La guerre commerciale de Donald Trump va fragiliser la croissance mondiale, avertit l’OCDE

Les surtaxes douanières imposées par Donald Trump à ses partenaires vont fortement peser sur la croissance américaine et mondiale, a averti l’OCDE.

EURACTIV France avec AFP
US President Trump signs executive order in Oval Office
Le taux effectif des droits de douane américains sur les marchandises importées est passé en mai selon l’OCDE de 2 % à 15,4 %, au plus haut « depuis 1938 ». [EPA-EFE/ALEXANDER DRAGO]

Les surtaxes douanières imposées par Donald Trump à ses partenaires vont fortement peser sur la croissance américaine et mondiale, a averti l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) au cours d’une conférence à Paris à l’occasion de laquelle des négociations commerciales se tiennent entre Américains et Européens.

« L’environnement économique mondial est devenu beaucoup plus difficile », a reconnu mardi 3 juin le secrétaire général de l’OCDE Mathias Cormann au cours d’une conférence de presse au siège de l’institution à Paris, citant la nouvelle donne des droits de douane.

Du fait de la politique commerciale américaine, « nous avons revu en baisse la croissance de quasiment chaque économie dans le monde », a indiqué à l’AFP l’économiste en chef de l’institution, Alvaro Pereira, à l’occasion d’un entretien à la veille de la publication des prévisions économiques de l’OCDE.

Cette organisation, qui rassemble 38 pays développés, tient une réunion ministérielle mardi et mercredi à Paris.

Des discussions entre le représentant américain au Commerce (USTR) Jamieson Greer et le commissaire européen au Commerce Maroš Šefčovič sur les droits de douane doivent aussi avoir lieu en marge de cette rencontre, ainsi qu’un G7 centré sur le commerce mercredi matin.

« Nous devons parvenir à des solutions négociées et ce, le plus rapidement possible, car le temps presse », a affirmé mardi la ministre allemande de l’Économie, Katherina Reiche, en marge de cette conférence, à la veille d’un potentiel doublement des surtaxes américaines sur l’acier et l’aluminium importés, à 50 %.

Un avis partagé par l’institution parisienne dont font partie les États-Unis et la plupart des pays de l’UE : « la meilleure option c’est “asseyez-vous, passez un accord et tout le monde s’en portera mieux” », a exhorté Alvaro Pereira.

À peine revenu à la Maison-Blanche, en janvier, le président américain a imposé des droits de douanes aux partenaires des États-Unis.

Cela a créé un climat d’incertitude pour les entreprises en raison de ses annonces, alternant pauses mais aussi brutaux durcissements, à l’instar de sa décision vendredi dernier d’un doublement de la surtaxe sur l’acier et l’aluminium à 50 % dès ce mercredi 4 juin.

Dynamisme révolu

L’activité économique avait profité d’un effet Trump « à la fin de 2024 et au premier trimestre de 2025 » en raison du désir des entreprises de reconstituer des stocks avant que le couperet des droits de douane ne tombe, indique l’OCDE.

« Néanmoins, certains signes apparaissent annonçant une dégradation de ces résultats », s’alarme l’institution, en citant le plongeon des prix du transport maritime par conteneurs entre Shanghai et les États-Unis, conséquence directe du bras de fer entre Pékin et Washington, adouci par la conclusion d’un accord en avril.

La crainte est d’autant plus grande que « les États-Unis constituent un marché d’exportation important pour un certain nombre de pays », développe l’institution.

Le taux effectif des droits de douane américains sur les marchandises importées est passé en mai selon l’OCDE de 2 % à 15,4 %, au plus haut « depuis 1938 ».

L’Amérique souffre

La croissance mondiale va souffrir, attendue à 2,9 % cette année et l’an prochain, en baisse respectivement de 0,2 et 0,1 point de pourcentage par rapport aux précédentes estimations de l’OCDE en mars.

Il s’agirait de la plus faible progression annuelle depuis la pandémie de Covid-19.

La croissance américaine va « nettement ralentir », prévoit l’OCDE : le produit intérieur brut (PIB) devrait progresser en 2025 de 1,6 % contre 2,2 % anticipé en mars. Le ralentissement est plus modeste pour 2026 avec 1,5 % contre 1,6 % prévu en mars.

« Il faut garder son sang froid et démontrer toujours que la mise en place de ces droits de douane n’est dans l’intérêt de personnes, à commencer par l’économie américaine », a indiqué mardi le ministre français délégué au Commerce extérieur Laurent Saint-Martin, à l’OCDE.

Outre la guerre commerciale, « une nouvelle contraction de l’immigration nette et une réduction du nombre de fonctionnaires du gouvernement fédéral devraient affaiblir la croissance » américaine, poursuit l’OCDE en référence à la politique appliquée par Donald Trump.

« Grâce aux droits de douane, notre économie est EN PLEIN ESSOR », s’est pourtant vanté sur son réseau Truth Social le président américain mardi peu avant la présentation de l’OCDE.

L’inflation aux États-Unis devrait par ailleurs rester à un niveau élevé, ajoute l’OCDE qui prévoit 3,2 % cette année et 2,8 % l’an prochain, soit environ un point de plus qu’en zone euro.