La Roumanie en colère face au blocage franco-allemand
Le président roumain, Traian Basescu, s'est violemment opposé à la décision prise par la France et l'Allemagne hier (21 décembre) de reporter l'adhésion de son pays à l'espace Schengen, la qualifiant d'acte de "discrimination". Un reportage du réseau EURACTIV de Bucarest et Sofia.
Le président roumain, Traian Basescu, s'est violemment opposé à la décision prise par la France et l'Allemagne hier (21 décembre) de reporter l'adhésion de son pays à l'espace Schengen, la qualifiant d'acte de "discrimination". Un reportage du réseau EURACTIV de Bucarest et Sofia.
S'exprimant dans le palais présidentiel à Bucarest, M. Basescu a déclaré que son pays n’accepterait de discrimination de la part de personne, « même de le part des pays les plus puissants de l’UE ».
Quelques heures avant, les ministres de l’Intérieur de la France et de l’Allemagne, Brice Hortefeux et Thomas de Maizière, avaient publié une lettre commune disant qu’ils bloqueraient l’accès de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen.
Selon les deux ministres, toutes les conditions ne sont pas remplies pour que les deux pays rejoignent l’espace sans frontières de Schengen.
Les deux pays avaient initialement prévu de rejoindre l’espace Schengen en mars 2011.
Il ne serait ni réaliste ni responsable de négliger les carences identifiées, peut-on lire dans la lettre, consultée par EURACTIV Roumanie. Parmi ces carences, les ministres notent l’absence d’un environnement judiciaire et administratif satisfaisant dans les domaines de la sécurité et de la justice, la corruption persistante à tous les niveaux et l'ampleur inquiétante du crime organisé.
Par conséquent, les ministres ont plaidé en faveur d’un report de l’accession de la Roumanie et de la Bulgarie à une date ultérieure.
Nous considérons que la décision devra être prise lorsque les principales sources d’inquiétudes auront disparu, et lorsque les deux pays seront sur la voie de la lutte contre la corruption et le crime organisé, et de la réforme de leurs systèmes judiciaires », peut-on encore lire dans cette lettre.
Des objectifs en perpétuel changement ?
Lorsque la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’UE en 2007, elles ont été placées sous un mécanisme de contrôle spécial afin de les aider dans la réforme de leurs systèmes judiciaires et leur combat contre la corruption. Dans le cas de la Bulgarie, la lutte contre le crime organisé a été mise en évidence comme un problème particulier. Depuis lors, des rapports réguliers n’ont révélé que des progrès limités.
Toutefois, la Commission européenne admet qu’il n’existe pas de lien juridique entre les progrès de la Roumanie et de la Bulgarie dans le cadre de ce mécanisme et leur accès à l’espace Schengen.
Dans sa déclaration, M. Basescu a dit que les Roumains avaient remplis toutes les exigences techniques pour rejoindre l’espace Schengen, et qu’ils n’accepteraient pas l’introduction de « conditionnalités additionnelles ».
Un diplomate polonais a récemment confié à EURACTIV que son pays se montrait inquiet vis-à-vis des tentatives des plus anciens Etats membres de « changer les règles » du jeu et d’adopter des « objectifs changeants » qui sont difficiles à atteindre pour les nouveaux venus, citant l’accès à Schengen pour la Roumanie et la Bulgarie en exemple.
Le diplomate a également exprimé son inquiétude quant au filet de sécurité permanent pour la zone euro qui pourrait placer la barre plus haut pour les pays souhaitant adopter la monnaie unique.
Représailles pour l’invasion des Roms ?
La pression exercée par Paris peut également être perçue comme un acte de représailles contre l’arrivée en masse de Roms en France. L’expulsion de ces émigrants, dont la plupart provenaient de Roumanie, a provoqué des controverses et des critiques sans précédent de la part de la Commission européenne.
Le ministre français en charge des affaires européennes, Laurent Wauquiez, a dit récemment que la Roumanie et la Bulgarie n'étaient pas face à une porte fermée, mais il a expliqué que ces pays étaient simplement dans l’incapacité de garantir la sécurité de leurs propres frontières.
Le silence de la Bulgarie
Comme pour la controverse sur les Roms, Sofia a choisi de faire profil bas suite à la publication de la lettre franco-allemande. Au cours de ces derniers mois, le premier ministre du pays, Boyko Borissov a délibérément choisi de ne pas critiquer Paris pour les expulsions de Roms bulgares, espérant qu’en échange, la France n’opposerait pas de veto à l’adhésion de son pays à l’espace Schengen.
La seule réaction officielle jusqu’à présent vient d’un porte parole du ministère des affaires étrangères bulgare, qui a déclaré que Sofia redoublerait ses efforts pour réformer son système judiciaire, et convaincre les sceptiques que le pays a fait des progrès.
Pendant ce temps, les protestations publiques en Bulgarie et en Roumanie semblent prendre de l’ampleur. Des centaines de lecteurs ont commenté l’article publié par Dnevnik, partenaire d’EURACTIV en Bulgarie, qui a fait passer la nouvelle du rejet des pays de l’espace Schengen. De nombreux commentateurs voient cette décision comme un revers pour le premier ministre bulgare, qui avait fait de l’adhésion à l’espace Schengen sa première priorité par rapport à l’UE.