La Poste se prépare à une « libéralisation totale du courrier»

Le capital de la Poste devrait augmenter très prochainement afin de répondre aux besoins d’investissement du groupe.

EURACTIV.fr

Le capital de la Poste devrait augmenter très prochainement afin de répondre aux besoins d’investissement du groupe.

L’État français et la Caisse des dépôts et consignation (CDC) se sont accordés, mardi 19 octobre, pour investir 2,7 milliards d’euros dans la Poste. La CDC, qui participe à hauteur d’1,5 milliards d’euros, entre ainsi au capital de la société. Le groupe postal est valorisé à trois milliards d’euros. Cette augmentation de capital a été rendue possible grâce à la transformation du statut de la Poste en société anonyme (SA) en mars 2010.

Cependant, avant d’être validé, ce projet doit être accepté par la Commission européenne. Celle-ci doit s’assurer que l’investissement fait par l’État et la CDC ne va pas à l’encontre des règles sur la concurrence. Les fonds étant dédiés à des investissements et non à un rachat de capital, le dossier devrait passer rapidement.

Cet investissement doit permettre à la Poste de préparer au mieux la libéralisation totale du secteur du courrier prévue le 1er janvier 2011. C’est la dernière activité qui s’ouvre à la concurrence, à la suite de la directive européenne adoptée en 2008.

Nouveaux investissements

Cette augmentation de capital donnera à la Poste « les moyens d’améliorer les services qu’elle rend à la collectivité et à ses clients », précise le site Internet du groupe.

Les investissements nécessaires à la réalisation du plan stratégique 2008-2015 ont été estimés aux alentours de 7,5 milliards d’euros. Avec un endettement de 5,5 milliards d’euros, un bilan financier fragile et un recul de l’activité du courrier, l’augmentation du capital est devenue une nécessité, selon le président du groupe la Poste, Jean Paul Bailly.

Dans sa stratégie pour 2015, le groupe prévoit notamment de moderniser le réseau des bureaux de poste, d’achever la construction d’un réseau européen pour les colis, de moderniser la Banque postale et de créer des outils innovants pour répondre aux nouvelles formes de communication. Une étude sur une éventuelle participation de Dexia dans le capital de la Poste a aussi été lancée.

Assurer le « service postal universel »

Le gouvernement français a aussi chargé la Poste de garantir un « service postal universel » (SPU) pour les 15 prochaines années. Celui-ci vise à garantir des services postaux «de qualité déterminée, fournis de manière permanente, en tous points du territoire, à des prix abordables pour tous les utilisateurs», précise la directive européenne.

L’application de ce principe implique notamment le maintien et l’entretien de 17 000 points de contact par la Poste. Jusqu’à présent, le monopole sur le courrier de moins de 50 grammes compensait l’assurance d’un tel service. Mais, avec l’ouverture du marché début 2011, le SPU risque d’être un frein pour La Poste, par rapport à ses concurrents européens, exemptés du SPU en France.

Rester compétitif.

Tout l’enjeu pour l’entreprise française est donc de rester compétitive, tout en assurant le service qui lui a été délégué.

Nadine Capdeboscq, déléguée CFDT, estime que la Poste peut surmonter ce problème si les financements de l’État suivent. D’ici à 2015 le groupe prévoit en effet un recul de 30 % des volumes du courrier lié au développement des nouveaux moyens de communication. « Dans ce domaine l’État ne peut rien faire. La Poste doit se battre sur ce changement en développant sa propre stratégie », indique la syndicaliste. 

Pour le sénateur Pierre Hérisson (UMP), la prise en charge des SPU est au contraire un avantage. « C’est une force car je suis convaincu que d’ici 20 à 30 ans il ne restera plus que deux ou trois entreprises en Europe capables d’assurer ce service, explique le sénateur. La poste française a de grande chance de faire partie de ce trio de tête.»