La Moldavie se choisit un président après 917 jours d'impasse
Vendredi (16 mars), le parlement moldave a élu comme président du pays un ancien juge qui a promis de lutter contre la corruption. Cette élection met un terme à trois ans de stagnation qui n'ont fait que repousser la mise en œuvre de réformes dans cette ancienne république soviétique appauvrie.
Vendredi (16 mars), le parlement moldave a élu comme président du pays un ancien juge qui a promis de lutter contre la corruption. Cette élection met un terme à trois ans de stagnation qui n'ont fait que repousser la mise en œuvre de réformes dans cette ancienne république soviétique appauvrie.
Nicolae Timofti, généralement considéré comme un homme politique neutre, est le candidat qui a été proposé par l'Alliance pour l'intégration européenne, dans le but de sortir le pays de l'impasse suite à l'opposition des communistes face au précédent candidat, un dirigeant de l'Alliance.
Il a reçu le soutien de 62 députés sur 101 à la chambre, obtenant ainsi la majorité, après avoir récupéré les voix de trois transfuges communistes.
« Après 917 jours, nous avons enfin un candidat à la présidence », a déclaré aux députés Tudor Deliu, le président de la commission parlementaire.
Le dirigeant communiste Vladimir Voronin a crié à la fraude quant à la récupération des voix des trois transfuges qui ont quitté le parti en novembre dernier. Des dizaines de milliers de communistes ont défilé dans le centre-ville scandant « A bas les usurpateurs ! »
Selon la police, 70 000 personnes se sont rassemblées près du bâtiment principal du gouvernement, 100 000 selon les communistes. Les forces spéciales anti-émeutes ont encerclé le parlement lors du vote et ont patrouillé dans les rues avoisinantes.
La haute représentante de l'UE pour la politique étrangère, Catherine Ashton, ainsi que le commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, ont déclaré dans un communiqué commun que ce vote permettrait d'entamer le dialogue avec le pays.
« [Ce vote] ouvre la voie à un véritable dialogue entre toutes les factions politiques en vue de répondre aux aspirations économiques et sociales du pays et de consolider la société moldave », peut-on lire dans ce communiqué publié vendredi.
Enclavée entre l'Ukraine et la Roumanie, dont elle partage la langue, la Moldavie est l'un des pays les plus pauvres d'Europe avec un salaire moyen de 205 euros par mois.
Elle compte sur ses exportations de vin et de légumes et sur les liquidités envoyées par des milliers de Moldaves travaillant à l'étranger pour faire survivre une économie fortement dépendante des importations énergétiques russes.
Ambitions européennes
Mais malgré sa pauvreté, la Moldavie, forte d'une population de 4 millions d'habitants, fait pression pour obtenir le statut de pays associé à l'UE. Elle a d'ailleurs été félicitée par Bruxelles pour ses projets de réforme économique.
Peu après le vote, le président roumain, Traian B?sescu, a déclaré qu'il garantissait à M. Timofti le soutien de la Roumanie dans son processus de réforme du pays et son rapprochement avec l'UE.
Dans un communiqué, le ministère roumain des affaires étrangères a affirmé que ce vote garantirait la poursuite du processus de réformes et le respect des engagements envers l'Union européenne.
La nomination d'un nouveau dirigeant pourrait également permettre de résoudre le problème du statut de la Transnistrie, une enclave à la frontière est de la Moldavie contrôlée par des séparatistes pro-russes depuis 20 ans.
La Transnistrie, qui n'est pas reconnue comme un territoire indépendant par la communauté internationale, s'est choisi un nouveau leader en décembre dernier, ce qui pourrait également permettre de trouver une solution à long terme pour ce territoire.
Igor Dodon, le dirigeant du groupe socialiste (composé de trois hommes) qui a quitté les rangs des communistes, a annoncé qu'il soutiendrait M. Timofti suite à la présentation de son programme. Il a affirmé que son élection était une meilleure option que l'organisation d'élections législatives anticipées.
« Nous devons mettre un terme à la crise et nous remettre au travail pour le bien du pays », a-t-il déclaré lors de la séance parlementaire.
Un pont entre l'est et l'ouest
Dans son discours précédant le vote, M. Timofti a promis de conserver des relations stratégiques avec les Etats-Unis, la Russie et l'Allemagne, ainsi que de tenter de trouver une solution au problème de la Transnistrie.
« La Moldavie doit devenir un pont entre l'est et l'ouest et en tirer parti », a déclaré M. Timofti, juge depuis 1976 et président du Conseil suprême de la magistrature, une instance dirigeante du système judiciaire.
Il a promis de combattre la corruption systémique à grande échelle qui règne en Moldavie, ainsi que dans plusieurs autres anciennes républiques soviétiques.
« Je suis conscient que je m'apprête à devenir le président du pays le plus pauvre d'Europe et, par conséquent, j'estime que la lutte contre la corruption est une question de principe », a-t-il expliqué.
Les tensions étaient fortes en amont du vote au parlement et les autorités ont avancé la séance prévue dans l'après-midi pour contrer les communistes.
Le bâtiment avait été la scène de violentes manifestations en avril 2009 suite aux élections législatives lors desquelles les communistes avaient remporté 50 % des voix, un score suffisant pour leur permettre d'élire un nouveau président et de modifier la constitution.
L'Alliance au pouvoir a émergé du chaos qui s'est ensuivi, dans le but de renvoyer les communistes, dirigés par M. Voronin, dans l'opposition. Elle n'était cependant pas parvenue à faire élire son candidat, l'homme politique de centre-gauche Marian Lupu, au poste de président.