La nouvelle usine de bus chinois au Sénégal n'aura pas d'influence sur le contrat européen

La préférence européenne n'est pas inscrite dans l'appel d'offres, malgré le financement de l'UE

EURACTIV.com
[Photo : Oluwaseun Sanni]

Le ministre sénégalais des Transports a appuyé sur le fait que l’appel d’offres pour un contrat de bus d’une valeur de 320 millions d’euros, financé par l’UE, se déroulait « dans le strict respect » des règles en matière de marchés publics, malgré les inquiétudes exprimées à Bruxelles quant à la probabilité qu’un soumissionnaire lié à l’État chinois remporte le marché.

« La procédure est menée de manière rigoureuse et dans le strict respect des règles établies », a assuré Yankhoba Diémé, ministre des Transports du pays, lors d’un entretien accordé à Euractiv.

En juin de l’année dernière, lors de la visite du gouvernement sénégalais en Chine, les deux pays ont convenu de construire une usine d’assemblage d’autobus dans ce pays africain. Cela n’a toutefois aucun rapport avec l’appel d’offres en cours, a insisté le ministre.

« La réponse est non », a-t-il déclaré. « Le Sénégal, comme tout État souverain, est libre de mener des discussions industrielles avec ses partenaires sans que celles-ci n’interfèrent en aucune manière avec la régularité d’une procédure de passation de marchés. »

Ses commentaires font suite à un article d’Euractiv selon lequel une entreprise liée à la Chine, CRRC, serait en tête pour remporter l’appel d’offres soutenu par l’UE visant à fournir des bus à la capitale sénégalaise, Dakar.

CRRC est arrivée en tête des évaluations tant techniques que financières, tandis que son offre est inférieure de plus de moitié à celle de tous ses concurrents, selon des documents internes consultés par Euractiv.

Le processus d’appel d’offres étant toujours en cours, le ministre a indiqué qu’il « ne pouvait ni confirmer, ni commenter, ni évaluer » les informations rapportées par Euractiv.

Tout s’est déroulé dans les règles, a insisté Diémé.

« Aucun candidat n’a déposé de recours ou de plainte pour contester ces résultats », a-t-il écrit.

Depuis ces révélations, la Commission européenne a, dans une autre affaire concernant des subventions étrangères, conclu que CRRC bénéficiait du soutien de l’État chinois.

Un appel d’offres de 2019 attribué à une entreprise chinoise – également cofinancé par la Banque européenne d’investissement – a donné lieu à d’importants dépassements de coûts.

Le Sénégal a été confronté à des « manifestations politiques sans précédent », a souligné Diémé.

C’est pourquoi, selon le ministre, les dépassements de coûts n’étaient pas dus au « choix du contractant, mais à des facteurs liés à l’exécution du projet ».

Dans sa réponse, le ministre a contesté ce qu’il a qualifié de « parallèle insidieux » avec les derniers rapports sur le projet Dakar. Le ministre a refusé de commenter les liens présumés entre CRRC et l’État chinois.

« La CETUD [l’autorité sénégalaise des transports] applique exclusivement les critères techniques et financiers définis dans le cahier des charges, de manière égale pour tous les soumissionnaires », a-t-il expliqué, ajoutant que la procédure d’appel d’offres comprend des mesures visant à corriger les offres « anormalement basses ».

La préférence européenne n’est pas inscrite dans l’appel d’offres, a indiqué la BEI à Euractiv il y a deux semaines.

« Nous ne pouvons pas demander à nos clients de discriminer les soumissionnaires sur la base de leur nationalité », a déclaré la banque dans un communiqué.

Le ministre sénégalais a affirmé que les autorités sénégalaises respectaient les règles de l’appel d’offres convenues par la BEI et les autres bailleurs de fonds européens. 

« La concurrence internationale est non discriminatoire, notamment en raison de la nationalité », a-t-il déclaré.

Ce point de vue est partagé par certains à Bruxelles.

« Faites ce qui est dans votre intérêt », a déclaré Barry Andrews, président de la commission du développement du Parlement européen.

Le projet est toujours en bonne voie, a fait remarquer le ministre, et le lauréat de l’appel d’offres devrait être sélectionné dans le courant de l’année.

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