La menace d’une faible participation plane au dessus des élections 2009 de l’UE [FR]

Les candidats redoublent d’efforts avant les élections de juin 2009 pour remplacer le Parlement Européen actuel. Mais comme les partis tentent d’attirer l’attention des citoyens en exposant leurs différents programmes politiques, une question reste latente : les électeurs iront- ils voter ?

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Les candidats redoublent d’efforts avant les élections de juin 2009 pour remplacer le Parlement Européen actuel. Mais comme les partis tentent d’attirer l’attention des citoyens en exposant leurs différents programmes politiques, une question reste latente : les électeurs iront- ils voter ?

Le débat autour des élections européennes à Bruxelles devient de plus en plus tendu. Les deux plus grands partis politiques – le Parti Populaire européen de centre-droit (PPE) et le Parti Socialiste européen (PSE) ont tous deux présenté leur programme au public, espérant susciter le débat et attirer l’attention des électeurs.

Mais au-delà des partis politiques – qui ont dans tous les cas une faible influence à Bruxelles étant donné l’approche vis-à-vis de l’UE basée sur le consensus et la prédominance des partis politiques nationaux – l’indifférence des électeurs semble être la plus grande préoccupation du moment.

Depuis les premières élections européennes organisées en 1979, la participation a continuellement chuté, atteignant un faible taux record de 46% lors du dernier sondage en 2004.

Julian Scola, conseiller en communication et de la campagne au PSE, estime que le parti est clairement inquiet du taux de participation. D’après lui, cette question est d’autant plus préoccupante dans les pays d’Europe centrale et orientale ayant rejoint l’UE en 2004. Lors des dernières élections, le taux de participation était de 47,1% dans l’UE des 15 mais avait chuté à 26,4% en moyenne dans les dix nouveaux arrivants.

De plus, selon M. Scola, les électeurs de la famille socialiste y ont un degré honnête de responsabilité. « Traditionnellement, nous constatons que ce sont nos électeurs qui ne participent pas » a-t-il déclaré à EURACTIV, expliquant que les électeurs socialistes considèrent souvent que l’UE est « trop technocrate » et qu’elle manque donc de pertinence en tant qu’entité habilitée à prendre des décisions. « Il s’agit sans aucun doute d’un problème majeur ». 

Les socialistes veulent pouvoir choisir clairement entre la gauche et la droite

La clé, affirme M. Scola, est d’améliorer la pertinence des élections européennes en présentant une distinction claire aux électeurs entre les partis situés à gauche et à droite du spectre politique.

Afin de remédier à l’indifférence des électeurs, les militants socialistes se sont ralliés dernière cette approche, en cherchant à mobiliser les électeurs dans leurs rangs en lançant des attaques contre le centre-droit. Dans une récente déclaration, ils ont accusé les dirigeants du PPE-DE d’élaborer leur programme électoral en secret.

« Nous, au PSE, ne voulons pas d’un programme rédigé à huis clos par une poignée de représentants politiques », a déclaré le président du PSE Poul Nyrup Rasmussen. « Cette façon de faire de la politique appartient au passé. Nous voulons un programme qui offre non seulement un choix clair entre la gauche et la droite mais aussi qui aura été rédigé à travers un processus de consultation et de débat. Nous voulons démontrer que les sociaux-démocrates ont une vision politique différente de celle des conservateurs et que nous faisons de la politique autrement aussi. »

En ce sens, les socialistes peuvent avoir marqué un point. Plus tôt en mars, James Elles, un important eurodéputé britannique conservateur, a démissionné de son poste de président du European Ideas Network (EIN), un think tank du PPE-DE. Expliquant son geste, il a déclaré que le travail du think tank a été totalement ignoré par le groupe au moment de choisir sa stratégie politique pour les élections européennes de 2009.

Dans un email accompagnant la lettre de démission, M. Elles a déclaré que l’absence de soutien du leadership du groupe PPE-DE a rendu la présidence inexploitable. Plus sérieusement, a-t-il écrit, la récente élaboration d’un « décalogue » des priorités du groupe pour l’avenir n’a absolument pas pris en compte le travail du EIN. Pour lui, c’est comme si le réseau n’existait pas.

Rendre l’UE plus controversée?

Mais la question de savoir si les socialistes ou d’autres partis politiques parviendront à attirer l’attention des électeurs en stimulant la controverse reste incertaine.

Selon Sebastian Kurpas du Centre for European Policy Studies (CEPS) à Bruxelles, les partis politiques au niveau européen dépendent trop de leurs affiliés nationaux, ce qui entraîne invariablement l’élaboration de programmes électoraux avec le plus petit dénominateur commun. « Si vous regardez certains programmes du passé, les vrais programmes des partis européens, ils ont généralement été plutôt généraux et pas très concrets », explique M. Kurpas a EURACTIV.

Et à leur tour, les partis politiques nationaux ne peuvent jamais à eux seuls remporter une majorité de sièges suffisamment grande au Parlement européen et s’offrir le luxe de faire de grandes promesses à leur électorat.

« Dans le passé, il est arrivé que certains partis aient un programme national affirmant : ‘si vous votez pour nous, nous ferons pression pour ceci ou tel résultat politique au niveau européen’. Le problème est que, bien souvent, un seul parti national n’est pas assez fort pour faire pression pour telle ou telle mesure dans un groupement de partis européens donné et  c’est ce qui complique d’autant plus la tâche des partis nationaux qui tentent d’honorer les promesses faites aux électeurs ».

Au final, la vieille habitude de consensus entre partis politiques pourrait encore prévaloir, affirme M. Kurpas.
« Le Parlement reste très influencé par le consensus, tout comme l’ensemble du processus d’intégration européenne. C’est pourquoi le processus de prise de décision de l’UE consiste toujours à trouver un compromis et à élaborer une solution commune, il ne s’agit pas d’une majorité ayant des pouvoirs et les imposant sur une minorité – ce n’est pas la façon dont l’Europe peut fonctionner. Et ce n’est pas nécessairement le meilleur moyen d’attirer l’attention du public ».