La sécurité sera au cœur de la présidence polonaise du Conseil de l’UE

Dans un contexte géopolitique incertain, la sécurité sera au cœur de la présidence polonaise du Conseil de l’UE, qui débutera en janvier. La thématique sera divisée en sept dimensions, a fait savoir le gouvernement de Varsovie.

EURACTIV.com
Nordic and Baltic countries leaders meeting in Harpsund
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk. [EPA-EFE/LESZEK SZYMANSKI POLAND OUT]

Dans un contexte géopolitique incertain, la sécurité sera au cœur de la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne (UE), qui débutera en janvier. La thématique sera divisée en sept dimensions, a fait savoir le gouvernement de Varsovie.

À partir du 1er janvier, la Pologne succédera à la Hongrie à la tête du Conseil — où se réunissent les ministres des 27 États membres de l’UE — pour six mois. En juillet, ce sera au tour du Danemark de prendre le relais.

La présidence polonaise arrive à un « moment très spécial », a déclaré la sous-secrétaire d’État Magdalena Sobkowiak-Szarnecka aux journalistes vendredi 29 novembre, faisant référence à l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne, au retour imminent de Donald Trump à la Maison-Blanche et aux élections législatives anticipées de février prochain en Allemagne.

Pour ces raisons, la sécurité sera le sujet « principal » qui façonnera les priorités de la présidence, a-t-elle ajouté.

Alors que la présidence hongroise restera dans les mémoires pour les initiatives diplomatiques maladroites du Premier ministre Viktor Orbán, la Pologne se concentrera quant à elle sur la « sécurité extérieure ».

« La première question est de savoir comment financer le “Bouclier de l’Est” [une initiative visant à sécuriser les frontières de l’UE face à la Russie et à la Biélorussie, NDLR] et aussi […] l’industrie de la défense. »

Le débat s’annonce épineux, car les États membres de l’UE sont toujours divisés sur la question de savoir si la situation actuelle justifie de nouveaux emprunts conjoints, des « euro-obligations » (eurobonds), pour financer des programmes de défense communs.

Par le passé, l’Allemagne s’est particulièrement opposée à de nouveaux emprunts communs, mais les élections anticipées prévues pour le 23 février prochain pourraient faire évoluer la position du pays sur la question.

Alors que le favori pour devenir le prochain chancelier, le conservateur Friedrich Merz (Union chrétienne-démocrate/CDU, Parti populaire européen), a été un fervent opposant aux emprunts communs, il a récemment fait preuve de flexibilité sur la règle du déficit national du pays et a déclaré qu’à long terme, il était prêt à discuter de « presque tout » lorsqu’il s’agit de dépenses en matière de défense.

Le nouveau commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a été chargé de présenter un livre blanc présentant différentes options de financement dans les 100 premiers jours de son mandat, qui a officiellement débuté dimanche 1er décembre.

Sept dimensions de la sécurité

Outre la sécurité extérieure, Varsovie examinera six autres « dimensions » de la question de la sécurité, à savoir la sécurité économique, énergétique, alimentaire, sanitaire, intérieure et de l’information, telle que la lutte contre la désinformation.

En ce qui concerne l’économie, « nous aurons des discussions sur le futur cadre financier pluriannuel (CFP) », a-t-elle déclaré. Alors que le prochain budget à long terme de l’UE ne débutera qu’en 2028, la Pologne organisera une conférence sur le sujet à Varsovie en février 2025 afin d’anticiper les discussions.

La Pologne a déjà uni ses forces à celles de l’Allemagne, de la France et d’autres États pour réclamer un lien plus étroit entre la politique de cohésion et les « réformes structurelles ». Elle cherche également à s’allier avec d’autres États membres de l’UE limitrophes de la Russie et de la Biélorussie.

Cependant, « la Commission nous a déjà dit que la proposition finale du budget sera sur la table pendant la présidence danoise », a-t-elle noté — c’est-à-dire pendant la seconde moitié de 2025.

Elle a déclaré que les législateurs devraient également chercher à identifier les règlementations « inutiles » afin de restaurer la compétitivité économique des entreprises européennes par rapport aux concurrents mondiaux. Elle a fait l’éloge de la proposition d’Ursula von der Leyen concernant un règlement « Omnibus » visant à réduire les obligations d’information des entreprises, l’une des premières initiatives de la nouvelle Commission européenne.

L’objectif était de ne pas imposer « trop de charges aux entrepreneurs », a expliqué la sous-secrétaire d’État.

Ensuite, pour assurer la « sécurité de l’approvisionnement alimentaire », il faut également prendre en compte la « sécurité climatique », a-t-elle confié, affirmant que les intérêts des agriculteurs et des activistes climatiques ne devraient pas être considérés comme opposés les uns aux autres.

« En fin de compte, l’objectif est le même : avoir de l’air frais, de l’eau propre et des aliments de bonne qualité », a-t-elle déclaré.

La semaine dernière, la Pologne a rejoint la France dans son opposition à l’accord commercial UE-Mercosur, arguant qu’il était injuste pour les agriculteurs européens que les importations ne respectent pas les mêmes normes environnementales.

En matière de santé, la Pologne souhaite que l’UE devienne « plus indépendante dans la production de médicaments », à l’instar de ses priorités en matière d’énergie, qui prévoient que l’UE « soit plus indépendante des sources d’énergie provenant de l’extérieur de l’UE » tout en poursuivant la transition énergétique.

« Alors que nous passons à des sources [d’énergie] vertes, il ne s’agit plus de savoir qui possède les ressources, mais plutôt qui possède la technologie », a déclaré Magdalena Sobkowiak-Czarnecka.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]