La Turquie renoue avec l’UE par l’intermédiaire d’Athènes
La Grèce et la Turquie ont signé une série de documents confirmant leur volonté mutuelle de tourner la page sur leurs relations troublées et de se concentrer sur un agenda positif.
La Grèce et la Turquie ont signé jeudi (7 décembre) une série de documents confirmant leur volonté mutuelle de tourner la page sur leurs relations troublées et de se concentrer sur un agenda positif.
Les cercles diplomatiques à Athènes ont interprété la nouvelle position modérée du président turc Recep Tayyip Erdoğan comme une tentative de se réapprocher de l’Occident après des désaccords sur des questions étrangères clés telles que la guerre de la Russie en Ukraine et la guerre entre Israël et le Hamas.
Ces dernières années, les relations entre la Grèce et la Turquie se sont avérées difficiles et ont souvent été au cœur des préoccupations de l’UE face aux pressions d’Athènes.
Ankara a notamment remis en question la souveraineté des îles grecques en mer Égée et des représentants du gouvernement ont même menacé de mener une guerre « de nuit ». En mai 2022, le président Erdoğan a déclaré que le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis « n’existait pas » pour lui.
Dans plusieurs conclusions de réunions de haut niveau de l’UE, les dirigeants européens ont mis en garde la Turquie — dont les négociations d’adhésion à l’UE ont été gelées — pour qu’elle désamorce une escalade et reprenne le dialogue.
L’été dernier, les tensions se sont fortement atténuées après le triomphe de M. Erdoğan et de M. Mitsotakis aux élections nationales, qui coïncidaient presque toutes deux.
Profitant de leur majorité gouvernementale, les deux pays envisagent désormais un rapprochement pour tourner la page et mettre un terme aux dépenses de défense sans fin qui ont considérablement pesé sur leurs budgets.
Le président turc s’est rendu à Athènes jeudi et a signé avec M. Mitsotakis une « déclaration d’amitié et de bon voisinage » qui fera date.
Selon cet accord, les deux pays s’efforceront de régler tout différend survenant entre eux à l’amiable, par voie de consultation directe ou par d’autres moyens choisis d’un commun accord, comme le prévoit la Charte des Nations unies.
Un certain nombre d’autres accords — tels que la délivrance d’un visa express aux citoyens turcs pour une durée de sept jours afin qu’ils puissent visiter dix îles grecques — ont été signés, tous relevant de ce que l’on appelle l’agenda de la « soft politics ».
Les enjeux plus politiques feront l’objet de discussions ultérieures, en fonction de l’évolution des accords signés jeudi.
Des analyses grecques suggèrent que ces accords serviront de base à un dialogue futur visant à aborder des questions politiques sensibles telles que la délimitation du plateau continental et de la zone économique exclusive en mer Égée et en Méditerranée orientale — deux questions qu’Athènes reconnaît comme étant « en suspens » entre les deux pays.
De son côté, la Turquie souhaite mettre d’autres questions sur la table, comme la démilitarisation des îles grecques voisines de la côte turque et celle de la minorité musulmane dans le nord-est de la Grèce, que la Turquie qualifie de « turque ».
L’autre visage du président turc
Les médias grecs ont cité des cercles diplomatiques affirmant que ce n’est pas une coïncidence si le président turc a montré un tout autre visage lors des réunions de jeudi.
Selon les cercles diplomatiques, M. Erdoğan a voulu, par l’intermédiaire de la Grèce, envoyer un message à l’Europe et au-delà, selon lequel la Turquie adopte désormais une attitude plus modérée.
L’UE attend des pays qui négocient leur adhésion au bloc qu’ils s’alignent totalement sur ses choix de politique étrangère, ce qui n’est pas le cas de la Turquie.
La Turquie n’a pas adhéré aux sanctions européennes contre la Russie à la suite de l’agression de cette dernière contre l’Ukraine.
De plus, Ankara a gardé ses distances par rapport à la ligne de l’UE dans la guerre entre Israël et le Hamas, M. Erdoğan affirmant que le Hamas n’est pas une organisation terroriste.
Fin novembre, lors d’une conférence de presse conjointe avec le chancelier allemand Olaf Scholz, M. Erdoğan s’est emporté en affirmant que l’Allemagne ne pouvait pas critiquer Israël à cause de l’Holocauste.
« Je parle librement parce que nous ne devons rien à Israël », a déclaré M. Erdoğan.
Cependant, la Turquie est considérée comme un acteur clé dans la région par les États membres de l’UE, en particulier lorsqu’il s’agit d’immigration.
La Turquie accueille depuis des années des millions de réfugiés en provenance de Syrie et bénéficie du soutien financier de l’UE, ce qui évite aux États membres de l’UE d’être confronté à un sérieux casse-tête politique.