 000 euros. Parmi ces documents, il aurait intercepté des conversations téléphoniques des secrétaires d’État américains John Kerry et de sa prédecesseure Hillary Clinton. Une conversation d’Hillary Clinton n’aurait pas été supprimée, selon un article du Süddeutschen Zeitung.