La motion de censure contre Ursula von der Leyen a peu de chances d’aboutir mais révèle un malaise réel
Une motion de censure contre Ursula von der Leyen sera soumise au vote du Parlement jeudi 10 juillet. Si son adoption est hautement improbable, l’initiative met tout de même en lumière les divisions croissantes au sein de la majorité pro-européenne.
Le Parlement européen s’apprête à examiner, ce jeudi 10 juillet, une motion de censure contre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. L’initiative, portée par le député roumain d’extrême droite Gheorghe Piperea, s’inscrit dans un contexte politique tendu, mais n’a que peu de chances d’aboutir.
Il suffit de réunir 72 eurodéputés pour déposer une motion de censure. Toutefois, pour que la motion soit adoptée, elle doit obtenir les deux tiers des suffrages exprimés, représentant 361 des 720 eurodéputés. À Strasbourg, Gheorge Piperea (Alliance pour l’Unité de la Roumanie, AUR/Conservateurs et Réformistes européens, CRE) se lèvera pour défendre son texte, malgré sa reconnaissance publique de l’échec probable de la démarche, compte tenu du seuil élevé requis pour son adoption.
La motion — soutenue par un groupe hétéroclite de nationalistes polonais, d’eurodéputés d’extrême droite et de sympathisants de Vladimir Poutine non-affiliés — se concentre sur le scandale Pfizergate.
Gheorge Piperea critique l’absence de transparence d’Ursula von der Leyen dans cette affaire, puisqu’elle n’a jamais divulgué ses échanges par SMS avec le PDG de Pfizer, Albert Bourla, au moment crucial des négociations sur les vaccins anti-Covid.
Cette opacité a suscité des plaintes de diverses associations et personnes, ainsi que du New York Times, sans que le contenu de ces messages n’ait été rendu public à ce jour.
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La motion reproche également à la Commission d’avoir interféré dans les élections en Allemagne, où la CDU, parti d’Ursula von der Leyen, a remporté le scrutin, ainsi qu’en Roumanie — où le candidat pro-européen Nicușor Dan est sorti vainqueur d’un scrutin contesté par le perdant, George Simion (AUR). Aucune preuve tangible n’est toutefois avancée à l’appui de ces accusations.
Le nationaliste Călin Georgescu était arrivé en tête d’un scrutin en novembre annulée par la Cour constitutionnelle roumaine en raison de soupçons d’ingérences de la Russie. Entretemps, la Commission européenne avait haussé le ton contre le réseau social TikTok, soupçonné d’avoir manqué à ses obligations et d’avoir ouvert la porte aux possibles manipulations russes.
Enfin, la motion dénonce le contournement du Parlement par Ursula von der Leyen sur un programme de prêts de défense conjoints.
Ursula von der Leyen doit répondre dès ce lundi soir aux interpellations des eurodéputés.
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Un soutien politique très faible
Le groupe CRE, auquel appartient Gheorghe Piperea, a pris ses distances avec l’initiative.
Quant au PPE, premier groupe politique au Parlement, il fait bloc autour de la présidente issue de ses rangs. Son chef de file, l’Allemand Manfred Weber, a dénoncé les « marionnettes de Poutine » qui cherchent, selon lui, à « saper l’unité de l’Europe et de faire tomber la Commission en cette période de turbulences mondiales et de crise économique ».
« C’est une honte pour les citoyens européens », a-t-il lancé.
Critiques tous azimuts
Même si elle a peu de chances de passer, la motion permettra, un an après les élections européennes, aux opposants d’Ursula von der Leyen de se compter dans l’hémicycle de Strasbourg.
Et elle pourrait aussi servir à régler quelques comptes au sein de la majorité « pro-européenne ».
En effet, la plupart des critiques acerbes adressées à Ursula von der Leyen ces dernières semaines ne sont pas venues de l’extrême droite, mais de ses alliés traditionnels du centre au Parlement, qui déplorent surtout le glissement vers la droite du PPE.
Gauche et centristes ont régulièrement reproché au PPE son rapprochement avec les partis d’extrême droite, notamment pour remettre en cause ou adopter des lois.
Sans pour autant voter la censure, les alliés sociaux-démocrates et centristes — qui ont permis à la Commission d’être validée l’année dernière — pourraient réclamer des gages à Ursula von der Leyen.
Pour la cheffe du groupe Renew (libéraux), la Française Valérie Hayer, qui ne votera « évidemment pas » la censure, ce débat peut être un « vrai moment de clarification politique » : « on va demander au PPE clairement avec qui il veut travailler ».
Autre grief : la gestion de plus en plus centralisée d’Ursula von der Leyen au sein d’une Commission à sa main pour ce second mandat.
La présidente de l’exécutif « pilote tout », confiait Valérie Hayer il y a quelques semaines à l’AFP. Et un épisode récent a provoqué la colère de l’eurodéputée.
Le mois dernier, la Commission a subitement menacé de retirer une loi contre le greenwashing, pourtant dans la phase finale des négociations interinstitutionnelles. Une décision perçue comme un affront par les eurodéputés, dont bon nombre ont dénoncé une remise en cause de leurs prérogatives.
Quoi qu’il en soit, ni les Socialistes et Démocrates (S&D), ni Renew, ni les Verts ne voteront en faveur de la motion de censure. S’allier à l’extrême droite, même par agacement envers les rapprochements du PPE avec ces partis, serait un positionnement incohérent qu’ils refusent d’adopter.
Le PPE reste néanmoins sur ses gardes. « Une présence totale du PPE lors de ce vote [de jeudi] est absolument obligatoire ! », peut-on lire dans un courriel interne du groupe consulté par Euractiv.
Jamais une Commission n’a été censurée par le Parlement. Le cas le plus marquant de vote de censure remonte à 1999, lorsque la Commission européenne, alors dirigée par le Luxembourgeois Jacques Santer, avait choisi de démissionner avant même le vote, après la publication d’un rapport pointant sa responsabilité dans plusieurs affaires de fraude.
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