La Pologne demande à Pfizer de renégocier les contrats des vaccins

La Pologne souhaite arrêter les livraisons de vaccins Covid-19 dont elle n’a plus besoin. Dans une lettre envoyée à Pfizer, le ministère polonais de la Santé argue des conséquences de la guerre en Ukraine sur son économie pour renégocier le contrat.

/ EURACTIV Pologne / Euractiv.com
VArsovie
Dans une lettre consultée par EURACTIV, le ministre de la Santé Adam Niedzielski a demandé de modifier les termes des contrats de Pfizer pour les vaccins contre la COVID-19 afin « d’alléger le fardeau financier » et d’éviter que des milliers de vaccins ne soient gaspillés. [[Shutterstock/mundissima]]

La Pologne souhaite arrêter les livraisons de vaccins Covid-19 dont elle n’a plus besoin. Dans une lettre envoyée à Pfizer, le ministère polonais de la Santé argue des conséquences de la guerre en Ukraine sur son économie pour renégocier le contrat. 

Dans une lettre consultée par EURACTIV, le ministre de la Santé Adam Niedzielski a demandé de modifier les termes des contrats passés avec Pfizer pour les vaccins contre le Covid-19 afin « d’alléger le fardeau financier » et d’éviter que des milliers de vaccins ne soient gaspillés.

La Pologne est à la tête d’une coalition de pays européens qui font pression pour une renégociation des contrats avec l’entreprise pharmaceutique américaine. En mars 2023, la Commission européenne a autorisé la Pologne à renégocier son accord sur les livraisons de vaccins.

Si le ministre de la Santé reconnaît que les efforts de Pfizer ont permis la production rapide d’un vaccin largement distribué aux citoyens européens, il ne pense pas que les efforts de Pfizer aient été suffisants.

« Le profit dans les affaires devrait aussi avoir ses limites », a-t-il déclaré.

L’objectif vise à réduire le nombre de doses livrées à la Pologne, car seule une partie des doses a été utilisée, et certaines ont dû être jetées parce qu’elles étaient périmées.

« C’est totalement inutile du point de vue de la santé publique, car la plupart d’entre elles seront détruites en raison de leur durée de conservation limitée et de la demande restreinte », peut-on lire dans la lettre.

Le ministre souligne que l’UE ne peut même pas utiliser les doses excédentaires pour en faire don à d’autres parties du monde, car « aucun gouvernement n’est actuellement intéressé par la réception de dons de vaccins contre la Covid-19 ».

Le fardeau financier renvoie à la guerre en Ukraine

M. Niedzielski a cité la charge financière à laquelle la Pologne a dû faire face dans le contexte de la guerre en Ukraine pour expliquer la capacité limitée du pays à payer les vaccins commandés à l’avance.

Depuis l’invasion russe en février 2022, la Pologne est le pays à avoir accueilli le plus grand nombre de réfugiés ukrainiens en Europe. Au total, plus de onze millions de personnes ont franchi la frontière polonaise pour échapper à la guerre, selon les gardes-frontières.

Depuis, 1,5 million d’Ukrainiens sont restés dans le pays, comme l’indique la lettre. Le gouvernement polonais a fourni à ces personnes un abri, des soins de santé, une éducation, un accès au marché du travail et d’autres services.

« Bien que la solidarité soit évidente dans ces circonstances, le coût financier de ces actions est immense », a insisté le ministre, ajoutant que la Pologne aimerait continuer à fournir des services sociaux aux Ukrainiens comme elle le fait actuellement.

La Pologne tente de renégocier le contrat de vaccins avec Pfizer depuis l’année dernière, citant les coûts liés à l’accueil des réfugiés ukrainiens comme la principale raison pour laquelle le pays ne peut plus payer les vaccins qu’il a commandés dans le cadre de l’acquisition conjointe de l’UE.

Le gouvernement a tenté d’invoquer la clause de force majeure dans le contrat avec Pfizer, que le pays « n’a pas de raison » de revendiquer, a déclaré un responsable de la Commission européenne à Reuters en mai 2022.

Le responsable a déclaré que la guerre en Ukraine n’avait rien changé aux besoins de la Pologne en matière de vaccination, « si ce n’est […] la vaccination des réfugiés ».

Manque de bonne volonté

Dans la lettre, M. Niedzielski accuse Pfizer de manquer de bonne volonté pour parvenir à un accord avec la Pologne et les autres États membres de l’UE.

Le ministre a déclaré que la Pologne proposait des solutions alternatives « en vue d’un consensus sur la marche à suivre » et a appelé Pfizer à présenter ses propres solutions.

La proposition actuelle de l’entreprise comprend la réduction des doses de vaccin, mais Pfizer exige toujours que le pays paie des frais d’annulation, qui représentent la moitié du prix d’une dose qui n’a même pas été produite, a insisté M. Niedzielski.

« Malgré toute ma volonté de trouver un compromis, Pfizer n’est pas prêt à faire preuve d’un niveau de flexibilité satisfaisant et à faire des propositions réalistes répondant à l’évolution de la situation [sanitaire] en Europe », peut-on lire dans la lettre.

Selon M. Niedzielski, Pfizer souhaite gagner de l’argent grâce aux fonds alloués par les États membres de l’UE pour la protection de la santé publique. « Au lieu d’une approche humanitaire, l’entreprise se contente de déclarer qu’elle est prête à dialoguer », écrit-il.

Dans sa lettre, il demande à Pfizer de changer d’approche et de se montrer prête à conclure un accord satisfaisant à la fois pour l’entreprise et pour ses États clients.

« Détruire les vaccins portant le logo de Pfizer n’aidera personne à prétendre que la solution a été trouvée », a conclu le ministre de la Santé.

La Pologne n’est pas le seul pays à être confronté à un surstockage de vaccins, puisque d’autres pays ont fait pression sur la Commission pour qu’elle renégocie les contrats.

En mars dernier, la Bulgarie, la Pologne, la Lituanie et la Hongrie ont demandé à la Commission de renégocier le contrat avec Pfizer au nom des États membres.

Les négociations avec les entreprises sur les doses de livraison sont gérées par ce que l’on appelle « l’équipe conjointe de négociation », qui se compose de la Commission et de plusieurs représentants des États membres, a indiqué le porte-parole de la Commission à EURACTIV Pologne en mars.

Le porte-parole a expliqué que l’équipe rendait compte à un comité de pilotage composé de représentants de tous les États membres et de la Commission.