La Turquie devrait être « fermement ré-ancrée » dans l’UE, selon le ministre des Finances turc

Le ministre turc des Finances, Mehmet Şimşek, a appelé à « ré-ancrer fermement » son pays dans l’Union européenne, ajoutant qu’Ankara et Bruxelles « partagent la responsabilité » de la détérioration de leurs relations ces dernières années.

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M. Şimşek a également accusé l’UE d’hypocrisie pour avoir prêché les vertus du libre-échange sans mettre à jour l’union douanière entre l’UE et la Turquie, vieille de plusieurs décennies. [EPA/GIAN EHRENZELLER]

Le ministre turc des Finances, Mehmet Şimşek, a appelé mardi (14 mai) à « ré-ancrer fermement » son pays dans l’Union européenne, ajoutant qu’Ankara et Bruxelles « partagent la responsabilité » de la détérioration de leurs relations ces dernières années.

Lors d’un événement organisé à Bruxelles par Bruegel, un groupe de réflexion sur la politique européenne, M. Şimşek a affirmé que l’adhésion de la Turquie à l’UE, longtemps retardée, augmenterait la part du PIB mondial de l’Union et contribuerait à résoudre le problème du vieillissement de la main-d’œuvre en Europe.

Toutefois, il a réfuté les critiques selon lesquelles la détérioration du bilan d’Ankara en matière de droits humains et son recul démocratique sont les causes principales de la régression des relations entre l’UE et la Turquie, rétorquant que le manque de « leadership » de l’Europe est un facteur essentiel.

« Je pense que la Turquie devrait être ré-ancrée dans l’Union européenne, et ce, fermement », a-t-il affirmé.

« [Mais] je pense que le plus gros problème est que l’Europe — et je vais être direct sur ce point — manque de leadership et de perspective stratégique en ce qui concerne la Turquie. Selon moi, ça va dans les deux sens. Oui, nous nous sommes éloignés, mais [si] l’on en analyse les raisons, Bruxelles est probablement aussi à blâmer », a-t-il ajouté.

M. Şimşek a également accusé l’UE d’hypocrisie pour avoir prêché les vertus du libre-échange sans mettre à jour l’union douanière entre l’UE et la Turquie, vieille de plusieurs décennies.

Signé en 1995, l’accord qui a créé l’union douanière a facilité près de 200 milliards d’euros d’échanges de marchandises en 2022, selon la Commission européenne. L’UE est actuellement le premier partenaire commercial de la Turquie, tandis que la Turquie est le septième partenaire commercial de l’UE.

« En renforçant l’union douanière, l’Europe ne nous fera pas une faveur », selon M. Şimşek. « Nous voulons être compétitifs sur un pied d’égalité. Nous voulons des règles du jeu équitables. Ces valeurs sont censées être celles de l’Europe. »

« Trop grande pour certains »

Les négociations officielles sur l’adhésion de la Turquie à l’UE ont commencé en 2005, mais se sont considérablement détériorées après la tentative de coup d’État de 2016 contre le président Recep Tayyip Erdoğan, qui a conduit à l’arrestation de dizaines de milliers de citoyens turcs et à des mesures de répression radicales à l’encontre de la presse et du système judiciaire.

En 2019, le Parlement européen a exhorté le Conseil et la Commission à suspendre les négociations d’adhésion avec Ankara, citant un manque d’indépendance de la justice, un recul démocratique et des limites à la liberté d’expression.

Le ministre turc des Finances a toutefois laissé entendre que la résistance européenne à l’adhésion de la Turquie n’était pas due à l’autoritarisme croissant du pays, mais plutôt au fait que la Turquie est « trop grande ».

« Culturellement, religieusement, oui, nous sommes différents », a-t-il déclaré. « Mais l’Europe est censée être une affaire de valeurs, entre guillemets. Je pense que le problème est que nous sommes [un pays] trop grand pour certains. »

Traitement égal

Faisant allusion de manière à peine voilée aux liens économiques croissants entre la Turquie et la Russie, M. Şimşek a également souligné que la Turquie avait la possibilité de se tourner vers d’autres partenaires que l’Europe et les États-Unis, si les relations ne s’amélioraient pas.

Il a également prévenu qu’« ignorer » Ankara pourrait finalement s’avérer « très coûteux » pour l’Europe.

« Sur le plan du commerce et de l’investissement, nous pouvons nous tourner vers d’autres horizons », a-t-il assuré. « Mais nous voulons nous réconcilier avec l’Occident géographique — c’est-à-dire l’UE — et l’Occident non géographique — c’est-à-dire les États-Unis. Car nous constatons ce besoin. Mais nous voulons aussi un traitement égal et du respect. C’est la clé ».

Malgré ces difficultés, M. Şimşek s’est montré optimiste quant à l’avenir des relations entre l’UE et la Turquie.

« Je pense que les perspectives sont bonnes », a-t-il conclu. « Bien qu’il y ait certainement quelques zones d’ombre, ce n’est pas si sombre. La situation est plus constructive que ne le pensent beaucoup de gens. »

[Édité par Anna Martino]