La politique agricole : une « politique de sécurité cruciale » pour l’UE
L’agriculture est devenue une politique de sécurité essentielle pour l’UE à la lumière de la guerre en Ukraine, a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, qui a placé le secteur au même niveau que celui de l’énergie.
L’agriculture est devenue une politique de sécurité essentielle pour l’Union européenne à la lumière de la guerre en Ukraine, a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, qui a placé le secteur au même niveau que celui de l’énergie.
Parallèlement à l’accent mis habituellement sur la politique de sécurité et de défense, l’agriculture occupe une position de plus en plus stratégique au sein de l’Union européenne, a souligné le commissaire lors d’une réunion des ministres de l’Agriculture ce lundi (21 mars).
« Il ne s’agit pas seulement de faire pousser des choses », a indiqué M. Wojciechowski, ajoutant que le bloc doit également se pencher sur l’énergie tout en garantissant une production agricole suffisante.
« Cette tâche a toujours été la nôtre, mais elle l’est aujourd’hui plus que jamais », a-t-il déclaré, ajoutant que nous « ne devons pas perdre de vue l’importance de l’agriculture » dans le contexte de la guerre, que ce soit pour l’Europe ou pour d’autres régions qui risquent d’être profondément touchées, comme l’Afrique du Nord.
Dans ce nouveau contexte, « l’agriculture est devenue une politique de sécurité cruciale », a conclu le commissaire, avertissant que « la Russie s’est retirée du circuit international et cela a des conséquences que nous devons garder à l’esprit ».
Toutefois, cet accent mis sur la sécurité ne doit pas amener les États membres de l’UE à abandonner ou à revoir à la baisse les ambitions environnementales de l’UE pour répondre à la guerre, M. Wojciechowski ayant souligné que la sécurité reste « la première et la plus importante » des ambitions et qu’elle est « inscrite dans toutes les stratégies [du Pacte vert pour l’Europe] ».
« Il n’y a aucune raison de s’écarter de la mise en œuvre de nos objectifs stratégiques, car ils fonctionnent de telle manière qu’ils permettent de raccourcir nos chaînes d’approvisionnement », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il s’agit de mesures qui « amélioreront directement la sécurité alimentaire » et renforceront la résilience de l’agriculture européenne.
« Un équilibre entre le développement agricole et la résilience doit être le principal outil pour mettre en œuvre notre objectif de sécurité alimentaire », a-t-il expliqué.
Solidarité avec l’Ukraine
Au cours de la réunion, les ministres de l’Agriculture des 27 États membres de l’UE se sont entretenus virtuellement avec leur homologue ukrainien, Roman Leshchenko, afin d’exprimer leur entière solidarité avec le pays à la suite de l’agression russe ainsi que leur volonté de fournir tous les éléments nécessaires pour que la production agricole puisse recommencer en Ukraine.
La réunion s’est déroulée à huis clos, mais elle a été décrite par plusieurs sources qui y ont assisté comme « profondément poignante », car le ministre ukrainien a également confié, quasiment en larmes, que deux de ses amis, des agriculteurs, avaient été tués le jour même.
La déclaration de M. Leshchenko a même été brusquement interrompue par une alerte à la bombe dans l’hôtel où il se trouvait, a raconté un participant à la réunion à EURACTIV.
Le ministre ukrainien a fait part au Conseil de l’impact de l’invasion sur la sécurité alimentaire dans son pays, ainsi que des perturbations de la chaîne d’approvisionnement et de la hausse des coûts du carburant pour les agriculteurs ukrainiens.
Une source de l’UE a indiqué que M. Leshchenko a fait remarquer que de nombreuses entreprises alimentaires ukrainiennes fournissaient gratuitement de la nourriture aux civils et étaient sur le point de s’effondrer une fois leurs réserves épuisées, ce qui devrait se produire dans un à deux mois selon les estimations.
Il a également souligné que le soutien direct aux entreprises ukrainiennes était aussi efficace que l’aide humanitaire, sinon plus, et a demandé aux États membres de proposer des programmes de formation à l’agriculture aux réfugiés ukrainiens, afin qu’ils puissent participer à la reconstruction de l’Ukraine à partir de l’agriculture une fois la guerre terminée.