La Stratégie mondiale de l'UE en matière de santé doit faire passer la santé avant le développement, selon la cheffe de la DG Santé
La future stratégie mondiale de l’UE en matière de santé reposera moins sur la politique de développement, à la différence d’autrefois, et se concentrera davantage sur les questions de santé pures, a déclaré Sandra Gallina à EURACTIV.
La future stratégie mondiale de l’UE en matière de santé reposera moins sur la politique de développement, à la différence d’autrefois, et se concentrera davantage sur les questions de santé pures, a déclaré la « numéro deux » de la politique de santé de la Commission à EURACTIV lors d’un entretien.
La Commission européenne analyse les contributions des parties prenantes sur une nouvelle stratégie mondiale de l’UE en matière de santé annoncée lors de la réunion des ministres du Développement et de la Santé du G7 en mai.
« La stratégie est un moyen d’illustrer le rôle central de l’Europe sur la cartographie en matière de santé », a expliqué Sandra Gallina, directrice générale du service de la Santé de la Commission, la DG SANTE.
Elle a ajouté que le monde a considérablement changé depuis les fondements de la politique mondiale de l’UE en matière de santé en 2010. Que ce soit l’établissement des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, le défi que représente la Covid-19, les effets du changement climatique ou les luttes actuelles contre le VIH, le paludisme, la tuberculose et la résistance aux antimicrobiens (RAM).
Face à de tels défis, la création d’une stratégie mondiale de l’UE en matière de santé est une tâche colossale.
La coopération européenne «essentielle»
La responsable de la DG SANTE estime qu’une forte coopération est essentielle au succès de la stratégie, qui ne fonctionnera que « si les États membres la soutiennent. »
Elle a notamment souligné, comme précédent, l’initiative « Team Europe » — une enveloppe de 40 milliards d’euros destinée à soutenir les pays partenaires dans la lutte contre la pandémie et ses conséquences.
« L’esprit de Team Europe doit être présent pour que cela fonctionne — pour que cela fonctionne pour l’Europe et pour les États membres. Parce que les États membres font vraiment de très bonnes choses, mais celles-ci sont réalisées en tant qu’actions individuelles », a déclaré Mme Gallina.
Mme Gallina estime que la clé de l’élaboration d’une stratégie européenne efficace en matière de santé mondiale consistera à créer une cohésion entre les États membres sur les éléments de la stratégie à venir.
« Étant donné leurs agendas géopolitiques légitimes, les États membres doivent créer avec les institutions de l’UE quelque chose qui soit cohérent au niveau européen tout en respectant leurs objectifs bilatéraux », a déclaré Mme Gallina.
Chaque pays doit examiner ses priorités pour être en mesure de « détermine[r] ses propres choses sans que cela ne devienne un encombrement pour les priorités d’un autre État membre », a-t-elle poursuivi.
Pour elle, la difficulté consistera à créer un ensemble cohérent de visions différenciées du monde sur le plan politique et géographique.
Ce ne sera pas tâche facile, d’après Mme Gallina.
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Du développement à la santé
Mme Gallina est cependant claire sur une chose : l’approche principale de la stratégie.
« Il s’agit d’une stratégie dans laquelle la santé occupe une place de choix, en ce sens qu’il ne s’agit pas d’un projet de développement portant sur la santé », a-t-elle souligné au cours de l’entretien.
« Par le passé, il s’agissait plutôt d’une politique de développement dans le domaine de la santé », a déclaré Mme Gallina, faisant référence à la communication de 2010.
La stratégie en matière de santé, en revanche, traitera directement des questions de santé avec les partenaires internationaux, y compris les pays développés et en développement.
Les consultations menées jusqu’à présent ont été plus vastes qu’à l’accoutumée, avec la participation de toute une série d’institutions et d’organisations de pays non européens.
Bien que rien ne soit encore définitif, les consultations ont révélé un certain nombre d’éléments qui pourraient faire partie de la proposition de la Commission, qui devrait être présentée juste avant la pause hivernale.
Différentes solutions
Les réponses reçues jusqu’à présent font état de la réalisation des ODD, du renforcement de la couverture sanitaire universelle et du déséquilibre des effectifs. D’autres réponses ont suggéré de renforcer l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’élargir les partenariats internationaux pour se concentrer sur la copropriété.
Les consultations font également écho à des termes fréquemment utilisés par la Commission, tels que les approches « Une seule santé » et la « Santé dans toutes les politiques ».
Outre l’affectation de ressources supplémentaires à la santé mondiale, les consultations ont permis d’aborder certaines idées de financement, telles que la rationalisation des efforts pour éviter les doubles emplois et la garantie d’investir efficacement en sachant que cela aura un impact réel.
« Cela ne vient pas d’un seul mécanisme spécifique, mais du fait que nous investissons de l’argent dans de nombreuses initiatives existantes », a indiqué Mme Gallina. Elle a ainsi cité l’exemple du Fonds mondial — qui œuvre à la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme — auquel l’UE a récemment annoncé une contribution exceptionnelle de 715 millions d’euros.
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Tirer les leçons de la Covid-19
Si la stratégie ne pourra pas empêcher toutes les maladies d’atteindre les côtes européennes, la Commission tente d’intégrer les enseignements tirés de la pandémie de Covid-19.
« Les expériences que nous avons vécues pendant la pandémie en matière de vaccins sont certainement des éléments dont nous tirons une leçon », a déclaré Mme Gallina.
Elle a toutefois souligné que ce sont les États membres qui décideront en dernier ressort de la manière dont la capacité de vaccination dans les pays à faible revenu et une meilleure préparation seront représentées dans la stratégie.
En ce qui concerne la poursuite des discussions sur l’équité vaccinale mondiale, pour lesquelles l’UE et ses États membres ont été critiqués pour ne pas en faire assez, il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre et de voir, a déclaré la responsable de la santé.
« Nous verrons ce qui en résultera, car c’est là que le bât blesse. Beaucoup de gens, beaucoup d’idées, beaucoup de solutions — certaines sont réalistes, d’autres non », a conclu Mme Gallina.