La régulation des marchés de l’énergie préoccupe le secteur

La volatilité des prix de l’énergie handicape les industriels et préoccupe les experts.

EURACTIV.fr

La volatilité des prix de l’énergie handicape les industriels et préoccupe les experts.

Depuis la crise financière et économique, l’heure est à la régulation des marchés. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a affirmé que la régulation des prix de l’énergie serait l’une des priorités de la présidence française du G20. En septembre, des ministres français ont également plaidé pour une action européenne et demandé à la Commission de rédiger une communication sur le sujet.

De nombreux experts, présents au forum organisé par l’université Dauphine le 9 décembre, se sont exprimés sur ce débat sensible de la régulation des marchés énergétiques. 

Volatilité des prix

Selon le professeur d’histoire Philippe Chalmin, l’instabilité du dollar rend celle des prix de l’énergie « congénitale ». Le pétrole est devenu un titre échangeable, le charbon aussi et le gaz est en train de le devenir, a-t-il expliqué. Cette variation est d’autant plus forte, que le secteur connait un taux de spéculation très élevé, a ajouté le président du Cercle des économistes Jean-Hervé Lorenzi.

Ces brusques changements de prix sont liés au fonctionnement même du marché, estime quant à lui le directeur général de Powernext Jean-François Conil-Lacoste. Pour lui, « les prix de l’énergie répondent aux fondamentaux de l’offre et de la demande ».

Or l’augmentation de la consommation énergétique des pays émergents et l’appauvrissement de certaines réserves font craindre une pénurie et agissent directement sur les prix. Aujourd’hui, « tous les économistes pensent que le prix des énergies va continuer d’augmenter », a affirmé Jean Hervé Lorenzi. « Il faut noter que le monde ne fonctionne plus de la même façon : les pays de l’OPEP sont beaucoup moins coopératifs. »

« On est en plein paradoxe », estime quant à lui le directeur de l’analyse des marchés de CO² de la Société Générale, Emmanuel Fages. L’augmentation de la consommation d’énergie des pays émergents fait craindre une pénurie et pousse à l’augmentation des prix. Mais, sur le court terme, « on a un trop plein d’énergie ».

Les enjeux d’un marché réglementé

Selon le directeur de l’Energie au ministère de l’Ecologie Pierre-Marie Abadie, les engagements politiques sur la protection du climat et celle des personnes les plus vulnérables dans l’accès à l’énergie, nécessitent la création d’une réglementation pour le secteur énergétique. « Les prix ne sont pas contrôlés et n’ont pas vocation à l’être, a-t-il déclaré. Cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas l’être. » 

Les industrielles sont eux aussi favorables à une régulation du prix des énergies. « Il compliqué de construire notre avenir industriel dans un marché volatile, a expliqué le directeur général du groupe Rhodia, Jean-Pierre Clamadieu. La volatilité des prix nous oblige à rechercher des contrats à long terme. Le problème c’est que la Commission n’aime pas ce genre de contrat. »

Pour Bruxelles, la signature de contrat long terme est anti-concurrentielle. La Commission craint que ces pratiques contractuelles n’entravent l’entrée de nouveaux concurrents sur le marché de l’énergie. EDF avait déjà été épinglé en novembre 2009 pour ce genre de pratique.

Quels outils?

« Les économistes n’arrivent pas à trouver les coupables de la volatilité des prix », a expliqué Patrice Geoffron professeur à Dauphine. Mais des études sont en court, notamment en Europe. La Commission européenne a lancé début décembre une proposition de règlement sur la régulation des marchés de gros de l’énergie.

En France, le gouvernement a essayé d’introduire les premiers jalons d’une régulation du marché de l’énergie, via la loi Nome. Elle « répond à ce besoin de régulation en agissant non pas sur les prix mais sur le fonctionnement du marché », explique  Pierre-Marie Abadie.

Mais, selon Jean-François Conil-Lacoste, la démarche engagé par le gouvernement est peu utile car les lois ne permettront pas de réguler le marché de l’énergie. « Il faut faire davantage confiance au marché avec des mesures de contrôles ciblées, a-t-il expliqué. Seul le marché peut offrir une réponse claire. »