La nomination de Wolfgang Schäuble à la tête de l'Eurogroupe serait l'apogée de sa carrière

Alors que Wolfgang Schäuble se rapproche du poste de président de l'Eurogroupe, ses proches affirment que cette nomination marquerait l'apogée de la carrière du ministre allemand des finances, souvent considéré comme le dernier « vrai Européen » du gouvernement d'Angela Merkel.

EURACTIV.com / Reuters
Wolfgang Schauble Schaeuble smiling.jpg
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Alors que Wolfgang Schäuble se rapproche du poste de président de l'Eurogroupe, ses proches affirment que cette nomination marquerait l'apogée de la carrière du ministre allemand des finances, souvent considéré comme le dernier « vrai Européen » du gouvernement d'Angela Merkel.

Il y a deux ans, la carrière de Wolfgang Schäuble sur la scène politique allemande semblait proche de la fin.

Après des séjours répétés à l'hôpital en raison de complications suite à une opération, il avait dit à la chancelière, Angela Merkel, qu'il ne souhaitait pas conserver ses fonctions de ministre des finances. Elle l'a encouragé à rester et aujourd'hui, cet homme de 69 ans semble sur le point d'ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière qui compte plus de rebondissements que celle de n'importe quel autre décideur politique allemand de l'après-guerre.

Vingt-deux ans après avoir été la cible de coups de feu ayant entraîné la paralysie de ses membres inférieurs, M. Schäuble est le candidat favori pour le poste de président de l'Eurogroupe, l'influent forum de prise de décision des ministres des finances de la zone euro. Cette nomination accorderait à l'Allemagne le contrôle de l'un des plus hauts postes de l'Union européenne, officialisant ainsi sa position de leader assumé de la zone euro. Nombreux sont ceux qui verraient cette nomination comme un signe de la domination économique croissante de l'Allemagne sur ses partenaires plus faibles.

Toutefois, selon des collègues, amis et parents de M. Schäuble, ce nouveau poste pourrait en réalité tempérer l'influence de Berlin.

M. Schäuble, un avocat de formation né en Forêt noire près de la frontière française lors de la Seconde Guerre mondiale, est souvent considéré comme le dernier « vrai Européen » du gouvernement allemand.

Il est un fervent défenseur de l'intégration renforcée et il a poussé Mme Merkel dans cette direction à une époque où de nombreux Allemands se montrent sceptiques vis-à-vis des ambitions de la zone euro. En tant que président de l'Eurogroupe, il jouirait d'une plus grande liberté pour transmettre sa vision.

« Je le connais depuis 1969 et depuis le début, il a toujours été motivé par un thème en particulier, et ce thème, c'est l'Europe », a déclaré Hans-Peter Repnik, un ami de longue date qui a rencontré M. Schäuble lorsqu'ils faisaient tous deux partie de l'aile jeunesse du parti des chrétiens-démocrates (CDU).

« Par le passé, il était difficile, voire impossible, d'envisager un tel rôle pour un Allemand. Mais M. Schäuble est unique, car il est parvenu à défendre les intérêts de l'Allemagne tout en véhiculant dans les autres pays le message que c'était pour l'Europe qu'il se battait. »

Une carrière ponctuée par de nombreuses déceptions

Peu de décideurs politiques allemands ont joui d'autant d'influence que M. Schäuble au cours des trente dernières années.

En tant que membre du Bundestag étant resté le plus longtemps en poste, il a mené les négociations sur la réunification de l'Allemagne et nombreux sont ceux qui lui accordent le crédit de la décision de déplacer la capitale de Bonn à Berlin suite à un discours enflammé au parlement en 1991.

Sa carrière a toutefois été marquée par de nombreuses déceptions.

L'ancien chancelier Helmut Kohl avait publiquement présenté M. Schäuble comme son successeur en 1997, mais il a ensuite refusé de soutenir son protégé lorsque celui-ci s'est retrouvé au centre du scandale des caisses noires qui a propulsé Mme Merkel à la tête de la CDU.

Son rêve de devenir chancelier étant tombé à l'eau, M. Schäuble a jeté son dévolu sur la présidence allemande, mais Mme Merkel a décidé de ne pas appuyer sa candidature en 2004.

Sa carrière dans les hautes sphères de la politique allemande semblait terminée jusqu'à ce que Mme Merkel le presse dans son gouvernement en tant que ministre de l'intérieur en 2005. Quatre ans plus tard, son transfert au ministère des finances a sonné le glas de ses déboires.

