La présidence suédoise de l’UE pourrait devenir l’« otage » de l’extrême droite

Les experts avertissent que l’influence du parti d’extrême droite des Démocrates de Suède sur la politique nationale pourrait peser sur les travaux de la présidence de l’UE sur un large éventail de sujets, de l’utilisation des pesticides à la migration en passant par le climat.

Euractiv.com
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Le parti SD a pour habitude de nier le changement climatique. Son leader Jimmie Åkesson a déclaré à la télévision qu’il n’y avait aucune preuve scientifique d’une crise climatique, qu’il a qualifiée de « nouvelle religion ». [EPA-EFE/Stefan Jerrevang]

Alors que l’année 2022 et les derniers jours de la présidence tchèque du Conseil de l’UE touchent à leur fin, Stockholm se prépare à remplacer Prague à la tête du Conseil dès janvier 2023. Les experts avertissent toutefois que l’influence du parti d’extrême droite des Démocrates de Suède sur la politique nationale pourrait peser sur les travaux de la présidence de l’UE à venir sur un large éventail de sujets, de l’utilisation des pesticides à la migration en passant par le climat.

Pour la première fois depuis 2009, Stockholm sera à la tête des négociations et des compromis avec le Parlement européen sur les principaux textes législatifs. Les priorités de la présidence, comme précédemment rapporté par EURACTIV, porteront sur la sécurité, la résilience, la transition écologique et les valeurs démocratiques dans l’UE.

Les élections parlementaires suédoises de septembre ont bouleversé le paysage politique du pays, ce qui risque d’avoir une incidence au niveau de l’UE, les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, SD) d’extrême droite ayant acquis un poids considérable dans le royaume scandinave.

« Le gouvernement suédois dispose maintenant de cet accord [avec l’extrême droite], et il doit l’honorer. Car sinon, les Démocrates de Suède feront essentiellement tomber le gouvernement. Ils sont un peu comme des otages », a déclaré à EURACTIV Tobias Hübinette, professeur à l’université de Karlstad.

Les élections ont permis au bloc de droite de prendre le pouvoir après huit ans de règne des sociaux-démocrates. Les principaux partis de centre droit, les Modérés, les chrétiens-démocrates et les libéraux ont formé une coalition.

Cependant, en vertu de l’accord de coalition, le parti d’extrême droite SD, qui a obtenu un score historique de 20 % aux élections, a été écarté du gouvernement bien qu’il soit le deuxième parti au Parlement après les sociaux-démocrates, désormais dans l’opposition. En contrepartie, le SD a pu imposer une grande partie de sa politique migratoire stricte et est consulté sur des sujets prédéfinis, notamment l’énergie et les affaires européennes.

« [Les Démocrates de Suède] ont une influence totale et égale sur les sujets couverts par le programme de coopération, de la même manière que les partis au gouvernement », peut-on lire dans l’accord. Cela inclut notamment les « questions relatives à l’UE qui affectent les sujets couverts par le travail de coopération ».

M. Hübinette estime que la migration est un excellent exemple de domaine politique qui reflète la nouvelle influence de l’extrême droite.

« La Suède va désormais rejoindre les autres pays de l’Union européenne qui s’opposent fondamentalement à l’accueil des réfugiés et à la migration », a-t-il déclaré, en se référant notamment à l’Italie, à la Pologne et à la Hongrie.

Alors que le parti des SD présente des tendances de vote semblables à ceux d’autres groupes populistes au sein du Parlement européen, la manière exacte dont ces tendances se refléteront concrètement dans le travail du Conseil est inconnue, a déclaré M. Hübinette.

Le programme de la présidence suédoise de lUE prévoit de mettre l’accent sur la sécurité et la question migratoire, en particulier sur l’avancement du nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile.

Annexes secrètes et paradoxes de la politique climatique

L’influence des Démocrates de Suède sur le fonctionnement de la présidence de l’UE sera probablement plus importante que prévu, selon une annexe non publiée de l’accord de coalition, révélée par le média suédois Altinget le mois dernier et consultée par EURACTIV.

Le document indique que le parti d’extrême droite sera aussi consulté sur les questions européennes autres que celles directement convenues dans l’accord de coalition. C’est notamment le cas du règlement relatif à l’utilisation durable des pesticides (SUR) et de la proposition de restauration de la nature, qui a pour objectif de stopper et d’inverser la perte de biodiversité et de services écosystémiques dans l’UE d’ici 2030.

Il y a là un paradoxe, a déclaré à EURACTIV Niels Paarup-Petersen, député suédois et porte-parole du Parti du centre pour les questions numériques et cybernétiques. Traditionnellement plus proche du bloc de droite, son parti a soutenu une coalition de gauche lors des élections de septembre en signe de protestation contre la coopération annoncée des Modérés avec l’extrême droite.

« Ce n’est pas un secret que les Démocrates de Suède sont loin de vouloir mettre en œuvre une politique climatique ambitieuse », a-t-il déclaré. Et d’ajouter qu’il n’y a même pas de politique climatique claire dans l’accord de coalition, car le parti d’extrême droite n’est pas « très porté sur le climat ».

M. Hübinette estime que la politique environnementale de l’UE subira les effets du virage à droite du gouvernement suédois.

« Les Démocrates de Suède sont très critiques envers ce qu’ils appellent les “alarmistes climatiques”. Ils ne croient pas vraiment au changement climatique », a-t-il déclaré. Il a également précisé que pour le parti SD, toute tentative de développer une économie verte dans l’Union européenne se résume à la volonté du bloc « de disposer de plus de pouvoir ».

L’une des quatre priorités de la présidence suédoise de l’UE est pourtant la mise en œuvre d’une transition écologique en réponse au « défi climatique mondial ». M. Hübinette a qualifié ce paradoxe de « difficile à expliquer ».

Le parti SD a pour habitude de nier le changement climatique. Son leader Jimmie Åkesson a déclaré à la télévision qu’il n’y avait aucune preuve scientifique d’une crise climatique, qu’il a qualifiée de « nouvelle religion ».

« L’une des grandes questions nationales est la réduction du prix des carburants », a déclaré M. Paarup-Petersen. Il a souligné que le parti SD pourrait faire pression pour des changements dans ce domaine, avec des effets contre-productifs sur le plan climatique.

« Il sera très, très intéressant de voir ce qu’ils vont réellement proposer », a-t-il ajouté.

La Suède assurera la présidence du Conseil de l’Union européenne du 1er janvier 2023 au 30 juin, date à laquelle elle passera à Madrid.

[Édité par Davide Basso]