La Slovaquie face à une vague de désinformation à l’approche des élections européennes

La désinformation fait rage en Slovaquie, les forces pro-russes accusant notamment le chef de l’opposition de planifier un soulèvement, alors qu’en parallèle sont diffusés des récits selon lesquels des entités étrangères seraient derrière la tentative assassinat du Premier ministre, par exemple.

/ EURACTIV Slovaquie
This article is part of our special report "Tour d’horizon des capitales à l’approche des élections européennes"
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En amont des élections européennes de juin, plusieurs responsables politiques locaux n’ont pas hésité à utiliser la désinformation dans le cadre de leur campagne. [Shutterstock/Feng Yu]

À l’approche des élections européennes, les campagnes de désinformations se multiplient en Slovaquie, notamment après la tentative d’assassinat dont a été victime le Premier ministre Robert Fico, le 15 mai dernier.

En Slovaquie, les forces pro-russes accusent le chef de l’opposition, Michal Šimečkan, du parti Slovaquie progressiste (PS) de planifier un soulèvement similaire à la révolution de Maïdan de 2014 en Ukraine

En parallèle, sont diffusés des récits selon lesquels des entités étrangères auraient fomenté la tentative assassinat contre le Premier ministre Robert Fico ou encore selon lesquels l’Union européenne (UE) voudrait interdire la viande de bœuf et forcer les citoyens européens à consommer des grillons.

En amont des élections de juin, plusieurs responsables politiques locaux, dont certains sont issus de partis membres de la coalition au pouvoir composée du SMER – social-démocratie (SMER-SD), du HLAS – social-démocratie (HLAS-SD) et du Parti national slovaque (SNS), n’ont pas hésité à utiliser la désinformation.

Discréditer les opposants

Dans deux posts début mai, Ľuboš Blaha, vice-président du parlement et membre du parti au pouvoir SMER-SD, a accusé Michal Šimečka, le leader du parti d’opposition Slovaquie progressiste, qui a étudié les relations internationales et les sciences politiques à l’étranger, notamment à l’Université d’Oxford, d’avoir « écrit des manuels subversifs pour les Maïdans et les coups d’État en tant que jeune étudiant ».

« Préparez-vous un autre Maïdan en Slovaquie, agent Šimečka  ? Des innocents devront-ils mourir à nouveau  ? », a demandé Ľuboš Blaha, connu pour ses opinions pro-russes, qu’il a notamment diffusées sur une télévision d’État russe le mois dernier.

Pour rappel, la révolution de Maïdan, ou « révolution de la Dignité », a eu lieu en février 2014 en Ukraine, à la suite de manifestations pro-européennes.

Michal Šimečka a répondu à ces accusations en affirmant que «  [le Premier ministre membre du SMER-SD Robert] Fico et [Ľuboš] Blaha devraient savoir que si un scientifique écrit sur les pyramides égyptiennes, cela ne signifie pas qu’il les a construites  ».

Il a expliqué qu’il y a 15 ans, alors qu’il était étudiant à Oxford, il a écrit un article académique sur les révolutions de couleur en Géorgie et en Ukraine.

« Aujourd’hui, ce texte académique est utilisé par le SMER pour combattre l’opposition politique », a-t-il déploré.

Tenter de discréditer ses opposants est une manœuvre politique courante en Slovaquie. Peter Pellegrini, membre du HLAS, avait déjà tenté de dépeindre son rival pour la présidentielle d’il y a quelques mois, le diplomate pro-UE indépendant Ivan Korčok, comme un « belliciste » qui, en tant que président, enverrait les Slovaques combattre en Ukraine.

Des acteurs étrangers à l’origine de la tentative d’assassinat de Robert Fico

Ľuboš Blaha, qui brigue un siège au Parlement européen, a également répandu des théories conspirationnistes sur le « cerveau » de la tentative d’assassinat du Premier ministre slovaque, le 15 mai dernier.

Lors des rassemblements électoraux du SMER à la fin du mois de mai, Ľuboš Blaha a cité le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, qui avait affirmé plus tôt que les services secrets d’un pays «  étroitement lié au parti mondial de la guerre  » étaient à l’origine de cette tentative d’assassinat.

«  Pour l’instant, je ne vais pas dire de quels services secrets et de quel pays il s’agit. Vous pouvez probablement le deviner  », avait affirmé Ľuboš Blaha, selon le Denník Postoj.

Parallèlement à cela, Pavol Slota, le leader d’un petit parti absent du parlement, DOMOV, a déclaré dans un post Facebook daté du 16 mai que la CIA américaine, le MI6 britannique ou les services secrets ukrainiens étaient responsables de l’attaque — sans toutefois avancer de preuve.

L’UE demande-t-elle aux agriculteurs de tuer leurs vaches  ?

La désinformation dans le domaine de l’agriculture a également été largement diffusée en Slovaquie. L’une des vidéos les plus populaires sur le sujet a été enregistrée par Branislav Becík, du HLAS. Il y affirme que l’UE demande à la Slovaquie de tuer des vaches.

«  Nous allons devoir nous débarrasser d’une de nos vaches. Pourquoi, me direz-vous  ? Parce que les experts de l’environnement de Bruxelles nous l’ordonnent  », a déclaré Branislav Becík, candidat aux Européennes.

Cet élément de désinformation a également été diffusé par les représentants de partis d’extrême droite Republika et le Parti populaire Notre Slovaquie (ĽSNS). Ils s’accordent tous à dire que la raison en est « la volonté de l’Union de réduire les émissions de gaz à effet de serre ».

«  Au lieu de lait et de viande, l’Union européenne veut que nous mangions des grillons et des aliments génétiquement modifiés », menaçait Marian Kotleba, chef de file de ĽSNS, dans une vidéo diffusée au début du mois de mai.

Les dirigeants de Republika ont ajouté que cette déclaration figurait dans la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork) de l’UE.

Or, il n’existe actuellement aucune règlementation européenne qui obligerait les agriculteurs à réduire le nombre d’animaux dans leurs exploitations pour réduire les émissions.

À quels résultats faut-il s’attendre après les élections ?

Selon les dernières projections d’Europe Elects pour Euractiv, Slovaquie progressiste (Renew) devrait obtenir 5 sièges au Parlement européen avec 25 % des suffrages au scrutin européen, tandis que le SMER (18 %) et le HLAS (13 %) devraient pouvoir envoyer 3 eurodéputés chacun.

Contrairement aux Européennes de 2019, où les discussions étaient principalement axées sur des questions nationales, la politique étrangère est devenue cette année un véritable sujet dans le débat public, en raison de la guerre de la Russie en Ukraine.

Lors d’un évènement en ligne organisé par Euractiv Slovaquie fin mai, la politologue Aneta Világi a souligné que la position de la Slovaquie vis-à-vis de la guerre en Ukraine était au cœur d’une campagne électorale pour la troisième fois en quelques mois, après les élections parlementaires de septembre 2023 et la présidentielle d’avril 2024.

Le politologue Jozef Lenč a pour sa part observé que ces élections européennes tournent encore fortement autour de questions internes — principalement la tentative d’assassinat du Premier ministre — ainsi que « les politiques de son gouvernement, qui sont perçues comme une menace pour la démocratie slovaque ».

« Durant la campagne, les partis se surpasseront pour savoir lequel d’entre eux protégera le mieux la Slovaquie – contre un mal réel ou imaginaire – et qui sera le garant de la paix en Europe. Le thème de la campagne sera une fois de plus l’incitation à la peur », avait noté M. Lenč.

[Édité par Anna Martino]