La Grèce et la Turquie opèrent un timide rapprochement

La rencontre entre le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis et le président turc Recep Tayyip Erdoğan à Ankara s’est déroulée dans une « atmosphère positive », mais des questions épineuses et des désaccords subsistent.

Euractiv.com
Greek Prime Minister Kyriakos Mitsotakis visits Turkey
Les questions politiques sensibles telles que la délimitation du plateau continental et de la zone économique exclusive dans la mer Égée et en Méditerranée orientale ont été esquivées, du moins publiquement. [[EPA-EFE/NECATI SAVAS]]

La rencontre entre le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis et le président turc Recep Tayyip Erdoğan à Ankara s’est déroulée dans une « atmosphère positive », mais des questions épineuses et des désaccords subsistent.

« À côté de nos désaccords, nous pouvons ajouter une page avec nos accords », a déclaré M. Mitsotákis lors d’une conférence de presse conjointe après la rencontre.

La Grèce et la Turquie, toutes deux membres de l’OTAN et ennemies historiques, sont depuis longtemps en désaccord sur des questions telles que les frontières maritimes, les ressources énergétiques en Méditerranée orientale, les vols au-dessus de la mer Égée et la division ethnique de Chypre.

Les relations entre les deux pays ont été marquées par plusieurs années de tensions, avec un pic en 2022. Ces relations se sont toutefois apaisées à l’été 2023, les deux gouvernements ayant commencé à prendre des mesures, notamment après les victoires de M. Erdoğan et de M. Mitsotákis au terme des élections dans leurs pays respectifs.

Le Président turc s’était rendu à Athènes en décembre dernier, une visite qui avait été conclue par la signature de la « Déclaration d’Athènes » visant à jeter les bases d’une feuille de route pour le rétablissement des relations bilatérales.

Au terme de leur rencontre de lundi, les deux dirigeants sont allés de l’avant, signant des accords pour une plus grande coopération dans la réponse et la gestion des catastrophes naturelles et des situations d’urgence, ainsi que pour l’établissement du Conseil d’affaires gréco-turc.

Ils ont également convenu d’une feuille de route pour des visites bilatérales dans les mois à venir.

Les deux pays ont également concly qu’il était primordial de maintenir les canaux de communication ouverts malgré les problèmes non résolus.

Cependant, les questions politiques sensibles telles que la délimitation du plateau continental et de la zone économique exclusive dans la mer Égée et en Méditerranée orientale — les deux questions qu’Athènes reconnaît comme étant « en suspens » — ont été mises de côté, du moins publiquement.

De son côté, la Turquie souhaite que d’autres questions soient mises à l’ordre du jour, telles que celle de la démilitarisation des îles grecques voisines des côtes turques ou encore la question de la minorité musulmane dans le nord-est de la Grèce, que la Turquie qualifie de « turque ».

M. Erdoğan a de nouveau fait référence lundi à une minorité « turque » en Grèce, ce qui a quelque peu irrité le dirigeant grec.

Bruxelles et Washington poussent depuis des années pour que les deux pays mettent de côté leurs différences et trouvent un terrain d’entente sur les questions en suspens.

« Les États-Unis soutiennent les discussions bilatérales à tous les niveaux pour que la Grèce et la Turquie travaillent ensemble à la promotion de la paix, de la sécurité et de la prospérité dans la région », a confié lundi un porte-parole du département d’État des États-Unis à l’agence de presse Anadolu.

Divergence de vues sur le Hamas

L’évolution de la situation au Moyen-Orient était également à l’ordre du jour, les deux dirigeants ayant des points de vue divergents sur la manière dont il faut qualifier le Hamas palestinien.

« La position d’Athènes est qu’Israël avait tout à fait le droit de se défendre contre une organisation terroriste [le Hamas] qui ne représente même pas le peuple palestinien. Mais nous sommes d’accord sur le fait que l’usage asymétrique de la force [dans la guerre qui oppose Israël et le Hamas] doit cesser », a affirmé M. Mitsotákis.

Le président turc a quant à lui déclaré que la communauté internationale devait dénoncer avec plus de force la mort de 35  000 civils lors de la riposte d’Israël contre le Hamas.

« Le Hamas est une organisation de résistance qui se bat pour ses territoires. Nous serions consternés si vous la considériez comme une organisation terroriste », a noté le président turc.

« Acceptons d’être en désaccord », a rétorqué M. Mitsotákis, cité par Reuters.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]