La présidente du parlement espagnol refuse de démissionner pour corruption

La présidente du parlement espagnol, Francina Armengol, membre du parti socialiste au pouvoir (PSOE/S&D), a rejeté  les appels à la démission lancés par l’opposition de droite.

EFE avec EURACTIV.com
Question time at the Senate
Le scandale de corruption en question est connu sous le nom d’« affaire Koldo », en référence à Koldo García, un ancien conseiller de M. Ábalos qui, dans le cadre d’un réseau de corruption impliquant plusieurs hommes d’affaires et responsables politiques, a perçu plus de 50 millions d’euros de pots-de-vin de la part du gouvernement pour la « médiation et l’achat » de masques au plus fort de la pandémie. [EPA-EFE/Kiko Huesca (es-ES)]

La présidente du parlement espagnol, Francina Armengol, membre du parti socialiste au pouvoir (PSOE/S&D), a rejeté mardi (5 mars) les appels à la démission lancés par l’opposition de droite.

La présidente de la chambre basse du parlement du pays et ancienne chef du gouvernement régionale des îles Baléares a été impliquée dans un système de corruption présumé impliquant des pots-de-vin sur l’achat de masques pendant la pandémie de Covid-19, l’affaire dite « Koldo ».

« Je ne fais pas l’objet d’une enquête, ni moi ni personne de mon gouvernement, et nous ne sommes pas dans le dossier judiciaire » chargés de vérifier s’il y a eu des irrégularités dans une affaire, selon Francina Armengol, rapporte EFE, partenaire d’Euractiv.

Le PSOE du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a été critiqué par l’opposition conservatrice du Partido Popular (PP/PPE) après que la Cour nationale espagnole a ouvert une enquête la semaine dernière sur une affaire impliquant Koldo García, un conseiller de l’ancien ministre socialiste des transports José Luis Abalos.

M. García est accusé d’avoir reçu des commissions qui lui auraient été versées pour obtenir des marchés publics pour la vente de masques pendant la pandémie de Covid-19. Selon le quotidien  Diario de Mallorca, M. Armengol est également impliqué dans cette affaire.

« Victime, pas complice »

Mme Armengol — qui, en tant que présidente du parlement, est la troisième personnalité en Espagne après le chef de l’État, le roi Felipe VI, et le Premier ministre — s’est présentée devant les médias à Madrid un jour après que le PP lui a formellement demandé de démissionner.

« Vingt personnes ont été arrêtées et aucune originaire des îles Baléares. Mon gouvernement serait en tout cas une victime, et non un complice ou un collaborateur », a-t-elle déclaré à propos des accusations des conservateurs, qui la considèrent comme une « collaboratrice présumée indispensable au projet ».

Le gouvernement régional des Baléares, qu’elle a dirigé pendant huit ans, a « légalement acheté » l’équipement nécessaire pour faire face à la pandémie a-t-elle insisté mardi.

Le porte-parole parlementaire du PP, Miguel Tellado, a accusé Mme Armengol de mentir lorsqu’elle a nié qu’elle faisait l’objet d’une investigation, évoquant l’enquête ouverte lundi (4 mars) par le parquet européen sur l’achat de masques dans les régions espagnoles des Baléares et des Canaries avec des fonds de l’UE.

Commission d’enquête

Mardi, le Bureau du Parlement, l’organe directeur de la chambre, a donné son feu vert à une demande du PSOE — qui gouverne l’Espagne en coalition avec la formation de gauche Sumar — de créer une commission pour enquêter sur l’achat d’équipements médicaux et de santé par les administrations publiques à travers le pays pendant la pandémie, selon El País.

Le PP s’est abstenu en signe de protestation, car Mme Armengol a pris part au vote.
« Elle ne peut pas voter sur une commission qui enquêterait sur elle », a déclaré un porte-parole.

Le Parquet européen (EPPO) a ouvert son enquête après avoir reçu une plainte d’un particulier concernant l’achat d’équipements de santé d’une valeur d’environ 12 millions d’euros aux îles Canaries et de 3,7 millions d’euros aux îles Baléares.

Dans le cas des îles Canaries, le gouvernement régional était dirigé à l’époque par Ángel Víctor Torres du PSOE, aujourd’hui ministre de la Politique territoriale et de la Mémoire démocratique.

L’EPPO enquête sur les crimes contre les intérêts financiers de l’UE, en l’occurrence le détournement de fonds publics, la fraude et le trafic d’influence.

Selon une enquête judiciaire en cours en Espagne, le gouvernement régional des îles Baléares a certifié en 2020 qu’une entreprise avait fourni de manière « satisfaisante » des masques pour un montant de 3,7 millions d’euros, mais trois ans plus tard, il a réclamé de l’argent pour avoir reçu du matériel de qualité inférieure à ce qui avait été convenu.

Cette société pourrait avoir été impliquée dans le paiement présumé de commissions illégales à Koldo García, alors conseiller de l’ancien ministre socialiste des transports José Luis Ábalos, pour des contrats publics d’achat de masques.

La semaine dernière, le PSOE a demandé à l’ancien ministre Ábalos de prendre ses « responsabilités politiques » et de démissionner de son poste de député, sa seule fonction publique à l’heure actuelle, mais il a refusé de démissionner, arguant qu’il devait défendre son « honneur ».