La présidence lituanienne du Conseil de l'UE deux fois plus productive que les autres

Lors d'un entretien avec EURACTIV.com, Dalia Grybauskait?, a fait le bilan de sa présidence à la tête du Conseil de l’UE. Elle s'est félicitée d'avoir fait adopter 2,5 fois plus de lois que la moyenne.

EURACTIV.com
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Lors d'un entretien avec EURACTIV.com, Dalia Grybauskait?, a fait le bilan de sa présidence à la tête du Conseil de l’UE. Elle s'est félicitée d'avoir fait adopter 2,5 fois plus de lois que la moyenne.

« L'Europe n'est pas un cadeau, mais une responsabilité. Être européen est une responsabilité. La responsabilité de mener les réformes qui sont bénéfiques pour votre pays. Il s'agit d'une responsabilité fiscale et sociale ! » estime Dalia Grybauskait?, européenne enthousiaste et convaincue au sortir de six mois d'une présidence intense. Mais marquée par les risques du projet européen. Selon elle, il serait temps d’arrêter de croire que la paix, la prospérité et la sécurité européennes sont définitivement acquises.

La Lituanie, un pays peuplé de 3,2 millions d'habitants qui a rejoint l'UE en 2004, a assumé pour la première fois la présidence du Conseil de l'Union européenne à partir de  juillet 2013. Cette présidence a commencé sur les chapeaux de roues avec une énorme quantité de dossiers et de projets de lois complexes.

Une présidence marathon

La présidence a dû faire face à la fin d'un mandat politique et institutionnel. Elle a mené les négociations sur le budget européen de long terme qui nécessitait l’adoption de 74 articles législatifs.

« Une énorme charge de travail a pesé sur les épaules de notre présidence, car [la prochaine présidence] devra déjà préparer les élections européennes, » a affirmé la présidente de la République lituanienne. Elle a également indiqué que la charge de travail était deux fois et demie plus lourde que celles des présidences antérieures.

« Nous avons réussi. Nous avons  fait passer 61 des 74 articles législatifs afin que le budget européen puisse être opérationnel l'année prochaine, » s'est-elle félicitée.

Mais il n'y avait pas seulement le budget européen. De nombreux dossiers étaient restés en suspend sous les présidences précédentes : les travailleurs détachés, la directive sur le tabac, l'agriculture, le fonctionnement de Frontex, le taux d'émission CO2 des automobiles. Ces dossiers et d'autres encore ont tous fait l'objet d'un accord.

La plus grande réussite, néanmoins, reste l'union bancaire, a confirmé la présidente lituanienne.

« Ces deux dernières années, nous avons mis en place un certain nombre d'instruments afin de lutter contre la crise (le paquet législatif relatif à la surveillance budgétaire et celui relatif à la gouvernance économique) », mais l'union bancaire est la cerise sur le gâteau, selon elle. « C'est important pour la reprise économique et la stabilité du système financier en Europe. »

Certains affirment que le compromis est perfectible et d’autres soulignent son caractère trop complexe pour fonctionner correctement.

La présidente lituanienne s'est toutefois déclarée satisfaite d'être parvenue à un accord sur une question qui relève avant tout de la souveraineté nationale.

« Le mécanisme de résolution unique a été proposé en septembre et un accord a été trouvé en trois mois. Nous n’avons jamais travaillé à une telle vitesse ! » selon la présidente.

« C'est un compromis que nous pouvons à l'avenir améliorer, si de nouvelles étapes sont nécessaires. Mais rien que le fait d'être parvenu à un compromis doit être salué et reconnu comme une étape importante. [Si ce compromis] est optimal ou non, seul le temps nous le dira, » a-t-elle ajouté. Elle a affirmé que de nouveaux instruments devront être mis en place de façon appropriée.

Selon la présidente, seuls les utopistes peuvent croire que la perfection est atteignable du premier coup. « Le travail est mieux réalisé par ceux qui cessent de dire ce qu'il faut faire et qui au contraire font ce qui doit être fait » a-t-elle ajouté.

La volte-face ukrainienne n'est pas un échec

La présidente lituanienne assure que le refus de l'Ukraine de signer un accord d'association avec l'UE en novembre dernier n’est pas un échec, mais au contraire un message positif.

Ce refus a ouvert les yeux des dirigeants de l'Union et des Européens, mais aussi ceux des Ukrainiens.

« Les autorités politiques ukrainiennes ont montré qu'il ne prenait aucun engagement envers l'Europe, ne comprenaient pas ni ce que l'Europe pouvait apporter à l'avenir, ni les bénéfices qu'elles pouvaient en tirer, » a-t-elle dit.

Cette confrontation à la réalité a permis à tous de savoir ce qui était réellement important. L'immense manifestation contre le gouvernement à Kiev a montré que le peuple ukrainien s'était réveillé, a-t-elle expliqué. « Ils ont eux-mêmes pris en main l’avenir de leur propre vie et de leurs propres enfants. »

« Aujourd'hui, l'Ukraine et le peuple ukrainien ont la possibilité de faire un choix réel sur leur éventuel rapprochement avec l'Europe et sur la vitesse à laquelle ils veulent le faire. »

Le refus ukrainien a également mis au jour la réussite de l'élargissement pour l'Europe et pour tous les États membres, a insisté Dalia Grybauskait? :

« Comparez, aujourd'hui, le PIB de la Pologne ou celui de la Lituanie avec celui de l'Ukraine, il existe une différence énorme. »

« L'accord d'association et l'adhésion à l'UE nous incitent à mener des réformes plus rapidement. Il y a vingt-deux ans, nous étions au même niveau que l'Ukraine. Et maintenant, il n'y a plus rien de comparable sur le plan du développement économique, des droits de l'Homme, des bases juridiques et de la modernisation : tout est différent », a poursuivi Dalia Grybauskait?.

Même si la Lituanie a eu besoin de dix ans pour mener à bien les réformes nécessaires en vue d'intégrer l'Union européenne, la présidente a affirmé que le pays présente actuellement l'une des croissances économiques les plus fortes parmi les Vingt-Huit. Le pays est en train de négocier son entrée au sein de l'OCDE et siège en tant que membre non-permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. « Je dirais que ce n'est pas mal », a- t-elle déclaré sans cacher sa fierté.

La réussite de pays comme la Lituanie devrait donner espoir aux pays d'Europe orientale, selon elle.

Résister à la Russie ?

EURACTIV lui a demandé si l'UE devait repenser ses liens stratégiques avec la Russie et la manière dont elle devait le faire. Dalia Grybauskait? a répondu que l'UE devait se montrer ouverte, mais « très directe ».

Selon elle, l’UE s’inquiète de l’attitude russe envers les pays tiers notamment dans le domaine des droits de l'Homme et de l'État de droit.

« Ces derniers mois, nous avons pu voir à quel point la Russie fait un mauvais usage de ses pouvoirs et fait pression sur ses pays partenaires orientaux, y compris la Lituanie. C'est inacceptable de la part d'un pays qui s'est engagé envers l'OMC et des organes européens. On ne peut pas juste fermer les yeux là-dessus. Mais la Russie est toujours notre partenaire stratégique, » a estimé la présidente, en insistant sur le fait que l'UE et ses valeurs devaient être respectées.