La sécurité de l’approvisionnement gazier devrait diviser les ministres européens [FR]

Les ministres européens de l’Energie se rencontrent aujourd’hui (19 février) pour s’accorder sur six axes prioritaires visant à renforcer la sécurité énergétique européenne. Ils discuteront également de la définition d’un « corridor sud » du gaz, qui menace de diviser les Européens à propos d’une éventuelle participation de la Russie.

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Les ministres européens de l’Energie se rencontrent aujourd’hui (19 février) pour s’accorder sur six axes prioritaires visant à renforcer la sécurité énergétique européenne. Ils discuteront également de la définition d’un « corridor sud » du gaz, qui menace de diviser les Européens à propos d’une éventuelle participation de la Russie.

S’exprimant sur la rencontre à venir, un  diplomate européen de haut niveau a indiqué qu’un consensus est en train de voir le jour parmi les 27 Etats membres de l’UE sur six axes prioritaires qui visent à renforcer la sécurité énergétique de l’Europe. 

Suite au différend entre l’Ukraine et la Russie du mois de janvier, le gaz naturel prédomine les axes prioritaires, dont cinq sur six se concentrent sur le renforcement et la diversification des routes d’approvisionnement. Les axes incluent notamment un plan d’interconnection pour la région baltique, la construction d’autres terminaux  de GNL (gaz naturel liquéfié) et davantage de connections dans la région méditerranéenne, l’Europe du Sud-Est et les Balkans. 

Les axes incluent également un projet de « corridor sud » encore indéfini, dans lequel le projet Nabucco prévu par l’UE serait en concurrence avec le projet rival South Stream, soutenu par le géant russe Gazprom. 

Déterminer si l’UE invite ou non la Russie à participer au corridor sud est l’une des questions délicates auxquelles les ministres devront répondre. Est-ce qu’on peut se dispenser du gaz russe ?, s’est interrogé un diplomate. 

Un certain nombre de grands pays de l’UE, notamment la France et l’Italie, ont clairement fait savoir qu’ils souhaitaient intégrer la Russie dans le projet européen Nabucco. Un rapport récent du Parlement européen, rédigé par l’eurodéputée française Anne Laperrrouze, a suggéré d’inviter Gazprom à participer à Nabucco (EURACTIV 2/02/09). 

L’amendement a été finalement mis en échec, mais il a dévoilé des divisions profondes parmi les Etats membres, en particulier entre ceux favorables à une approche plus conciliatoire à l’égard de Moscou, et un groupe d’anciens d’Etats soviétiques qui se méfient de tout ce qui renforce la dominance de la Russie sur l’approvisionnement gazier européen. 

En outre, des doutes sur la capacité de certains pays à fournir suffisamment de gaz pour alimenter Nabucco ont augmenté les incertitudes. 

C’est une question de viabilité économique, mais c’est également une question politique, a indiqué un diplomate de haut niveau d’un grand Etat membre de l’UE. Il a évoqué le fait que certains partisans de Nabucco commencent à dire que ce serait une bonne idée d’intégrer Gazprom dans le projet.

Le débat sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique a également révélé de grandes divisions sur une proposition de l’UE de libéraliser le marché européen du gaz naturel. Les propositions ont suscité une grande controverse sur la question de la séparation totale de la propriété, autrement dit la séparation des entreprises verticalement intégrées, comme le géant français GDF Suez ou le géant italien ENI, qui à la fois vendent du gaz naturel et le distribuent par le biais de leurs réseaux de gazoducs.

Selon un diplomate, les grands groupes gaziers intégrés vont nécessairement détenir des volumes importants par rapport aux pays fournisseurs de pétrole. Même les plus ardents défenseurs de la séparation de la propriété ont maintenant abandonné l’idée pour le gaz, a-t-il ajouté, faisant référence à la Grande Bretagne et aux Pays-Bas. 

Financement et juste retour

Les pays européens restent également divisés sur la question du financement des projets, un certain nombre d’Etats clés demandant un juste retour sur leurs investissements. 

En janvier, la Commission européenne a proposé la réallocation de 3,5 millions d’euros de budget européen non dépensé, principalement au soutien des projets de charbon propre, des fermes éoliennes offshore et de nouveaux dispositifs d’interconnection des gazoducs (EURACTIV 29/01/09). La proposition a été dévoilée dans le cadre  d’un plan de relance économique visant à stimuler l’économie européenne. 

Reste à savoir si les Etats membres approuveront la réallocation des fonds. 

Un diplomate italien a déclaré qu’il était perplexe face  à la proposition de la Commission, expliquant qu’elle ne reflétait pas les décisions prises au Conseil européen de décembre. Il a en outre indiqué que l’Italie était préoccupée par rapport au fait  que les budgets de l’agriculture soient désormais réalloués à d’autres secteurs, l’Italie n’en tirant que des bénéfices marginaux, à l’exception des 100 millions d’euros destinés à un dispositif d’interconnexion gazière avec la Grèce. 

Les observateurs ont souligné la récurrence du débat en Europe sur l’utilisation du budget européen et le principe du juste retour, selon lequel chaque pays attend un retour sur investissement proportionnel à sa contribution au budget européen. 

Un diplomate de haut niveau a déclaré qu’ils n’avaient jamais été en faveur du principe de juste retour, mais il a ajouté qu’il fallait un certain équilibre, en particulier géographique, dans les projets énergétiques sélectionnés.

Selon le diplomate, aujourd’hui, deux pays financent tous les autres :  ce sont la France et l’Italie. Il a mis en garde contre l’impasse totale qui pourrait concerner tant le problème du financement que la sélection des projets.