La Serbie pourrait imposer des sanctions à la Russie
Le ministre serbe des Affaires étrangères Ivica Dačić a laissé entendre pour la première fois mercredi que Belgrade pourrait changer de cap et imposer des sanctions à la Russie, l’une des principales exigences de l’UE pour que la Serbie progresse dans ses négociations d’adhésion à l’Union.
Le ministre serbe des Affaires étrangères Ivica Dačić a laissé entendre pour la première fois mercredi (25 janvier) que Belgrade pourrait changer de cap et imposer des sanctions à la Russie, l’une des principales exigences de l’UE pour que la Serbie progresse dans ses négociations d’adhésion à l’Union.
Lors d’un entretien exclusif avec EURACTIV Serbie, M. Dačić, vétéran de plus de 30 ans de vie politique, a déclaré que la Serbie, candidate à l’UE depuis 2012, était guidée avant tout par l’évaluation de ce qui est dans son intérêt.
« Nous condamnons la violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et c’est ainsi que nous avons voté dans les instances internationales. Quant à savoir si nous allons imposer des sanctions à la Russie, c’est une autre question. Ce n’est pas une question de temps ou de délais, c’est une question qui concerne nos intérêts politiques et économiques », a-t-il déclaré à EURACTIV Serbie.
Jusqu’à maintenant, le président serbe Aleksandar Vučić s’est farouchement opposé à l’idée de sanctionner Moscou pour son offensive en Ukraine, soulignant souvent que la Serbie importe tout son pétrole et son gaz de Russie, mais il a subi une pression croissante de l’Occident pour changer de position. En octobre, il a dévoilé un plan d’investissement de 12 milliards d’euros dans les infrastructures énergétiques sur six ans afin de diversifier et de sécuriser ses approvisionnements.
M. Dačić a déclaré que depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et jusqu’à aujourd’hui, la Serbie ne s’est pas jointe aux sanctions occidentales « parce que nous avons estimé que cela ne serait pas dans notre intérêt ».
« Si quelque chose change au détriment des intérêts de la Serbie, alors notre décision sera ajustée en conséquence, car nous évaluerons à chaque instant quelle est la meilleure décision pour notre économie, pour notre statut dans le monde et pour les citoyens de Serbie. »
Le récit sur la Russie, considérée comme l’alliée traditionnelle de la Serbie, pourrait être enfin en train de se modifier. En effet, la Première ministre serbe Ana Brnabić, qui a assisté à l’événement de lancement d’EURACTIV Serbie à Belgrade mercredi soir, a parlé de « l’agression russe contre l’Ukraine », une formulation que la Serbie n’utilisait pas auparavant. Mme Brnabić a également fait l’éloge de l’UE, qui est le plus grand investisseur et donateur en Serbie.
M. Dačić a proclamé que l’adhésion à l’UE était « une priorité pour la Serbie », mais il s’en est pris à l’UE pour avoir traîné les pieds sur l’élargissement.
« Ce récit que l’on entend souvent, selon lequel les Balkans pourraient créer de nouveaux problèmes s’ils étaient à l’intérieur de l’UE, est plutôt un prétexte parce que l’UE a constaté une baisse d’enthousiasme pour l’élargissement. », a-t-il déclaré.
Et M. Dačić d’ajouter : « C’est une question qui ne rapporte pas de voix aux politiciens européens et c’est pourquoi ils la marginalisent. »