La loi hongroise sur les médias lance un débat sur la liberté de la presse au sein de l'UE
La controverse qui entoure la loi hongroise sur les médias a suscité des commentaires animés dans les cercles européens, mais rares sont ceux qui se sont penchés sur la situation dans les autres pays. Le réseau EURACTIV relève le défi avec ce premier article sur les deux plus grands membres de l'UE, la France et l'Allemagne.
La controverse qui entoure la loi hongroise sur les médias a suscité des commentaires animés dans les cercles européens, mais rares sont ceux qui se sont penchés sur la situation dans les autres pays. Le réseau EURACTIV relève le défi avec ce premier article sur les deux plus grands membres de l'UE, la France et l'Allemagne.
Budapest a récemment accepté d'opérer des changements dans sa loi controversée sur les médias, tentant ainsi de mettre fin à un épisode qui avait terni le début de la présidence hongroise de l'UE.
La Hongrie a également laissé tombé ses exigences stipulant qu'elle modifierait sa loi uniquement si tous les autres Etats de l'UE étaient d'accord de voir leurs propres lois sur les médias examinées avec la même sévérité.
Cette demande de Budapest peut sembler exagérée, voire abusive.
En réalité, une étude sur la législation en vigueur dans plusieurs pays de l'UE, réalisée par Reporters sans frontières, montre que la liberté de la presse en Europe est sur le déclin, le continent perdant sa place de leader dans ce domaine.
L'indice 2010 de liberté de la presse continue de placer l'Europe du nord parmi les meilleurs, avec la Finlande, l'Islande, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et la Suisse salués comme « moteurs de la liberté de la presse » et placés en première place.
Toutefois, l'Italie, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce sont toutes mal placées à côté de pays comme le Burkina Faso (49e avec l'Italie) et le Bénin (70e avec la Bulgarie et la Grèce).
L'Europe tombe de son piédestal
« L'Europe tombe de son piédestal », a écrit Reporters sans frontières dans une déclaration accompagnant la sortie de son indice 2010 sur la liberté de la presse.
L'ONG, qui publie cet indice depuis 2001, a déclaré que la défense de la liberté des médias restait une « bataille de vigilance dans les démocraties de la vieille Europe », surtout que des pays comme l'Irlande, la Belgique et la France sont descendus dans le classement.
« Il est perturbant de voir plusieurs pays de l'Union européenne continuer à descendre dans le classement. Si l'Union ne se reprend pas, elle risque de perdre sa position de leader mondial en matière de droits de l'Homme », a mis en garde l'ONG.
« Et si cela devait arriver, comment pourrait-elle être convaincante en demandant aux régimes autoritaires de s'améliorer ? Il est urgent que l'Europe retrouve son statut d'exemple ».
'Annus horribilis' en France
La France qui se targue d'être le berceau des droits de l'Homme a perdu une place dans le classement, passant de la 43e à la 44e place.
En fait, 2010 est considérée comme une « annus horribilis » pour les médias en France. Le scandale Woerth-Bettencourt, qui a fait les gros titres l'automne dernier, illustre l'ampleur de l'interférence des pouvoirs politiques dans les médias : des bureaux furent cambriolés, des journalistes ont été mis sur écoute et des sources ont été menacées.
L'affaire, révélée par le site Internet Mediapart, concernait des versements illégaux effectués par Liliane Bettencourt, la fondatrice du géant de la cosmétique L'Oréal, aux membres du gouvernement français et au président du parti de Nicolas Sarkozy, l'Union pour un mouvement populaire (UMP).
Trois éminentes entreprises de presse françaises ont vu leurs bureaux cambriolés au plus fort de la crise, ce qui a fini par déclencher un remaniement ministériel. Hervé Gattegno, journaliste pour Le Point, s'est vu dérober son ordinateur à son bureau alors que celui de Gérard Davet du journal Le Monde a été volé dans son appartement.
Au mois de septembre, le quotidien Le Monde a porté plainte contre le bureau français de contre-espionnage, le DCRI, pour avoir espionné un de ses journalistes, Gérard Davet, afin de découvrir ses sources.
Une autre controverse majeure concernait les postes hauts placés au sein des chaînes télévisées publiques françaises. Les directeurs de France Télévisions et de la chaîne franco-allemande Arte avaient en effet été nommés par Nicolas Sarkozy. Un an plus tôt, Jean-Luc Hees, directeur de Radio France, avait été choisi par le Ministère des communications, à nouveau avec l'accord du président français.
Pour Reporters sans frontière (RSF), ces nominations politiques sont sources d'inquiétude, surtout dans un climat de licenciements importants.
Par exemple, France Inter, la station de radio nationale la plus écoutée, a reprogrammé tous ses programmes à la fin du mois de juin 2010. De célèbres journalistes furent renvoyés au cours de la restructuration et les raisons de leur renvoi ne convainquirent personne.
Le licenciement du journaliste Stéphane Guillon a particulièrement attiré l'attention. Moitié humoriste, moitié éditorialiste, il décrivait de manière caustique la vie politique française tous les jours à 7h55, et sa cible favorite était le gouvernement et le président Sarkozy.
« Qu'en est-il de la liberté d'expression ? », demandait de façon rhétorique RSF.
Des problèmes au niveau local en Allemagne
En Allemagne, la loi hongroise sur les médias a été évaluée en fonction des standards du pays, surtout en ce qui concerne le contrôle politique sur l'autorité allemande des médias.
Benno Pöppelmann, conseiller juridique pour l'Association allemande des journalistes (DJV), a déclaré que les mécanismes de contrôles présents dans la loi hongroise sur les médias ne pourraient jamais être mis en place en Allemagne dans la mesure où cela serait contraire à la constitution du pays.
Toutefois, les législateurs se montrent également critiques face à la situation de la presse allemande, surtout au niveau local.
L'Allemagne a un système « dual » de radiodiffusion et fait la distinction entre les opérateurs publics et privés. Les radiodiffuseurs publics reçoivent des financements de la part du gouvernement et doivent garantir des informations équilibrées en quantité suffisante, de la culture, des programmes éducatifs et des divertissements pour le public. Pour leur part, les radiodiffuseurs privés, qui sont en place depuis le milieu des années 1980, ont besoin d'une licence de diffusion et sont sujets à la loi fédérale.
Cependant, plusieurs eurodéputés allemands conservateurs affirment que ces lois fédérales comportent des dispositions qui pourraient être comparées à la loi hongroise sur les médias.
L'eurodéputé Klaus-Heiner Lehne (EVP/CDU) a confié à EURACTIV Allemagne lors d'un entretien que la formulation de la loi hongroise sur les médias était « franchement libérale » en comparaison avec celle de la Rhénanie-du-Nord Westphalie pour les radiodiffuseurs privés.
« Si la loi sur les médias en Hongrie doit être revue après évaluation, alors elle ne sera pas la seule à devoir être modifiée. Certaines lois sur les médias dans quelques gouvernements régionaux allemands doivent être complètement réécrites », a affirmé M. Lehne.
L'eurodéputé allemand Alexander Alvaro (ALDE/FDP) a également déclaré que tous les Etats membres devraient se préparer à une révision de leurs lois respectives. « Nous ne devons pas fermer les yeux. Il est évident que nous devons revoir les lois sur les médias de la France, de l'Allemagne ou de l'Italie si elles contiennent des réglementations illégitimes », a déclaré M. Alvaro à EURACTIV Allemagne lors d'un entretien.