La Hongrie veut mettre la politique familiale au cœur de sa présidence du Conseil de l’UE
Budapest souhaite que la politique familiale figure plus haut sur l’agenda de l’UE lorsque le pays prendra la présidence tournante du Conseil au second semestre de l’année prochaine, alors que la chute des chiffres démographiques pousse les États membres à soulever la question à l’échelle nationale.
Budapest souhaite que la politique familiale figure plus haut sur l’agenda de l’UE lorsque le pays prendra la présidence tournante du Conseil de l’UE au second semestre de l’année prochaine, alors que la chute des chiffres démographiques pousse les États membres à soulever la question à l’échelle nationale également.
Contrairement à d’autres régions du monde, l’UE connaît une décroissance démographique, une tendance qui devrait par ailleurs se poursuivre, selon un récent rapport de la Commission européenne.
Cette tendance s’explique par la baisse du taux de fécondité moyen dans l’UE, qui est passé de 2,37 en 1970 à 1,53 en 2021, sachant qu’un taux de fécondité moyen de 2,1 est nécessaire pour assurer une stabilité démographique.
Bien que les chiffres varient fortement d’un État membre à l’autre, l’Espagne affichant le taux le plus bas (1,19) et la République tchèque le plus élevé (1,83), aucun État membre de l’UE n’a atteint le taux nécessaire pour garantir une population stable en 2021, selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Sans surprise, cette tendance a également entraîné une diminution de la population en âge de travailler, tandis que le nombre de personnes en âge de prendre leur retraite a augmenté.
Étant donné que le nombre de jeunes âgés de 15 à 29 ans a déjà diminué par rapport à l’ensemble de la population entre 2011 (18,1 %) et 2021 (16,3 %), le rapport de la Commission prévoit que cette tendance se poursuivra.
Pour pallier ce phénomène, susceptible d’entraîner une nouvelle diminution de la main-d’œuvre européenne, l’UE et ses États membres pourraient : augmenter les flux migratoires ou, comme il est plus attendu de la part des forces de droite telles que le parti Fidesz au pouvoir en Hongrie, doper les taux de fécondité en mettant davantage l’accent sur la politique familiale.
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La présidence hongroise du Conseil
Les défis démographiques, la « politique familiale » ainsi que la lutte contre la migration illégale seront au cœur du mandat européen de la Hongrie, qui prendra la tête du Conseil de l’UE en juillet 2024. C’est ce qu’a déclaré Judit Varga, ministre hongroise de la Justice, sur les réseaux sociaux lorsqu’elle a présenté les priorités de la présidence hongroise à la commission des Affaires européennes du parlement hongrois en mai dernier.
« Lors de la définition de [ces priorités], nous avons considéré la crise démographique de l’Union européenne qui entraîne des conséquences sérieuses sur la compétitivité de l’Union comme un point de départ. Cela nous donne l’occasion d’aborder les thèmes de la politique démographique et familiale au cours du mandat de la présidence du Conseil également », a-t-elle écrit.
Comme la Hongrie assumera la présidence pour six mois juste après les élections européennes de juillet de la même année, la machine législative de l’UE tournera au ralenti, ce qui permettra à la Hongrie de mettre l’accent sur des sujets politiques européens peu attendus.
L’agenda stratégique du trio de présidences du Conseil de l’UE — composé de l’Espagne, de la Belgique et de la Hongrie — met également l’accent sur la nécessité de relever le défi démographique auquel l’Union est confrontée dans le contexte du « renforcement de la dimension sociale de l’Europe » et de la « mise en œuvre effective du socle européen des droits sociaux ».
Le programme des trois pays laisse également entrevoir une réforme de la politique de cohésion après 2027 afin de réduire les disparités et met l’accent sur les régions concernées par les défis démographiques.
L’essor des ministères de la Famille en Europe
Les sujets relatifs à la famille ont récemment gagné du terrain dans les gouvernements des différents États membres de l’Union : 8 des 27 États membres disposent ou disposeront d’un ministère dont le portefeuille porte directement ou indirectement sur la famille, dont 4 ont été créés par des forces de droite ou de centre droit au cours de ces cinq dernières années.
En Pologne, lorsque le parti nationaliste de droite Droit et justice (PiS) a pris les reines du gouvernement en 2015, il a réformé l’ancien ministère du Travail et des Politiques sociales pour créer un ministère de la Famille, du Travail et des Politiques sociales.
En novembre, Varsovie a également adopté sa stratégie démographique à l’horizon 2040 pour se rapprocher du taux de fécondité qui lui permettrait d’assurer un roulement de générations, notamment par le renforcement du ministère en question et la suppression des obstacles pour les parents désireux d’avoir des enfants.
Pour ce qui est de l’Italie, la Première ministre Giorgia Meloni ainsi que son parti au pouvoir Frères d’Italie (Conservateurs et Réformistes européens, CRE) tentent également d’introduire des politiques structurées afin d’améliorer le taux de natalité du pays par l’action du ministère de la Famille, des Naissances et de l’Égalité des chances.
Certaines mesures sont déjà comprises dans le budget italien, comme le renforcement de l’allocation destinée aux personnes non mariées et l’augmentation de l’allocation de congé parental de 30 à 80 %. « D’autres mesures sont en projet », a récemment annoncé Mme Meloni.
En Roumanie, le gouvernement de centre droit a institué le ministère de la Famille, de la Jeunesse et de l’Égalité des chances en 2021, tandis que le nouveau Premier ministre grec de droite récemment réélu et issu du parti de la Nouvelle Démocratie (PPE) a créé pour la toute première fois en Grèce le ministère de la Famille dans le but de soutenir les jeunes couples et les familles.
Le parti d’extrême droite espagnol Vox, qui pourrait faire partie du prochain gouvernement aux côtés de la droite du Partido Popular (PP) selon les sondages, propose de remplacer immédiatement la loi sur les violences sexuelles, « qui inscrit l’asymétrie pénale et l’inégalité entre les hommes et les femmes et sape les piliers fondamentaux de l’État de droit », par une loi sur les violences intrafamiliales et de supprimer le ministère de l’Égalité pour créer le ministère de la Famille.
Luca Bertuzzi, Catalina Mihai, Federica Pascale, Sandra Uzule et Aleksandra Krzysztoszek ont contribué à la rédaction de cet article.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]