Il est devenu la personne de référence pour la crise de la dette européenne en Allemagne, avant que des problèmes de santé ne l'accablent en 2010, l'envoyant à l'hôpital lors d'un sommet d'urgence à Bruxelles, ce qui a à nouveau soulevé des questions quant à son avenir dans la politique.

Aujourd'hui toutefois, M. Schäuble est considéré comme le seul candidat valable à la succession de Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois qui occupe ce poste depuis plus de sept ans et souhaite tirer sa révérence à la fin son mandat en juin prochain. Il affirme en effet être épuisé.

M. Schäuble a fait savoir en privé qu'il était prêt à reprendre le poste si M. Juncker partait, bien que les membres de l'Eurogroupe aient laissé entendre qu'ils ne prendraient pas de décision avant les élections françaises de mai prochain.

Thomas Schäuble a expliqué que les problèmes de santé de son grand frère il y a deux ans faisaient partie du passé.

« Aujourd'hui, il se sent mieux que jamais », a-t-il affirmé à Reuters. « Il est devenu très sérieux. Il ne fume plus, il ne boit pas beaucoup et il fait de l'exercice sur un handbike, ainsi que de la gymnastique traditionnelle. »

Certains de ses collègues se demandent s'il ne se montre pas trop ambitieux s'agissant de reprendre les fonctions de M. Juncker, dans la mesure où ce poste impliquera qu'il y investisse de nombreuses heures chaque jour en plus de ses responsabilités de ministre des finances.

« M. Schäuble voit ça comme le poste à l'Europe qui couronnerait sa carrière », a expliqué un haut fonctionnaire allemand qui a travaillé avec le ministre des finances. « Mais il n'a aucune idée de la charge de travail qu'implique ce poste. »

Passer de négociateur à médiateur

Ce haut fonctionnaire a expliqué que M. Schäuble devrait passer d'un rôle de négociateur à celui de médiateur avec ce nouveau poste, laissant le soin d'imposer les positions de Berlin à son adjoint, Thomas Steffen.

Un fonctionnaire européen a expliqué qu'il serait plus difficile pour l'Allemagne d'imposer sa vision si M. Schäuble obtenait le poste.

« C'est la raison pour laquelle beaucoup sont en faveur de sa nomination », a-t-il ajouté.

Un troisième fonctionnaire, qui a travaillé avec M. Schäuble lorsqu'il était ministre de l'intérieur durant le premier mandat de Mme Merkel, a cité son travail en tant que président des réunions entre le gouvernement et les musulmans d'Allemagne en exemple de la manière dont il présiderait l'Eurogroupe.

« Lors de la première réunion au château de Charlottenburg en 2006, les débats ont été vraiment houleux, la tension était à son comble », a-t-il expliqué. « M. Schäuble s'est peu exprimé, il a laissé les autres parler. Mais à la fin, c'est lui qui a pris le dessus, il a résumé les différentes positions et tout le monde a bien vu qu'il avait écouté et compris tout ce qui s'était dit. »

« Il est très proche de la population, il se préoccupe de ses problèmes. Ce n'est pas un Allemand dogmatique. »

En tant que ministre de l'intérieur, puis des finances, M. Schäuble a toujours mis un point d'honneur à participer aux réunions européennes, alors que ses prédécesseurs avaient souvent tendance à les éviter ou à partir plus tôt.

Lors de la dernière réunion des ministres des finances à Bruxelles, par exemple, les participants ont expliqué qu'il avait insisté pour rester jusqu'à la fin d'une discussion avec la Hongrie, tandis que ses homologues étaient déjà en route pour l'aéroport, laissant les ambassadeurs négocier à leur place.

En privé, il déplore les tentatives des dirigeants européens de contourner l'Eurogroupe et de prendre le dessus sur le processus décisionnel, affirmant que ses collègues ne font qu'embrouiller les choses.

S'il est nommé à ce poste, certains attendent de lui qu'il restaure la primauté des ministres des finances dans le domaine politique.

« Bon nombre des décisions politiques majeures sont prises par l'Eurogroupe. C'est une position assez influente », a affirmé Guntram Wolff, vice-directeur du groupe de réflexion bruxellois Bruegel.

« Ce serait un bon signal de nommer un Allemand à la tête du processus de prise de décision européen. Ca encrerait l'Allemagne en Europe, ça nous rassemblerait. »