La technologie, kit de survie contre les catastrophes naturelles
Le World Disaster Report de la Croix-Rouge indique que l'année 2012 a subi le moins de dégâts sur 10 ans en lien avec des catastrophes naturelles. L'organisation caritative en profite pour souligner comment les nouvelles technologies ont bouleversé l'action humanitaire.
Le World Disaster Report de la Croix-Rouge indique que l'année 2012 a subi le moins de dégâts sur 10 ans en lien avec des catastrophes naturelles. L'organisation caritative en profite pour souligner comment les nouvelles technologies ont bouleversé l'action humanitaire.
Les catastrophes naturelles ont entraîné moins de morts et de maladies en 2012 que durant les dix années précédentes, selon le rapport de la Croix Rouge, World Disaster Report 2013.
Une bonne nouvelle certes, qui s'explique aussi par une base de comparaison très chargée en catastrophes. Les dix dernières années ont été lourdes en aléas majeurs comme le tsunami de 2004 en Asie, le cyclone Nargis en Birmanie en 2008 ou le tremblement de terre en Haïti en 2010.
Plutôt que de se tourner vers les catastrophes constatées, la Croix Rouge a souhaité insister, cette année, sur la progression rapide des technologies qui bouleversent l’action humanitaire.
Car elles sont nombreuses. Le numérique, le big data, la téléphonie mobile, le web forment un ensemble d'outils qui accentuent l'impact, les modalités et l'efficacité de l'action humanitaire.
Le mobile, outil de témoignage sans pareil
Notamment en cas de conflit.
L’exemple de la Syrie est à cet égard frappant. Les outils de traçabilité numériques permettent de suivre le trajet des matières premières, la distribution des vivres notamment dans des contrées où l’aide humanitaire ne peut pas accéder.
La Croix Rouge cite ainsi un projet baptisé La voix des Kivus, et organisé par l’université de Columbia, destinée à collecter des données sur le conflit du Sud Kivu, en République Démocratique du Congo.
Dans le cadre de ce projet, des téléphones portables ont été distribués dans 18 villages choisis au hasard. Dans chaque village, 3 téléphones ont été donnés : au chef du village, à la responsable de l’association de femmes, ainsi qu'à un autre reporter choisi par la communauté.
Sur 18 mois, ces correspondants de guerre d’un nouveau genre ont envoyé 4000 messages à propos de l’évolution du conflit, les épisodes de violence sporadiques ou l’apparition de forces armées. Une méthode expérimentale, qui a très bien fonctionné, permis à l'action humanitaire de s'organiser en fonction des développements sur le terrain. Un exemple qui montre la voie pour de nouveaux fonctionnement décentralisés de l'aide humanitaire.
Des dons par mobiles
A l’autre bout de la chaîne humanitaire, le téléphone mobile a aussi permis à des millions de dollars d’atteindre Haïti en 2010. Selon le Pew Internet Project, 43 millions de dollars ont été collectés par mobile lors du tremblement de terre de 2010, et ces donateurs ont souvent de nouveau contribué, en 2011, à l’occasion du tsunami au Japon
Les technologies au services de l’efficacité de l’action humanitaire
L’action humanitaire peut être ralentie ou dévoyée par toutes sortes d’embûches, qu’il s’agisse d’aléas climatiques, de conflits impromptus, de corruption. Pour les contourner et surtout pour suivre l’état des projets, les technologies peuvent faire bouger les lignes.
Ainsi, en matière de pluviométrie, le suivi de la pluie en Afrique sub-saharienne permet d’anticiper des crises alimentaires. Un modèle construit par l’université de Princeton a ainsi été mis en place, avec des relais installés au Niger et au Kenya. Le projet s’appuie à la fois sur des statistiques du climat depuis 1950, sur des prévisions météorologiques ainsi que sur les relevés des précipitations.
Selon la même logique, un mécanisme de surveillance des prix des vivres vendus sur les marchés a été mis en place par la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture), avec de nombreux relais locaux en Afrique qui permettent de surveiller les prix des denrées alimentaires.
Des limites inhérentes au taux de pénétration des nouvelles technologies
La prévalence de la téléphonie mobile est certes un outil clé, mais la Croix Rouge rappelle que les téléphones ne marchent pas partout.
« Aussi importants que puissent paraître les chiffres, soit 6,8 milliards d’utilisateurs de téléphonie mobile, et plus de 2 milliards d’abonnés à l’Internet, la confrontation avec le terrain montre que la couverture est loin d’être parfaite, assure le rapport.
Au-delà des questions techniques de réseau, il existe aussi de vraies barrières : l’accès à Internet et au téléphone affiche de fortes inégalités entre hommes et femmes, riches et pauvres, urbains et ruraux. Des barrières qui sont autant de biais.
Ainsi une enquête réalisée par Al Jazeera en 2011 sur l’impact du conflit en Somalie, qui a reçu 3000 réponses par SMS, ne peut être considérée comme une enquête objective sur la population somalienne puisque le taux de pénétration de la téléphonie mobile était de 7 % dans le pays, et qu’un tiers de la population seulement peut lire et écrire.
Les nouvelles technologies ne peuvent donc pas tout, et ne peuvent pas remplacer l'envoi de personnel humanitaire sur le terrain notamment. Mais leur efficacité s'avère très précieuse – pour aider l'humain, aussi.