La reconstruction de l’Ukraine nécessitera des sommes « inimaginables »

Alors que le plan de l’UE pour le redressement de l’Ukraine est en cours d’élaboration, le président de la BEI a prévenu que la reconstruction du pays nécessitera d’énormes investissements, provenant à la fois des budgets publics et des capitaux privés.

EURACTIV.com
Werner Hoyer gives EIB Group’s Annual Press Conference
Werner Hoye, le président de la BEI, a expliqué que, à long terme, la reconstruction de l'Ukraine nécessitera des investissements considérables. [[EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]]

Alors que le plan de l’Union européenne pour la reprise de l’Ukraine est en cours d’élaboration, le président de la Banque européenne d’investissement (BEI), Werner Hoyer, a prévenu que la reconstruction du pays nécessitera d’énormes investissements, provenant à la fois des budgets publics et des capitaux privés.

« Si nous avons enfin la possibilité de reconstruire l’Ukraine, alors nous aurons des sommes inimaginables pour le moment », a déclaré M. Hoyer lors d’un événement organisé par l’Atlantic Council jeudi (21 avril).

Le président de la BEI a expliqué que si les gouvernements occidentaux ont été « généreux » en matière de soutien budgétaire direct à l’Ukraine depuis l’invasion de la Russie le 24 février dernier, à long terme, la reconstruction nécessitera des investissements considérables.

Une étude récente du Centre for Economic Policy Research (CEPR) estime le coût de la guerre entre 200 et 500 milliards d’euros.

Lundi, le ministre ukrainien des Infrastructures, Oleksandr Kubrakov, a déclaré que l’invasion russe avait causé des dommages aux infrastructures estimés à 100 milliards de dollars.

Depuis le début de l’invasion, plus de 300 ponts sur les routes nationales ont été détruits ou endommagés et des dizaines de ponts ferroviaires ont sauté, a indiqué le ministre, appelant à un soutien financier international accru pour reconstruire les infrastructures du pays.

En mars, la BEI a approuvé un paquet financier de 668 millions d’euros pour aider l’Ukraine et les pays voisins à faire face aux dommages liés à la guerre.

Toutefois, M. Hoyer a déclaré que « beaucoup plus devra être fait » à l’avenir.

Selon lui, les capitaux privés seront également essentiels lorsque le soutien à l’Ukraine passera des fonds directs au financement de projets, à l’instar de ce qui se passe pour les objectifs climatiques.

« C’est là qu’intervient une institution comme la nôtre, ou d’autres banques multilatérales de développement, qui peuvent aller sur les marchés financiers et mobiliser des capitaux privés, convaincre les gens sur les marchés et les investisseurs qu’ils font quelque chose de sérieux et de bien. »

Le soutien de l’UE à l’Ukraine

Si la priorité reste le soutien immédiat pour faire face à la crise humanitaire et mettre fin à l’agression, l’UE a déjà commencé à travailler sur un plan de reconstruction post-conflit.

« L’UE s’engage à apporter un soutien fort à une Ukraine démocratique une fois que l’invasion aura pris fin », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne à EURACTIV.

L’exécutif européen met actuellement en place un fonds fiduciaire de solidarité pour la reconstruction de l’Ukraine, qui a été approuvé par les États membres lors du Conseil de l’UE des 24 et 25 mars.

Alors que les discussions sur le fonds sont en cours, il est encore « prématuré » d’établir les besoins de financement pour le pays, a déclaré le porte-parole.

Parallèlement, le plan économique et d’investissement de l’UE pour les partenaires orientaux devrait également mobiliser des investissements à hauteur de 6,5 milliards d’euros pour soutenir le redressement du pays.

Selon M. Hoyer, les Ukrainiens utiliseront ces fonds non seulement pour restaurer ce qui a été détruit par la guerre, mais aussi pour « construire une économie forte ».

« Quand ils reconstruiront, ils réaliseront ce que certains ne possèdent que dans les titres : “reconstruire mieux” », a-t-il affirmé.

« Des changements attendus »

La crise actuelle peut aussi être un levier pour des « changements attendus » dans le reste de l’Europe, a poursuivi M. Hoyer, qui voit dans cette guerre une occasion pour le continent de faire avancer la transition vers la durabilité et l’indépendance énergétique.

« Nous avons été aveugles de ne pas voir cette dépendance énergétique de la plupart des nations européennes vis-à-vis de la Russie et d’autres fournisseurs. »

Dans le cadre du régime de sanctions contre Moscou, la Commission prévoit de réduire drastiquement la dépendance aux combustibles fossiles russes dans les mois à venir.

Dans un premier temps, l’exécutif européen et l’Agence internationale de l’énergie ont présenté jeudi un plan en neuf étapes destiné à guider les citoyens dans la diminution de leur consommation d’énergie.

Cependant, pour réduire la dépendance à l’égard de l’énergie russe, il faudra également procéder à des changements structurels, notamment en matière de nouvelles technologies.

M. Hoyer a déclaré que la BEI et d’autres banques multilatérales de développement pouvaient jouer un rôle crucial en fournissant les investissements nécessaires à l’introduction de nouvelles sources d’énergie à court terme, et a appelé à « ne pas gaspiller les six ou huit prochains mois » avant d’entamer la transition.