La Pologne ouvertement menacée par Barroso
A la veille du Sommet européen dont l’issue semble de plus en plus incertaine, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a mis en garde les membres de l’Union européenne qui voudraient bloquer les négociations sur un nouveau traité institutionnel. La Pologne et le Royaume-Uni étaient les deux principaux pays visés.
A la veille du Sommet européen dont l’issue semble de plus en plus incertaine, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a mis en garde les membres de l’Union européenne qui voudraient bloquer les négociations sur un nouveau traité institutionnel. La Pologne et le Royaume-Uni étaient les deux principaux pays visés.
En Bref :
Le président de la Commission a expliqué le 19 juin que la Pologne pourrait se retrouver isolée lors de la révision des finances de l’Union en 2008 si elle maintenait sa menace de veto à une version simplifiée de la Constitution européenne.
La Pologne, le plus grand pays d’Europe orientale parmi les membres de l’UE, a déclaré qu’elle se battrait jusqu’au bout pour obtenir un changement dans le système de vote au Conseil proposé par le projet actuel. Les Polonais s’opposent de manière inflexible au système à la double majorité (55% des États membres et 65% de la population). Représentatif de la taille de la population des pays, cette méthode de calcul favorise l’Allemagne et ses 82 millions d’habitants et donne moins d’importance à la Pologne (39 millions d’habitants) que ne le faisait le traité de Nice. Les frères Kaczynski (PiS, droite conservatrice et nationaliste) réclament un système dans lequel les voix sont attribuées en fonction de la racine carrée de la population de l’État.
La Pologne est le pays qui reçoit le plus de fonds européens. Elle devrait obtenir, au cours des sept prochaines années, 67 milliards d’euros de transferts de la part des pays riches comme l’Allemagne, premier contributeur net au budget européen. Bien que les fonds lui aient déjà été attribués, José Manuel Barroso a laissé entendre que la Pologne pourrait faire l’objet de réactions hostiles si elle bloquait les efforts de l’actuelle présidente de l’UE, la chancellière allemande Angela Merkel. Cette dernière cherche à sortir l’Europe de la paralysie institutionnelle en collaboration avec le président français, Nicolas Sarkozy.
Un des objectifs avoués par la diplomatie polonaise est de réduire l’influence allemande en Europe. La ministre des Affaires étrangères, fidèle porte-parole des frères Kaczynski, l’a reconnu publiquement. Selon elle, « l’Allemagne est déjà presque une puissance hégémonique en Europe ». Régulièrement, le gouvernement polonais utilise ses contentieux historiques avec l’Allemagne pour faire oublier les problèmes intérieurs, notamment ceux portant sur les propriétaires terriens allemands expulsés à la fin de la Seconde Guerre Mondiale des nouvelles frontières polonaises. Certains réclament aujourd’hui des compensations pour la Pologne. Bien que Berlin ne leur reconnaissent aucun droit, les frères Kaczynski continuent d’entretenir le mythe d’une Allemagne impériale, qui voudrait récupérer un tiers du territoire polonais. Le premier ministre polonais ne veut pas donner l’impression de se plier aux exigences allemandes.
Soulignant le fait qu’il est « dans l’intérêt » des nouveaux membres comme la Pologne de « montrer que leur adhésion à l’UE ne rend pas plus compliquée la vie de l’UE », José Manuel Barroso a averti : « Le mécanisme de solidarité sera naturellement fragilisé car il règnera un climat d’échec, de méfiance ».
A ce jour, seuls les Tchèques ont accordé leur soutien à la Pologne. Cette dernière s’est pourtant retrouvée isolée lorsque le premier ministre tchèque, Mirek Topolanek, a déclaré le 19 juin 2007 que son pays ne « se plierait pas en quatre » pour soutenir le gouvernement polonais.
Le premier ministre polonais, Jaroslaw Kaczynski, a néanmoins souligné que son pays cherchait seulement à être traité équitablement et qu’il défendrait sa position avec « grande fermeté ».
José Manuel Barroso a également appelé le Royaume-Uni à plus de flexibilité. Le premier ministre britannique Tony Blair a récemment durci sa position en déclarant qu’il refuserait de franchir certaines limites concernant la politique étrangère, la sécurité sociale et la fiscalité, la justice pénale et une Charte des droits fondamentaux prévoyant le droit de grève. Or, selon le président de la Commission, « la dérogation ne peut pas et ne doit pas être la règle. Si nous acceptons le système de la dérogation comme règle, l’Union finira par disparaître ».
Il a donc recommandé à Londres et à Varsovie d’être « constructifs ». « Tous les États membres défendent leurs positions, mais ne vont pas jusqu’à menacer d’un veto ou jusqu’à évoquer des limites. Ces termes ne sont pas appropriés dans une Union qui souhaite tenir ses promesses ».
Dans ces conditions, le sommet qui devrait durer deux jours pourrait s’avérer plus long que prévu. José Manuel Barroso a prévenu : « nous ne devrions pas quitter Bruxelles avant d’être parvenus à un accord ».