La Hongrie accusée d'ingérence dans les élections slovaques
Le parti hongrois de centre droit au pouvoir, Fidesz, est accusé de susciter la controverse en amont des élections slovaques de demain (12 juin), Bratislava dénonçant une loi qui rend plus facile pour les Magyars d'obtenir la nationalité hongroise. EURACTIV Slovaquie a contribué à ce reportage depuis Bratislava.
Le parti hongrois de centre droit au pouvoir, Fidesz, est accusé de susciter la controverse en amont des élections slovaques de demain (12 juin), Bratislava dénonçant une loi qui rend plus facile pour les Magyars d'obtenir la nationalité hongroise. EURACTIV Slovaquie a contribué à ce reportage depuis Bratislava.
En amont de l'élection, le premier ministre slovaque Robert Fico a qualifié la Hongrie voisine de pays extrémiste qui exporte la "peste brune",en référence aux fascistes hongrois de la Seconde Gerre mondiale.
Avec sa loi sur la citoyenneté, Budapest est accusée de créer la controverse en amont de l'élection slovaque, ont confié des diplomates à EURACTIV.
S'adressant à EURACTIV sous couvert d'anonymat, ils ont déploré l'influence limitée de l'UE – pour peu qu'elle en ait une – dans de telles circonstances.
Même des sources du parti populaire européen (PPE) de centre droit se sont montrées inquiètent de la tournure des événements, qui ont été orchestrés par le Fidesz, le parti hongrois au pouvoir affilié au PPE.
Le Parlement hongrois, qui est largement dominé par le parti Fidesz de centre droit suite aux élections nationales d'avril, a adopté le 26 mai une loi pour que les personnes de l'ethnie hongroise vivant à l'étranger puissent acquérir la nationalité hongroise. Cette loi a déclenché une réaction de colère de la part de la Slovaquie voisine.
Les diplomates ont fait part de leur consternation face à cette loi, qui rend la nationalité hongroise très facile à obtenir pour les étrangers et pourrait devenir une source d'abus, et faciliter les voyages à travers l'espace Schengen et aux Etats-Unis. D'après certains rapports, les autorités américaines ont déjà demandé à Budapest de clarifier sa loi.
Les hommes et femmes politiques hongrois ont parlé de changement pacifique des frontières, de la construction d'une nouvelle Europe centrale, de "magyarité", et d'un Etat hongrois de 15 millions de personnes. A l'heure actuelle, le pays compte 10 millions d'habitants.
Zsolt Németh, secrétaire d'Etat au ministère hongrois des affaires étrangères, a affirmé que la double nationalité faisait partie de la construction de la nouvelle Europe centrale.
Le vice-premier ministre Zsolt Semjén a dit que la Hongrie ne devait pas prêter attention à l'avis de l'UE concernant sa politique de construction d'une "magyarité" universelle.
La double nationalité peut déboucher sur un instrument hongrois général faisant de l'Etat hongrois l'Etat de tous les hongrois, qui sont au nombre de 15 millions.
Les diplomates suspectent la Hongrie de s'engager dans un révisionnisme historique. Plus tôt dans la semaine, le Parlement hongrois a adopté une loi nommant le 4 juin "journée de l'unité nationale" en commémoration de la signature du Traité de Trianon à Versailles en 1920, qui mit fin à la Première Guerre mondiale.
La déclaration du Parlement était un acte symbolique. Ne vous affolez pas, a-t-on dit à EURACTIV suite aux inquiétudes exprimées par certaines capitales européennes.
Des fonctionnaires hongrois ont également dit à leurs homologues que la loi sur la citoyenneté était une question de politique interne, et que le parti au pouvior, le Fidesz, étant forcé de tenir les promesses qu'il avait faites avant les élections d'avril.
Ceci n'a toutefois pas empêché les diplomates d'exprimer leurs craintes quant à la présidence de l'UE de la Hongrie, qui doit commencer le 1er janvier 2011.
Fico gagnant, mais la coalition reste floue
Les analystes suggèrent que chaque vote sera décisif lors des élections de demain. Il y a de grandes chances pour que le parti SMER du premier ministre sortant Robert Fico remporte la majorité des votes, laissant les opposants politiques relativement loin derrière.
Mais la question est de savoir si M. Fico sera en mesure de former un gouvernement, étant donné qu'au moins un de ses actuels partenaires de coalition n'aura probablement pas de siège du Parlement. Les partis d'opposition du centre droit déclare qu'il ne rentreront pas au gouvernement sous le SMER, mais espèrent d'une manière ou d'une autre qu'ils pourront mettre en place une coalition de 4 ou 5 partis de centre droit.
M. Fico a qualifié la possibilité d'une telle coalition d'agglutinement de droite, illustrant une campagne électorale qui s'est avérée particulièrement offensive au final.
Jeudi, deux jours avant les élections, le plus grand quotidien slovaque, le SME, a publié un transcript d'un enregistrement radio dans lequel M. Fico, ou du moins une voix similaire à la sienne, a évoqué une collecte de fonds qui ne devrait pas être rapportée dans les comptes officiels du parti.
Une accusation similaire contre le principal parti de l'opposition, le SDKÚ, a conduit à la démission de l'ancien premier ministre Mikuláš Dzurinda, qui s'est retiré des élections présidentielle de 2009 en faveur d'Iveta Radi?ová, qui a échoué. Il est cependant resté l'un des leaders du parti.
Les derniers sondages d'opinion laissent penser que le SMER bénéficie d'un soutien croissant de l'opinion – presque 5 % d'opinions favorables en un mois. Selon ces sondages, un plus grand nombre de partis pourraient être représentés au Parlement slovaque après les élections. Au moins deux nouveaux partis ont une chance de passer le seuil de 5 % – le parti libéral SAS (liberté et solidarité), et Most-Hid, le parti qui promeut la réconciliation entre la Slovaquie et la Hongrie.
Concurrence pour le vote nationaliste
D'après les analystes, le SMER a réussi à occuper le terrain du parti nationaliste et extrémiste SNS (parti national slovaque), qui a remporté 11,6 % des voix lors des élections de 2006.
Le SNS a été contraint durant la campagne d'utiliser bien plus de rhétorique extrémiste, se focalisant sur les Roms. Il avait des affiches électorales clairement racistes, avec une image d'un Rom tatoué, accompagné du texte : Votez SNS. Ainsi vous ne nourrirez pas ceux qui sont réticents au travail. Ils voulaient par là éviter que leurs voix aillent à un parti de droite encore plus extrémiste, Notre Slovaquie", rapporte EURACTIV Slovaquie.
Inondations et football
Les partis se tirent également dans les pattes pour savoir comment trouver l'argent pour ceux qui ont été affectés par les inondations sans précédent qui ont frappé le pays ces jours-ci. Le SMER propose d'utiliser une partie du financement que les partis politiques reçoivent du budget public. Le parti KDH (chrétien démocrate) de l'opposition, quant à lui, veut réallouer l'argent destiné au stade de football national.
Quant aux citoyens, les élections ne semblent pas être leur principale inquiétude.
Mardi (15 juin), l'équipe nationale slovaque de football jouera son tout premier match de Coupe du monde, contre la Nouvelle Zélande.
La compétition, qui commence aujourd'hui, est une autre raison qui fait dire aux analystes que le taux de participation aux élections sera l'un des plus bas de l'histoire moderne du pays.