La lutte intégrée contre les organismes nuisibles peine à prendre forme en Roumanie
Malgré les efforts pour encourager l’adoption de techniques de lutte intégrée contre les organismes nuisibles et réduire les risques liés à l’utilisation de pesticides, il semblerait que cette pratique ait du mal à prendre forme en Roumanie.
Malgré les efforts pour encourager l’adoption de techniques de lutte intégrée contre les organismes nuisibles (Integrated Pest Management, IPM) et réduire les risques liés à l’utilisation de pesticides, il semblerait que cette pratique ait du mal à prendre forme en Roumanie.
La lutte intégrée contre les organismes nuisibles est une stratégie qui consiste à utiliser, dans un ordre hiérarchique, différentes techniques pour combattre les nuisibles dans les cultures afin de limiter les dégâts qu’ils engendrent tout en réduisant au maximum l’utilisation de produits phytosanitaires chimiques.
Cela signifie que les pesticides chimiques ne doivent être utilisés qu’en dernier recours, si tous les autres efforts échouent.
Même si tous les aspects de la lutte intégrée ne sont pas pratiqués en Roumanie, cette stratégie est mise en œuvre « à des degrés divers depuis de nombreuses années » dans le pays, selon Carmen Botez, directrice exécutive de l’Association roumaine de l’industrie phytosanitaire (AIPROM), qui représente environ 80 % du marché des produits phytosanitaires dans le pays.
Toutefois, selon Mme Botez, il existe « des difficultés à mettre en œuvre la lutte intégrée dans son intégralité » en raison des spécificités liées « au sol, au climat et à la culture ».
Alors que l’utilisation des pesticides en Roumanie a diminué au cours de la dernière décennie, ces difficultés ont fait que les pratiques IPM ont eu du mal à prendre leur essor en Roumanie.
« C’est pourquoi nous nous félicitons de la possibilité pour chaque pays de créer son propre ensemble d’outils spécifiques, afin de surmonter la plupart des difficultés existantes », a-t-elle expliqué.
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Les objectifs en matière de pesticides posent problème
Dans le cadre des projets de l’Union européenne visant à réduire de moitié l’utilisation et les risques liés aux pesticides d’ici à 2030, comme le prévoit sa politique alimentaire phare, « de la ferme à la table » (Farm to Fork), la Roumanie s’est fixé un objectif national de réduction de 35 %, sur la base de la quantité moyenne de pesticides utilisée en 2015-2017.
Bien que cet objectif figure parmi les plus bas des pays de l’UE, l’Union de la branche nationale des coopératives du secteur végétal (U.N.C.S.V.) estime que cet objectif « place les agriculteurs roumains au pied du mur ».
L’association souligne que la Roumanie ne peut atteindre l’objectif sans disposer d’alternatives efficaces de lutte contre les organismes nuisibles, à des prix abordables.
Le pays s’est largement appuyé sur des dérogations pour permettre l’utilisation de pesticides européens interdits ces dernières années, accordant des dérogations pour les néonicotinoïdes toxiques pour les abeilles en 2021, 2022 et 2023.
Toutefois, cela ne sera bientôt plus possible après qu’une récente décision de justice de l’UE ait mis fin à cette pratique.
De son côté, le ministre roumain de I’Agriculture, Petre Daea, conteste également cet objectif, « en l’absence de données solides concernant la résilience du secteur ».
« Les préoccupations environnementales et sanitaires sont légitimes, mais ne perdons pas de vue la sécurité alimentaire, un objectif principal de la PAC [Politique agricole commune], afin que l’objectif de réduction des pesticides ne conduise pas à une diminution de la production européenne », a déclaré M. Daea en septembre 2022.
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Combler le fossé des connaissances
Selon le plan stratégique national (PSN) de la PAC récemment adopté par la Roumanie, qui définit comment le pays réalisera les ambitions fixées au niveau de l’UE, l’un des principaux problèmes est le manque de connaissances et de compétences des agriculteurs roumains, en particulier des petits et moyens exploitants.
« Les agriculteurs ont peu de connaissances sur l’utilisation rationnelle des pesticides, des engrais et des antibiotiques, et sur les effets de l’utilisation des pesticides sur la santé et l’environnement », prévient le plan.
L’objectif, dit-il, « est d’encourager le développement et l’introduction de la lutte intégrée contre les organismes nuisibles, ainsi que des techniques ou approches alternatives, afin de réduire la dépendance à l’égard de l’utilisation des pesticides ».
Un arrêté ministériel en consultation publique impose la formation de tous les agriculteurs, quel que soit leur niveau d’études, pour pouvoir appliquer correctement les traitements phytosanitaires.
Le cours sur l’utilisation des produits phytosanitaires sera désormais obligatoire pour les agriculteurs qui veulent bénéficier de subventions.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]