La solidarité internationale peine à s'imposer dans la campagne

Trois des cinq principaux candidats à l’élection présidentielle se sont engagés à consacrer 0,7 % de la richesse du pays à la solidarité internationale. Mais l’aide internationale n’a pas la même fonction pour tous.

EURACTIV.fr
Les candidats français se sont engagés pour la solidarité internationale, mais sans détailler leurs positions. [Kuster & Wildhaber Photography]
Les candidats français se sont engagés pour la solidarité internationale, mais sans détailler leurs positions. [Kuster & Wildhaber Photography]

Trois des cinq principaux candidats à l’élection présidentielle se sont engagés à consacrer 0,7 % de la richesse du pays à la solidarité internationale. Mais l’aide internationale n’a pas la même fonction pour tous.

La question de l’aide au développement ne tient pas la corde dans une campagne présidentielle où les questions internationales ont été reléguées au second plan.

« La solidarité internationale est rarement au cœur des débats d’une élection présidentielle. Cependant, de plus en plus de candidats voient l’aide au développement comme une manière de répondre aux enjeux mondiaux » reconnait Annabel Hervieu, directrice adjointe de ONE France.

Pourtant, la France affiche un retard conséquent en matière de respect de ses engagements de financement de la solidarité internationale.  En 2015, Paris consacrait 0,36 % de son revenu national brut à l’aide internationale, soit environ 9 milliards d’euros, très loin de l’objectif de 0,7 % pris par les pays les plus  développés de la planète.

Objectif international

Malgré un engagement en 2012 en faveur de 0,7 %, le quinquennat de François Hollande n’a pas marqué de tournant en matière de solidarité internationale. Pendant 5 ans, l’aide se sera globalement maintenue au même niveau qu’en 2012, après une forte baisse les premières années, rattrapée en fin de mandat.

Si la France, à l’inverse de plusieurs de ses voisins européens, n’a jamais atteint ses objectifs, les différents candidats à l’élection présidentielle ont clarifié leurs positions ces dernières semaines sur l’aide au développement, notamment sous la pression de la société civile. Ou au contraire entretenu le flou.

L’ONG ONE France, qui a lancé une campagne interpellant les 11 candidats sur leurs engagements, n’a pour l’heur reçu de réponse officielle que de la part de Benoît Hamon, qui a fourni des engagements détaillés et chiffrés de sa politique de développement en cas de victoire.

Le candidat socialiste s’est engagé à atteindre l’objectif de 0,7% d’ici à 2022 et à consacrer cet argent uniquement à « la lutte contre la pauvreté » dans les pays en développement. Autre candidat à s’être engagé en faveur de l’objectif de 0,7%, Jean-Luc Mélenchon.

Une position qui tranche par rapport à celles d’autres candidats, tels que François Fillon,  qui souhaitent qu’une partie de cet argent soit conditionnée à la réduction des flux migratoire et retour des migrants dans leurs pays d’origine.

 Le retour de la conditionnalité

Le candidat LR est le seul à militer pour une véritable conditionnalité de l’aide au développement. « Je conditionnerai en particulier l’aide au développement à la coopération des pays d’origine de l’immigration afin qu’ils s’impliquent dans le retour de leurs ressortissants » décrit le programme de François Fillon, où ne figure aucun engagement chiffré.

Lors d’un débat organisé avec les ONG, son représentant, le sénateur Christian Cambon avait estimé qu’il était me «périlleux » de prendre des engagements chiffrés sur le sujet.

« La confusion des genres entre migration et aide au développement est une ligne rouge » estime la directrice adjointe de ONE France. « Et il y a ce débat au niveau européen et la France doit prendre position ».

En effet, l’Union européenne a largement coordonné ses politiques de développement et migratoires depuis 2015. Un rapprochement justifié par la crise migratoire à laquelle l’Europe fait face, mais très critiqué puisque certains fonds se retrouvent conditionnés à des accords de réadmission.

Sécurité et défense

Du côté d’Emmanuel Macron, la prise de position demeure ambivalente. « C’est la cacophonie. Sur le lien entre aide publique au développement et politique migratoire : une partie du programme dit oui, un autre non. », tranche Annabel Hervieu.

Enfin, chez la candidate du Front national, la question de l’aide au développement est plutôt liée aux questions de sécurité et de défense, qu’elle veut rendre prioritaires.

« Je m’engage à ce que la coopération française se consacre en priorité à quatre thématiques majeures : les forces de défense et de sécurité, l’agriculture et les infrastructures, l’éducation et la santé » a déclaré Marine Le Pen lors d’une visite au Tchad le 23 mars.

La candidate d’extrême droite s’est également engagée en faveur du chiffre symbolique des 0,7%. « Je m’engage, parce qu’il en va de notre prospérité comme de notre sécurité à tous, à consacrer, avant 2022, 0,7 % de la richesse française à la coopération avec l’Afrique » a-t-elle affirmé.

Mais à l’inverse de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen comptabilise dans cet objectif « des dépense de sécurité et défense, ce qui ne fait pas partie de l’aide publique au développement » prévient la représentante de ONE.