La Russie devrait lancer une nouvelle offensive d’ici mai, selon Volodymyr Zelensky

La Russie prépare une nouvelle offensive contre l’Ukraine qui devrait débuter à la fin du mois de mai ou au début de l’été, mais Kiev a déjà planifié sa contre-offensive, a déclaré le président ukrainien à la presse à Kiev dimanche (25 février).

Euractiv.com
Forum ‘Ukraine. Year 2024’ in Kyiv
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky. [EPA-EFE/SERGEY DOLZHENKO]

La Russie prépare une nouvelle offensive contre l’Ukraine qui devrait débuter à la fin du mois de mai ou au début de l’été, mais Kiev a déjà planifié sa contre-offensive, a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la presse à Kiev dimanche (25 février).

Alors que la guerre russe en Ukraine entrait dans sa troisième année ce samedi (24 février), la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, la cheffe de gouvernement italienne Giorgia Meloni, qui préside le G7, le Premier ministre belge Alexander De Croo – dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE – et le Premier ministre canadien Justin Trudeau ont rejoint Volodymyr Zelensky à Kiev. L’objectif : prouver que l’Occident soutient toujours l’Ukraine, alors que les craintes d’une « lassitude » gagnent du terrain.

Le président ukrainien a déclaré que la troisième année de guerre marquerait « un tournant ».

Pour lui, cette année, marquée par les élections, des défis venant de l’extérieur et de l’intérieur, définira la façon dont la guerre prendra fin.

Volodymyr Zelensky a déclaré qu’il s’attendait à ce que la Russie prépare des opérations au début de l’été ou à la fin du mois de mai, ajoutant que Kiev disposait d’« un plan [pour une nouvelle contre-offensive], le plan est clair, je ne peux pas vous en donner les détails […] Ce plan est lié au changement de personnel dirigeant [les opérations militaires], et aux conséquences de ce changement ».

En effet, le président ukrainien a remplacé le mois dernier le chef des armées ukrainiennes, Valeri Zaloujny, par le commandant en chef de l’armée de terre du pays, Oleksandr Syrsky. Un pari de taille, alors que les forces russes gagnent du terrain dans certaines régions de l’Est.

« Nous devons préparer des réserves. Ils [les Russes] n’ont pas été préparés correctement, et c’est aussi un fait », a-t-il déclaré.

Pertes ukrainiennes

Volodymyr Zelensky a également présenté le premier bilan officiel des pertes humaines, précisant que le chiffre annoncé était bien inférieur aux estimations du Kremlin.

« Trente et un mille soldats ukrainiens sont morts dans cette guerre. Pas 300 000, ni 150 000, comme le disent [Vladimir] Poutine et son cercle de menteurs », a affirmé M. Zelensky. « Mais chacune de ces pertes est une grande perte pour nous », a-t-il ajouté.

Le président ukrainien a déclaré qu’il ne divulguerait pas le nombre de soldats blessés ou disparus. Toutefois, des « dizaines de milliers de civils » ukrainiens ont été tués dans les territoires occupés par les Russes, les chiffres exacts devant être déterminés à la fin de la guerre.

C’est la première fois que Kiev fournit le bilan de ses pertes depuis le début de la guerre, le 24 février 2022.

En août, le New York Times citait des responsables américains qui estimaient le nombre de morts ukrainiens à près de 70 000, contre 120 000 pour les Russes. À l’époque, ces chiffres n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.

Les organes de presse russes indépendants Mediazona et Meduza ont indiqué, dans une enquête conjointe, qu’environ 75 000 soldats russes étaient morts au combat, ce qui fait environ 120 par jour.

Depuis le début de la guerre, la Russie et l’Ukraine ont souvent sous-estimé leurs pertes militaires tout en exagérant les pertes qu’elles affirment s’être infligées l’une à l’autre.

Un soutien insuffisant de la part de l’Occident

Ces derniers mois, l’Ukraine a multiplié les mises en garde contre le fait que ses troupes étaient de plus en plus dépassées et que le manque de munitions entravait la capacité de ses forces armées à repousser les troupes russes.

S’adressant aux journalistes, M. Zelensky a déclaré qu’à ce stade de la guerre, il était vital pour Kiev et ses alliés occidentaux de rester unis, la victoire de l’Ukraine étant liée au soutien continu de l’Occident.

« C’est le moment le plus difficile pour notre unité, et si nous nous effondrons tous, de l’extérieur et, que Dieu nous en garde, de l’intérieur, alors ce sera notre plus grand moment de faiblesse — cela ne s’est pas encore produit », a-t-il déclaré.

M. Zelensky s’est dit convaincu que le Congrès américain approuverait un nouveau programme d’aide militaire et financière — actuellement bloqué par les républicains.

Il a ajouté que l’Ukraine avait besoin de certitude dans le mois à venir : « Nous demandons à recevoir cette aide dans un mois. Lorsque nous parlons de l’aide américaine, nous devons comprendre qu’il ne s’agit pas de réserves financières, mais d’armes […] Nous serons affaiblis sur le champ de bataille […] — nous avons les armes que nous avons ».

Le président ukrainien a également fait référence au fait que l’UE n’a fourni que 30 % du million d’obus promis à Kiev pour le mois de mars.

Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte où les Européens sont confrontés à des de grandes questions sur la manière d’aborder les douze prochains mois et de maintenir leur soutien afin de donner aux Ukrainiens les outils dont ils ont besoin pour repousser l’envahisseur russe.

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a exhorté la semaine dernière les États membres de l’Union à trouver des moyens d’accroître les livraisons de munitions à l’Ukraine, et ce en dehors du cadre des accords actuels.

Sommet sur la paix au printemps

Kiev espère organiser un sommet en Suisse au printemps pour discuter de sa vision de la paix avec ses alliés, a également annoncé M. Zelensky, ajoutant qu’un plan de paix serait ensuite présenté à Moscou.

« J’espère que ce sommet aura lieu au printemps. Nous ne devons pas perdre cette initiative diplomatique », a-t-il déclaré.

« Nous offrirons une plateforme sur laquelle [Vladimir Poutine] pourra reconnaître qu’il a perdu cette guerre et que c’était une erreur. Une grosse erreur. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]