La poussée de l'extrême droite menace le financement de l'avortement soutenu par l'UE

Le groupe ECR tente de bloquer le financement social de l'UE pour l'accès à l'avortement.

EURACTIV.com
CSD Pride Parade In Cologne
CSD Pride Parade In Cologne [Ying Tang/NurPhoto via Getty Images]

À peine deux semaines après que la Commission européenne ait donné son feu vert à l’initiative « My Voice, My Choice », l’avenir de son financement est à nouveau incertain en raison d’une bataille acharnée entre les groupes pro-avortement et anti-avortement au Parlement européen.

Le 26 février, la Commission européenne a ouvert la voie à un soutien financier pour l’accès à l’avortement dans toute l’UE en l’ajoutant à la liste des domaines pouvant bénéficier d’une aide au titre du Fonds social européen Plus (FSE). Cela pourrait permettre aux personnes qui doivent se déplacer pour avorter de voir certains frais, tels que le transport ou l’hébergement, pris en charge.

Fermement opposé à l’initiative citoyenne, le groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (ECR) a déposé un amendement aux orientations générales pour le budget 2027, stipulant que le FSE devrait financer « exclusivement » les services de santé tels que définis dans la directive sur les soins de santé transfrontaliers.

Cette directive stipule que seuls les services de santé visant à évaluer, maintenir ou rétablir l’état de santé d’un patient peuvent être financés, et ne couvre pas les questions liées à l’avortement, qui seraient donc exclues.

« L’extrême droite poursuit ses attaques et cherche désormais à empêcher le FSE de couvrir les coûts des soins de santé liés à ce droit fondamental. (…) Nous ne les laisserons pas faire et continuerons à nous battre pour que des fonds supplémentaires soient alloués », a déclaré Manon Aubry (France), coprésidente du groupe La Gauche, à Euractiv.

Le PPE, un électeur indécis ?

Le vote sur le budget devait avoir lieu mercredi lors de la session plénière à Strasbourg, mais il a été reporté sous la pression, notamment du groupe S&D, qui craint que les progrès réalisés dans le cadre de l’initiative sur l’avortement ne soient annulés et qu’une nouvelle initiative des Verts/EFA et de Renew ne s’avère contre-productive.

Les groupes Verts/ALE et Renew avaient également déposé deux amendements invitant les pays de l’UE à utiliser le FSE et le programme EU4Health pour garantir l’accès à l’avortement. Lors d’une réunion de groupe mardi soir, les socialistes ont estimé qu’il était risqué de rouvrir le débat par le biais d’amendements, craignant que le PPE ne les soutienne pas et se range plutôt du côté de l’ECR.

« Nous ne voulons pas voter à nouveau sur cette question. Nous savons que le soutien du PPE est très incertain sur ces amendements », a déclaré un membre du S&D. « À moins d’avoir une majorité claire, ils devraient être retirés, et nous devrions plutôt faire pression sur la Commission pour qu’elle poursuive son travail sur l’avortement », ont-ils ajouté.

D’un autre côté, plusieurs députés européens ont également déclaré à Euractiv que ce délai supplémentaire pourrait permettre au groupe ECR de trouver de nouveaux alliés au Parlement européen.

L’amendement de l’ECR avait en effet de fortes chances d’être rejeté, car une majorité de députés européens – y compris une partie du PPE – ont soutenu la résolution « My Voice, My Choice » au Parlement européen en décembre.

« Les lignes directrices relatives au budget 2027 ne doivent pas remettre en cause le vote de décembre », a déclaré Christophe Clergeau, député européen S&D, à Euractiv.

« Garantir un accès libre et sûr à l’avortement dans toute l’UE est une priorité absolue pour nous. Nous voterons donc toujours en faveur de fonds dédiés et réservés à cette fin », a ajouté Mélissa Camara, députée européenne Verts/ALE, qui a personnellement soutenu l’initiative.

L’initiative a publié sur les réseaux sociauxqu’elle était préoccupée par les derniers développements, écrivant : « Les attaques de l’extrême droite ont commencé. »

Cette bataille par le biais d’amendements – sur une question qui avait été techniquement réglée le mois dernier par la Commission – s’ajoute à la longue liste d’actions menées par les groupes pro-avortement et anti-avortement ces derniers mois.

Pas plus tard que le mois dernier, le groupe ECR a déployé une banderoleportant le slogan « C’est une vie, pas un choix » devant le Parlement européen à Strasbourg. Cette action faisait suite à une manifestation similaire organisée par le groupe de gauche, qui est l’un des soutiens historiques de l’initiative.