La Grèce n’est pas un cas isolé
Alors que les chefs d’État et de gouvernement réunis à Bruxelles en Conseil européen les 25 et 26 mars se sont finalement mis d’accord sur un mécanisme pour aider la Grèce, les difficultés de refinancement pourraient toucher d’autres pays européens dans les prochains mois.
Alors que les chefs d’État et de gouvernement réunis à Bruxelles en Conseil européen les 25 et 26 mars se sont finalement mis d’accord sur un mécanisme pour aider la Grèce, les difficultés de refinancement pourraient toucher d’autres pays européens dans les prochains mois.
Si les conditions de refinancement sont actuellement globalement bonnes pour la plupart des États de la zone euro, les conditions pourraient être plus dures dans les prochains mois, en raison notamment du retrait des banques centrales du marché obligataire en 2010. « Il existe une tendance à la réappréciation du risque souverain sur les marchés», a déclaré Anton Brender, chef économiste chez Dexia Asset Management, à l’occasion d’une conférence organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) le 25 mars.
Cette réappréciation affecterait tous les pays. La dette moyenne des pays du G20 devrait passer de 99 % du produit intérieur brut (PIB) en 2009, à 107 % en 2010 et 118 % en 2014, selon le FMI. Mais, les pays développés devraient être plus lourdement touchés car ils sont entrés dans la crise avec des dettes plus élevées que celles des pays émergents. Sans compter que les perspectives de croissance sont plus fortes chez ces derniers.
En témoigne l’évolution des primes de risque des CDS (Credit Default Swaps), selon Anton Brender. Les primes de CDS permettent d’estimer les probabilités de défaut anticipées par les marchés et sont ainsi un indicateur des craintes sur la solvabilité des États. Selon Anton Brender, les primes de risques des pays développés étaient plus élevées en février 2009 que celles des pays émergents alors que la situation était inversée un an auparavant. En cause : la situation financière préoccupante des pays développés.
Ainsi, la Grèce n’est pas un cas unique. Les courbes des primes de risques de la Californie ou de l’Illinois sont fortement similaires à celle d’Athènes. La pression que subit l’Europe s’inscrit donc dans un mouvement général de défiance vis-à-vis des États fortement endettés.
Réponse de l’Union européenne
Si la comparaison avec les États américains s’arrête là, puisqu’ils bénéficient de transferts financiers importants de l’État fédéral qui permettent d’éviter un défaut de leur part, elle a le mérite de poser la question de la réponse européenne à cette menace.
Selon le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, le plan de redressement financier adopté par la Grèce ne justifie plus l’intervention du FMI. Il a ajouté, lors d’une audition le 24 mars à la Commission des finances de l’Assemblée nationale, que le FMI n’avait pas plus à apporter au plan de redressement de la Grèce qui était reconnu comme crédible.
Jean Pierre-Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers a souligné quant à lui que les marchés demandaient une surveillance permanente de la Grèce pour avoir davantage de visibilité sur la situation financière du pays. A ce titre, l’intervention du FMI ne lui « pose pas de problèmes » car le FMI a les outils adéquats pour effectuer cette surveillance, outils que l’Union européenne ne possède pas.
Enfin, au-delà du cas de la Grèce, c’est la question d’un gouvernement économique qui est également au programme du Conseil européen. Pour Antonio Missiroli, analyste au European Policy Center « la crise a montré les limites structurelles de l’Union monétaire. Sans coordination des politiques budgétaires et sans mécanisme de solidarité, elle a du mal à tenir. » Le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a annoncé qu’il était temps d’agir pour lutter contre l’augmentation des déficits. Il est d’autant plus temps que l’abaissement de la note du Portugal par l’agence de notation Fitch, le 24 mars, a fait resurgir le scénario d’un jeu de dominos européen.