La Serbie annule l'Europride prévue en septembre, les organisateurs défient la décision
Le président serbe Aleksandar Vucic a annoncé samedi (27 août) l'annulation de l'Europride prévue en septembre à Belgrade, mais ses organisateurs ont aussitôt défié cette décision, affirmant que ce grand rassemblement de la communauté LGBTQ aurait lieu comme prévu.
Le président serbe Aleksandar Vucic a annoncé samedi (27 août) l’annulation de l’Europride prévue en septembre à Belgrade, mais ses organisateurs ont aussitôt défié cette décision, affirmant que ce grand rassemblement de la communauté LGBTQ aurait lieu comme prévu.
« En accord avec la majorité des membres du gouvernement et avec la Première ministre (…) la marche des fiertés, ou quel que soit le nom de cette chose, sera reportée ou annulée, comme vous voulez », a déclaré M. Vucic lors d’une conférence de presse.
« Simplement, à un moment donné, on ne peut pas tout gérer. Une autre fois, en des temps plus heureux », a ajouté le président, en expliquant que la Serbie était « sous pression », confrontée à « toutes sortes de problèmes ».
Il a notamment évoqué une nouvelle montée des tensions au Kosovo, ancienne province serbe, majoritairement albanaise, qui a proclamé en 2008 son indépendance, jamais reconnue par Belgrade, mais également des problèmes liés à l’énergie et à l’alimentation.
M. Vucic a annoncé cette décision quelques minutes après avoir chargé la Première ministre sortante, Ana Brnabic, ouvertement lesbienne, de former un nouveau gouvernement, près de cinq mois après les élections du début avril.
Le gouvernement a de son côté expliqué que les conditions n’étaient pas réunies pour un « déroulement en toute sécurité » de l’Europride.
« Certains groupes extrémistes pourraient profiter et abuser de cet événement et de la volonté de la Serbie de l’organiser pour attiser davantage les tensions et pour diriger la Serbie vers l’instabilité », lisait-on dans un communiqué.
« La marche aura lieu »
La tenue de l’Europride étaient prévue à Belgrade du 12 au 18 septembre, avec une semaine de festivités et d’événements et une marché des fiertés programmée pour son avant-dernier jour.
Cette grande manifestation annuelle paneuropéenne est organisée chaque année depuis 1992 dans une ville différente du continent, sa première édition ayant eu lieu à Londres.
Cependant, les organisateurs de l’Europride ont aussitôt affirmé que l’événement aurait lieu comme prévu, soulignant que plusieurs décisions de justice avaient établi que d’autres annulations dans le passé avaient été inconstitutionnelles.
« L’État ne peut pas annuler l’Europride – il peut seulement essayer de l’interdire, ce qui serait une violation évidente de la Constitution », a tweeté le coordonnateur de la manifestation Marko Mihailovic.
« La marche aura lieu comme prévu le 17 septembre », a-t-il affirmé.
Le présidente de l’Association européenne des organisateurs des marches de fiertés (EPOA), Kristine Garina, a également affirmé dans un communiqué que « l’Europride n’est pas annulée et ne sera pas annulée » par ses organisateurs.
« Au cours du processus de candidature pour l’Europride 2022, la Première ministre serbe Ana Brnabic a promis le soutien entier du gouvernement serbe pour l’Europride à Belgrade, et nous nous attendons à ce que cette promesse soit honorée », a déclaré Mme Garina.
Bien que la Serbie soit l’un des rares pays à avoir une Première ministre ouvertement gay, les membres de la communauté LGBTQ y vivent toujours dans la peur.
« Félicitations de l’Eglise »
Les deux premières marches des fiertés de Belgrade, en 2001 et en 2010, avaient été entachées de violences. Le défilé est organisé régulièrement depuis 2014, mais avec un important dispositif des forces de l’ordre.
Se tenir par la main reste un tabou pour les couples de même sexe dans le pays où près de 60% des membres de la communauté LGBTQ ont signalé des agressions physiques ou psychologiques, selon un sondage réalisé en 2020 par les organisations de défense des droits de l’Homme, IDEAS et GLIC.
Des associations LGBTQ espéraient l’année dernière l’adoption par le Parlement d’un projet de loi reconnaissant le partenariat civil, mais Aleksandar Vucic avait alors déclaré qu’il ne signerait pas une telle loi parce que la Constitution serbe « définit le mariage comme l’union légalement réglementée d’un homme et d’une femme ».
L’influente Eglise orthodoxe serbe (SPC) a « sincèrement félicité » samedi M. Vucic d’avoir pris une « décision responsable ».
« La tenue de ce ‘défilé’, qui est au service de la promotion de l’idéologie LGBT (…) ne serait bénéfique pour personne. Elle provoquerait en revanche davantage de tensions et des nouvelles divisions, ainsi que l’amertume et la révolte des fidèles », a-t-elle affirmé dans un communiqué.
Dans ce pays d’environ 7 millions d’habitants, plus de 80% de la population est constituée de chrétiens orthodoxes.