La sécurité, maître mot des élections européennes en Finlande où la droite a le vent en poupe

Les questions de sécurité dominent la campagne finlandaise à l’approche des Européennes, à l’issue desquelles le Parti de la Coalition nationale de centre-droit n’a pas exclu la possibilité de coopérer avec les Conservateurs et Réformistes au Parlement européen.

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This article is part of our special report "Tour d’horizon des capitales à l’approche des élections européennes"
Finland decides to close four crossing points on its border with Russia
Le Premier ministre finlandais Petteri Orpo (à gauche) et la ministre de l'Intérieur Mari Rantanen (à droite) donnent une conférence de presse sur les nouvelles mesures frontalières à Helsinki, Finlande, le 16 novembre 2023. [EPA-EFE/KIMMO BRANDT]

En Finlande, les questions de sécurité dominent les débats électoraux à l’approche des élections européennes de juin, à l’issue desquelles le Parti de la Coalition nationale de centre-droit, allié à l’extrême droite au gouvernement, n’a pas exclu la possibilité de coopérer avec le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen.

La Finlande est dirigée par un gouvernement de coalition composé du Parti de la Coalition nationale (Kok, Parti populaire européen/PPE), du Parti des Finlandais d’extrême droite (CRE), du Parti populaire suédois de Finlande (RKP, Renew Europe) et des Chrétiens-démocrates (KD).

Dans le pays, les questions liées à la politique étrangère, de sécurité et de défense sont en tête des préoccupations des électeurs, bien que des sujets tels que le changement climatique soient également considérés comme essentiels, selon une enquête réalisée par le Parlement européen au printemps 2024.

La Finlande est l’État membre de l’UE qui possède la plus longue frontière avec la Russie (1 340 km). L’invasion de l’Ukraine en 2022 et les tensions historiques avec Moscou ont contribué à remettre les questions de sécurité et de défense au premier plan, ce qui a conduit le pays à adhérer à l’OTAN l’année dernière.

« Il semble que les électeurs finlandais soient particulièrement intéressés par la poursuite du soutien militaire à l’Ukraine, le renforcement de la capacité de défense de l’UE (ou de l’Europe) et le renforcement de la sécurité aux frontières », a expliqué à Euractiv Tuomas Iso-Markku, chargé de recherche à l’Institut finlandais des affaires étrangères.

La Finlande, qui compte 5,5 millions d’habitants, accuse depuis longtemps Moscou d’exercer des pressions par le biais de moyens hybrides, y compris l’instrumentalisation des migrants.

Cela a notamment conduit Helsinki à fermer sa frontière avec la Russie à la mi-avril, et le gouvernement étudie une loi spéciale qui permettrait de repousser les migrants en cas d’urgence nationale.

« Si les questions de sécurité et de défense semblent revêtir une grande importance pour les électeurs, elles ne divisent pas les partis finlandais dans une large mesure », a noté M. Iso-Markku, ajoutant qu’il existe un solide consensus entre les partis sur la nécessité d’adopter des mesures efficaces au niveau européen afin de contrer les menaces russes.

En revanche, le rôle des forêts finlandaises dans l’UE est un sujet qui divise beaucoup plus dans la campagne électorale pour les Européennes, car les forêts sont une source importante de revenus économiques pour le pays.

Les débats entre les partis finlandais sur la loi européenne sur la restauration de la nature ont été particulièrement houleux. Alors que les Verts, l’Alliance de gauche et une partie du Parti social-démocrate y étaient favorables, les partis de centre droit et le Parti des Finlandais d’extrême droite se sont montrés très critiques, estimant que Bruxelles ne devrait pas avoir son mot à dire sur la manière dont la Finlande exploite ses forêts.

Victoire de la droite

La Finlande a viré à droite lors des dernières élections législatives et présidentielles, ce qui devrait se refléter dans les élections de juin.

Les élections législatives d’avril 2023 ont porté au pouvoir la coalition la plus à droite de l’histoire de la Finlande composée du Parti de la coalition nationale (PPE) du Premier ministre Petteri Orpo, du Parti des Finlandais (CRE), du Parti populaire suédois de Finlande (Renew Europe) et des Chrétiens-démocrates (PPE).

Selon les derniers sondages d’Europe Elects, les élections européennes ne devraient pas être un test pour la coalition au pouvoir, dont les partis sont en tête des intentions de vote des électeurs.

Le Parti de la coalition nationale du Premier ministre (KoK, PPE) est à 22 %, juste devant le Parti social-démocrate, qui est à 20 %. Le Parti des Finlandais est quant à lui à 14 %, tandis que les Verts devraient passer de 16 % à 11 % dans les sondages par rapport aux dernières élections européennes.

« Le taux de participation à ces élections européennes devrait être inférieur à celui des élections parlementaires nationales », a ajouté M. Iso-Markku, expliquant que cela profite traditionnellement au Parti de la coalition nationale de centre droit au pouvoir, car ses électeurs ont tendance à être actifs, loyaux et favorables à l’UE.

Le parti du Premier ministre pourrait ainsi avoir quatre eurodéputés sur les 15 attribués au pays, au lieu des trois qu’il a actuellement.

Une collaboration avec les Conservateurs et Réformistes européens ?

Au terme des élections de juin, le Parti des Finlandais devrait conserver ses deux sièges au Parlement européen, où il appartient au groupe CRE.

Les eurodéputés du Parti de la Coalition nationale finlandaise, qui siègent au PPE, devraient quant à eux en obtenir 4. Ils pourraient également participer au rapprochement entre le PPE de centre-droit et l’extrême droite européenne, que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a évoqué le mois dernier à Maastricht.

Au début du mois, le Premier ministre finlandais Petteri Orpo (Kok) avait déclaré dans une interview accordée au journal finlandais Iltalehti que, selon lui, le PPE ne pouvait pas coopérer avec les « vrais partis d’extrême droite », faisant référence au groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID).

D’autre part, il n’a pas exclu une éventuelle coopération avec le groupe CRE, auquel appartiennent ses partenaires de coalition, au sein de l’hémicycle européen.

« Le Parti des Finlandais fait partie du groupe CRE, et il y a plusieurs partis qui y siègent. Par exemple, le parti [Fratelli d’Italia de Giorgia] Meloni : malgré son passé sombre, il mène actuellement une politique européenne très constructive », a affirmé M. Orpo.

Néanmoins, M. Orpo a pris soin de souligner l’importance de l’État de droit pour son gouvernement et que l’isolement de la Russie, le marché unique, l’économie de marché, les droits humains et l’engagement à lutter contre le changement climatique sont des valeurs clés de son  parti et du PPE.

Le Premier ministre a également exprimé ses inquiétudes quant à la « montée de l’extrême droite en Europe ».

« Si vous regardez l’Allemagne, la France et l’Espagne, c’est un phénomène inquiétant. C’est pourquoi nous avons besoin de partis de droite modérés », a-t-il conclu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]