La «société civile» tente de mobiliser les électeurs pour les européennes
A moins d’un mois du scrutin, 61% des français ne connaissent toujours pas la date du scrutin européen, et les grands partis sont entrés tardivement en campagne. Peut-on alors compter sur les «spécialistes » des questions européennes pour motiver les troupes ? Tour d’horizon.
A moins d’un mois du scrutin, 61% des français ne connaissent toujours pas la date du scrutin européen, et les grands partis sont entrés tardivement en campagne. Peut-on alors compter sur les «spécialistes » des questions européennes pour motiver les troupes ? Tour d’horizon.
Le 9 mai, comme chaque année, l’Europe sera officiellement en «fête».Et c’est cette date qu’a choisie le ministère des Affaires étrangères pour donner le coup d’envoi de sa campagne d’incitation au vote pour les européennes. 45 secondes de spot télévisé revenant sur les grandes étapes de la construction européenne, depuis ses pères fondateurs jusqu’à la Présidence française de l’UE, seront relayées jusqu’au « jour J » du scrutin sur nos chaînes de télévision.
Le même jour le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Bruno Le Maire, et le vice-président de la Commission européenne, Jacques Barrot, lanceront la caravane civique européenne de l’association Civisme et Démocratie (Cidem). Partie du Champ de Mars,elle parcourrala France pendant un mois pour «aller à la rencontre des Français».
Alors que les indicateurs sur le taux de participation au scrutin du 7 juin sont au plus bas, le Quai-d’Orsay, qui a mis près de deux mois à boucler sa campagne de communication, n’a pas l’intention de mener d’autres actions. Même s’il compte « s’associer » à la campagne du Parlement européen (EURACTIV.fr 18/03/2009). Si la campagne a été quasi-totalement repensée par rapport à celle qui se dessinait au mois de mars, ces changement ne sont pas dûs au sondage pessimiste sur l’abstention publié au mois d’avril, assure le ministère (voir Eurobaromètre, EURACTIV.fr 14/04/2009).
Actions ! À la rencontre du citoyen sur le terrain
Faut-il alors se tourner vers les thinks tanks, associations, médias, et autres portails à velléité européenne ? Les 8 et 9 mai, la fête de l’Europe, organisée par la maison de l’Europe en partenariat avec la mairie de Paris sera l’occasion pour les citoyens européens de se documenter, sur les actions de l’UE. Le Parlement tiendra un stand sur le parvis de l’Hôtel de Ville où il tentera de sensibiliser les électeurs à se rendre aux urnes. Cependant, la maison de l’Europe « n’a pas vocation à faire campagne à la place des partis politiques », estime sa présidente et ancienne secrétaire d’État chargée des Affaires européennes, Catherine Lalumière. Aussi les journées ne seront-elles pas focalisées sur les élections.
L’association le Parlement Européen des Jeunes-France (PEJ), qui participe à ces journées, n’est pas de cet avis. L’association distribuera des flyers « décalés, voire choquants », mettant en scène des menottes ou un fouet, avec pour slogans : « Soumettez les à vos désirs » et « Votez pour qu’ils se plient à vos exigences », explique son président, Guillaume Borie.
Les électeurs peuvent également aller entendre leurs candidats. Le portail Touteleurope.fr propose par exemple des rencontres avec les prétendants en Île-de-France. La radio Euradionantes, vient, quant à elle, de terminer une série de duplex en direct des dernières sessions plénières du Parlement européen. Mais ces interventions ont des limites… Elles intéressent plutôt un public de « militants », concède Ronan Le Goff, rédacteur en chef de Touteleurope.fr.
La toile s’active pour les élections
C’est encore sur internet que l’on trouve le plus de contributions. Depuis le début du mois d’avril, la Fondation Robert Schuman propose un site pédagogique et accessible « tant à ceux qui n’y connaissent rien qu’aux initiés », avec des « informations générales » sur le scrutin du 7 juin, explique la directrice de la fondation Pascale Joannin. L’association Mouvement Européen-France mise aussi sur des informations pédagogiques et un suivi de la campagne, avec des comparatifs des projets des partis français, disponible sur son site internet. Tout comme le think thank, Notre Europe qui devrait proposer, à partir de la semaine prochaine, une newsletter « spéciale élections ». Ou la rubrique « pédagogique » du site de Touteleurope.fr consacrée aux élections, indique Ronan Le Goff.
Le magazine européen Cafe Babel propose aussi un site internet dédié aux élections. Mais cette fois, l’idée est de mobiliser en partant de thèmes accrocheurs. Tout un chacun peut poster en ligne sa réflexion sur la défense européenne, l’écologie, Erasmus, ou encore l’élargissement. L’idée est de lancer des débats sur des « sujets parfaitement politisables à l’échelle européenne », explique le responsable du portail, Fernando Navarro. Quant au site internet Euros du Village, il propose un dossier « un peu décalé » sur les élections européennes, estime son président, Mathieu Collet. « Nous n’avons pas souhaité ouvrir un nouveau portail dédié aux élections, il y en a déjà beaucoup et il nous importe de rester lisibles », estime-t-il, précisant que le site ne fait pas « d’info pure » sur les politiques européennes.
L’association les Jeunes Européens-France proposent quant à elle une formule originale sur Dailymotion. Y circule une vidéo réalisée en collaboration avec la Fondation pour l’Innovation politique (Fondapol), avec un slogan provoquant : « Ne va pas voter… sauf si, .» Le 9 mai, à l’occasion de la fête de l’Europe, le Parlement européen des jeunes (PEJ) lancera cinq spots audiovisuels, toujours en partenariat avec le cidem. Avec pour mot d’ordre « le vote n’est pas une loterie ! Prends parti pour ton avenir, choisi ton eurodéputé », que l’association espère relayer à la télévision.
Pour « une faible consultation »
Mais qu’en est-il de la fréquentation de ces sites internet? Pascale Joannin, de la Fondation Robert Schuman, dit avoir bénéficié de 200000 visiteurs sur le portail de la Fondation depuis son lancement. Ce qui montre qu’« il y a des gens intéressés, qui veulent comprendre », poursuit-elle. Au contraire, Charles Secret-Mauduit du Mouvement Européen-France concède « une faible consultation » de sa rubrique. Sur le Taurillon, publication internet des Jeunes Européen-France,le public qui consulte la page sur les élections est « déjà sensibilisé » à l’Europe, analyse son rédacteur en chef, Nicolas Laurent.
Pour le président du site Euros du Village, Mathieu Collet « il faut politiser au maximum le débat, et arriver à cliver ». L’éviction des listes socialistes de Gilles Savary sur lequel les Euros du Village avait publié un article, a par exemple suscité un large engouement de la part du public avec 9000 visiteurs uniques en une semaine, indique-t-il. Pour le PEJ, les sondages montrent que parler des élections européennes en expliquant uniquement ce qu’est le Parlement européen « n’a aucun intérêt », analyse Guillaume Borie. Pour le rédacteur en chef d’Euradionantes, Rémi Parola, « on ne peut pas se passer d’un volet pédagogique mais ce n’est pas le plus important ». « Il faut politiser le débat », conclut-il. Reste à savoir si toutes ces recettes fonctionneront. Réponse le 7 juin.