La stratégie de communication de la Commission minée par des problèmes internes [FR]
Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, la Commissaire Wallström admet que l'équipe Prodi a mal communiqué au sujet de la proposition de directive sur les services, et prône une refonte en profondeur des bureaux de représentation de la Commission.
Dans un entretien exclusif accordé à EURACTIV, la Commissaire Wallström admet que l’équipe Prodi a mal communiqué au sujet de la proposition de directive sur les services, et prône une refonte en profondeur des bureaux de représentation de la Commission.
La Commissaire Wallström estime que la « culture » et les procédures internes de la Commission sont les principaux facteurs ayant empêché la réalisation de progrès plus significatifs au cours des six premiers mois de son mandat. Interrogée par EURACTIV sur le retard pris dans la préparation de sa nouvelle stratégie de communication, la Commissaire souligne qu’il est « important d’agir bien plutôt que d’agir vite », ajoutant qu’il est irréaliste d’attendre des changements trop rapides en matière de culture de communication de la Commission : « Les choses ne changent pas du jour au lendemain. Elles ne changent pas non plus en 100 jours. Nous devons faire preuve de réalisme. »
Mme Wallström voit dans les bureaux de représentation de la Commission des éléments-clés de toute stratégie future en matière de communication, à condition qu’ils soient réformés en profondeur : « Soit nous modifions leurs priorités et leur mode de fonctionnement, soit nous choisissons tout simplement de nous en passer ». Selon la Commissaire, les règlements financiers internes de la Commission sont « trop lourds ». Résultat : le personnel de la Commission affecté au domaine de la communication consacre plus de la moitié de son temps à des tâches administratives, au lieu de se concentrer sur sa mission première. Margot Wallström estime en outre que la Commission manque de « personnes dotées de réelles aptitudes à la communication ».
S’appuyant sur l’exemple de la proposition de directive sur les services , Mme Wallström souligne également le besoin « d’intégrer la composante ‘communication’ dans chaque proposition » présentée par la Commission. Dans cette perspective, elle estime que l’équipe Prodi avait mal préparé la proposition de « directive Bolkestein », ne consultant pas suffisament les partenaires sociaux et anticipant trop peu sur la controverse suscitée par certains aspects du texte.
S’agissant des signaux contradictoires envoyés par la Commission au moment de la révision à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne (la métaphore des « trois fils », utilisée par José Manuel Barroso, venant remettre en cause l’idée d’une importance égale accordée aux trois dimensions de la stratégie – idée que continuent à défendre plusieurs membres de l’actuelle Commission), Mme Wallström admet volontiers que ce message brouillé reflète la coexistence de différentes opinions au sein de l’équipe Barroso. La vice-présidente de la Commission juge d’ailleurs sain que l’agenda de Lisbonne soit désormais l’objet de débats et de controverses.
Margot Wallström met également l’accent sur le rôle que doivent jouer les partis politiques, les parlements et les médias nationaux. « Ma vision des choses, c’est que nous ne parviendrons jamais à mieux expliquer le projet sur lequel repose l’Union européenne si celui-ci n’est pas ancré dans les traditions politiques nationales, voire régionales, ainsi que dans l’action des partis politiques ».
Interrogée sur le montant des ressources financières que l’UE consacre à son effort de communication, Margot Wallström rétorque que le problème ne se situe pas à ce niveau. « Nous ne souffrons pas d’un manque de ressources – le problème, c’est que celles-ci ne peuvent pas toujours être utilisées complètement, en raison de la complexité de nos règles financières ».
S’agissant des référendums sur la Constitution, la Commissaire ne dissimule pas ses inquiétudes : « Très souvent, lors de référendums, les citoyens répondent à côté de la question qui leur est posée. Les expériences vécues dans plusieurs Etats membres montrent que les gens vont utiliser [ces référendums] comme un moyen de protester contre le gouvernement en place. » Les référendums sont « d’abord et avant tout de la responsabilité des Etats membres », souligne Margot Wallström ; la Commission ne peut guère faire plus qu’expliquer ce que contient la Constitution, tout en se gardant d’ « intervenir dans un Etat membre qui aura refusé notre implication [dans la campagne]. »
Mme Wallström indique également qu’elle est prête à évaluer son bilan à l’aune de certains indicateurs, afin qu’il soit possible de voir dans quelle mesure la stratégie de communication de l’UE aura pu être améliorée lors de son mandat. Mais la Commissaire demeure vague sur la nature de ces indicateurs, suggérant simplement que l’on s’appuie sur l’évolution du nombre de personnes « affirmant avoir entendu parler de l’Union européenne ».