La télévision d'État polonaise à l'origine d'une campagne de haine contre une journaliste de Bruxelles

La chaîne publique polonaise TVP a mené une campagne de désinformation qui a abouti à des menaces de mort contre Dorota Bawolek, une journaliste bruxelloise connue et respectée, qui travaille pour Polsat, la première chaîne privée de Pologne.

Euractiv.com
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Dorota Bawolek à une session plénière du Parlement européen à Strasbourg. [Facebook]

La chaîne publique polonaise TVP a mené une campagne de désinformation qui a abouti à des menaces de mort contre Dorota Bawolek, une journaliste bruxelloise connue et respectée, qui travaille pour Polsat, la première chaîne privée de Pologne, largement considérée comme la plus neutre.

Mme Bawolek, qui travaille comme correspondante à Bruxelles pour Polsat depuis 2008, couvrait la réunion du PPE précédant le sommet, jeudi (20 octobre), lorsqu’un incident s’est produit et qu’elle a été attaquée par les médias d’État et des membres du public.

En se basant sur les reportages de la presse en Pologne au moment où la campagne de haine se déroulait dimanche, EURACTIV a reconstitué les événements comme suit.

Mme Bawolek a été chargée par Polsat d’enregistrer une interview de Donald Tusk, leader de la Plateforme civique (PO), sur le « scandale d’espionnage/corruption » en Pologne — une vieille histoire datant de 2014, qui a vu la chute du gouvernement PO. Elle est toujours utilisée par le gouvernement actuel de Droit et Justice dans sa lutte contre M. Tusk.

Mme Bawolek a organisé un entretien en tête-à-tête avec M. Tusk via son conseiller Paweł Graś, et comme convenu, elle s’est rendue au sommet du PPE, où elle s’attendait à interviewer Donald Tusk en direct à l’antenne après la réunion.

Lorsque M. Tusk est arrivé pour l’interview, de nombreux journalistes et caméramans attendaient les politiciens, notamment beaucoup de journalistes italiens se préparaient pour l’arrivée Silvio Berlusconi. Au moment où M. Tusk est venu parler à Mme Bawolek, d’autres journalistes et caméramans se sont approchés et ont essayé de lui poser des questions.

Dorota Bawolek a gentiment expliqué que l’interview était un tête-à-tête exclusif. Tous les caméramans et journalistes étrangers ont accepté et se sont éloignés, à l’exception d’un caméraman apparemment en mission pour la TVP, mais dont l’équipement et le microphone ne portaient pas le logo de la chaîne.

Mme Bawolek lui a répété en polonais que l’interview était uniquement destinée à Polsat TV et lui a demandé d’arrêter d’enregistrer. Comme il insistait, elle a demandé à Donald Tusk s’il voulait parler à TVP, et il a répondu « non ».

TVP a ensuite diffusé la séquence en supprimant des parties cruciales, notamment celle où Mme Bawolek expliquait gentiment que l’entretien était une exclusivité préétablie. Au lieu de cela, ils ont seulement montré M. Tusk disant « non » à l’interview.

Les médias d’État ont ensuite accusé Mme Bawolek de refuser que leurs journalistes posent des questions à M. Tusk sur le scandale et ont diffusé cette information en prime time le jeudi soir.

Mme Bawolek a ensuite été inondée de messages haineux sur Twitter et Facebook, où certains ont affirmé qu’elle n’était pas une journaliste mais une défenseuse de Donald Tusk, et d’autres qu’elle avait une liaison avec lui.

D’autres commentaires la traitent de « salope russe » et de « pute allemande » et affirment que sa tête « devrait être rasée comme à Auschwitz » et qu’elle devrait être « pendue ».

Mme Bawolek a utilisé Twitter pour expliquer qu’elle n’essayait pas de protéger un homme politique, mais que son interview avait été acceptée comme une exclusivité et le caméraman qui s’est avéré travailler pour TVP, bien que sans identification, a essayé de voler son travail.

Vendredi, un journaliste populaire de la TVP et directeur de TAI — l’agence d’information de la télévision polonaise, Jarosław Olechowski, a accusé Mme Bawolek de ne pas laisser « les journalistes de la TVP poser leurs questions à M. Tusk ».

Elle a répondu qu’il n’y avait pas de journalistes de la TVP présents, seulement un caméraman sans identification, et que M. Tusk lui a dit qu’il ne parlerait pas à la TVP.

Lorsque la journaliste a dit qu’elle n’avait pas accepté d’être filmée, la TVP a commencé à flouter sa photo, et l’histoire est restée en première place sur son portail et sa chaîne pendant le week-end. Vendredi, la TVP a utilisé quatre fois le clip manipulé dans un reportage de trois minutes.

Mme Bawolek a déclaré qu’elle était reconnaissante de recevoir également le soutien de ses collègues et de l’Association internationale de la presse API/IPA, basée à Bruxelles.

L’entretien de Mme Bawolek avec M. Tusk était assez difficile, ont déclaré des journalistes polonais indépendants à EURACTIV. Ils ont également confirmé que TVP était un porte-parole du parti au pouvoir, le PiS, et que les normes médiatiques ne s’appliquaient pas à eux.