La Turquie craint d'être la prochaine cible d'Israël
Fidan a mis en garde la Grèce, affirmant que sa coopération avec Israël relevait de politiques « risquées »
La Turquie se sent de plus en plus encerclée par la coopération croissante entre Israël, la Grèce et Chypre, a déclaré lundi Hakan Fidan, le ministre turc des Affaires étrangères, avertissant qu’après l’Iran, Tel-Aviv pourrait tourner son attention vers Ankara.
Les propos de Fidan interviennent au lendemain de l’échec des négociations de paix entre l’Iran et les États-Unis et dans un contexte de tensions croissantes avec Israël concernant la stabilité régionale. Ankara est jusqu’à présent restée en dehors du conflit en Iran, mais elle a été accusée d’entretenir des liens étroits avec le régime iranien ainsi qu’avec ses mandataires régionaux, le Hezbollah au Liban et le Hamas en Palestine.
« Après l’Iran, Israël ne peut pas exister sans ennemi ; comme vous le savez, il doit développer une certaine rhétorique », a expliqué Fidan à l’agence Anadolu. Le ministre turc des Affaires étrangères a ajouté que tant le gouvernement israélien que certaines figures de l’opposition cherchaient à « désigner la Turquie comme un nouvel ennemi ».
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a accusé Israël de commettre un génocide à Gaza. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a réagi en qualifiant Erdoğan de « tigre de papier », affirmant qu’il n’avait pas réagi aux tirs de missiles signalés depuis l’Iran vers le territoire turc.
« Un membre des Frères musulmans qui a massacré les Kurdes accuse Israël – qui se défend contre ses alliés du Hamas – de génocide », a-t-il ajouté.
Fidan s’est également montré particulièrement préoccupé par la coopération croissante en Méditerranée orientale entre Israël, la Grèce et Chypre.
Les trois pays ont intensifié leur coopération dans les domaines de l’énergie et de la défense au niveau régional. La Grèce a récemment signé un accord de 3 milliards d’euros avec Israël pour acquérir le système de missiles PULS, un élément central de son réseau de défense aérienne prévu, baptisé « Bouclier d’Achille ».
Fidan a indiqué que ce trio semblait vouloir « encercler la Turquie, ou donner cette impression », ajoutant que la question restait « très présente dans notre radar ». Il a également affirmé que les tentatives visant à impliquer d’autres pays voisins avaient été bloquées par Ankara.
Une alliance inconfortable
Le ministre turc des Affaires étrangères a souligné qu’Athènes et Nicosie n’avaient pas besoin d’une alliance militaire avec Israël.
« La Grèce est déjà membre de l’OTAN, et la partie chypriote grecque bénéficie du soutien de l’UE. Ils n’ont pas été en mesure de m’expliquer quelle logique stratégique justifie une telle coopération ou une alliance militaire », a-t-il déclaré.
Selon Fidan, il s’agissait probablement d’« une contrainte imposée au gouvernement à la demande de quelqu’un d’autre », ajoutant qu’il avait averti la Grèce que sa coopération avec Israël équivalait à des politiques « risquées » susceptibles de l’entraîner dans des conflits plus larges.
Athènes a répondu lundi, le ministère des Affaires étrangères déclarant que les choix de la Grèce sont indépendants et qu’elle « n’accepte aucune instruction et ne doit d’explications à personne ».
Dans une interview accordée à Euractiv le mois dernier, le ministre grec de la Santé, Adonis Georgiadis, a fait remarquer qu’Ankara tenait souvent des propos déraisonnables lorsqu’il s’agissait de menaces contre Israël, tout en soutenant pleinement l’alliance de la Grèce avec Tel-Aviv.
« Cet axe stratégique devrait rester en place pendant de nombreuses décennies », a-t-il assuré.
(cs, cm)