La Grèce et l'Italie misent sur des technocrates pour restaurer la confiance
L'Italie et la Grèce ont toutes deux choisi des technocrates pour diriger leur pays, alors que la crise continue de faire rage dans la zone euro. Les dirigeants européens ont félicité le nouveau premier ministre grec, Lucas Papademos, et Mario Monti, à qui le président italien a demandé hier (13 novembre) de former un nouveau gouvernement. Une réaction favorable des marchés est attendue avec grande impatience.
L'Italie et la Grèce ont toutes deux choisi des technocrates pour diriger leur pays, alors que la crise continue de faire rage dans la zone euro. Les dirigeants européens ont félicité le nouveau premier ministre grec, Lucas Papademos, et Mario Monti, à qui le président italien a demandé hier (13 novembre) de former un nouveau gouvernement. Une réaction favorable des marchés est attendue avec grande impatience.
Dimanche, le président italien, Giorgio Napolitano, a demandé à l'ancien commissaire européen Mario Monti de former un gouvernement pour rétablir la confiance des marchés en une économie dont la dette est trop importante pour être sauvée par la zone euro.
M. Monti s'est forgé une réputation de commissaire à la concurrence influent, en gérant les dossiers des géants General Electric et Microsoft pour mettre un frein à la fusion de GE et de son rival Honeywell et en infligeant une amende antitrust record de 497 millions d'euros au géant de l'informatique.
Son expertise technique, sa vivacité d'esprit et ses compétences diplomatiques, assorties à son refus de se plier aux pressions intenses des lobbies en on fait l'un des représentants de la Commission les plus réputés.
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, et le président du Conseil, Herman Van Rompuy, ont salué cette nomination.
« Nous pensons que cette nomination envoie un signal encourageant — suite à l'adoption rapide de la loi sur la stabilité budgétaire de 2012 — aux autorités italiennes dans leur détermination à surmonter la crise actuelle », ont-ils déclaré dans un communiqué.
« Le professeur [Monti] a été acclamé à travers l'Europe comme le dirigeant qui donnera un nouveau souffle aux pays », a écrit EURACTIV Italie.
Mario Monti a participé à la cérémonie d'inauguration d'EURACTIV Italie le 17 octobre, où il avait expliqué, lors d'un discours, qu'il n'y avait pas de crise de l'euro dans la mesure où il n'y avait pas de symptômes d'une monnaie, d'une inflation et d'un taux d'échange faible. L'Europe traverse en fait une crise de la dette publique et du système bancaire, qui peut être enrayée par le biais de réformes structurelles rigoureuses, avait-t-il alors déclaré.
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Les investisseurs le jugeront sur ses capacités de dirigeant lorsque la trésorerie italienne demandera aujourd'hui (14 novembre) aux investisseurs d'enchérir sur jusqu'à 3 milliards d'euros obligations d'Etat à cinq ans. Lors d'une enchère la semaine dernière, les coûts d'emprunt du gouvernement ont dépassé les 6 % et continué à grimper pour atteindre des niveaux bien supérieurs à ce que le pays serait en mesure de payer sur le long terme.
En Asie, les bourses et l'euro ont remonté, stimulés par la perspective d'actions décisives que pourraient entreprendre M. Monti et le nouveau premier ministre grec.
« Symboliquement peut-être [la démission de M. Berlusconi ] a eu un effet positif. Le message a été clair : l'Italie peut clore un chapitre de son histoire, même si c'est arrivé par la manière forte. Peu importe qui donne l'ordre, la crise sera une pilule difficile à avaler », a affirmé Jack Ablin, le directeur des investissements chez Harris Trust à Chicago, qui gère 50 milliards de dollars ( 36,7 milliards d'euros).
Le fardeau qui pèse sur les gouvernements
Dimanche, le premier ministre sortant, Silvio Berlusconi, a lancé un dernier appel à la Banque centrale européenne (BCE) pour qu'elle joue le rôle de prêteur de dernier recours afin de soutenir l'euro.
« La crise touche à présent notre monnaie commune, l'euro, qui ne bénéficie pas du soutien nécessaire à toutes les devises », a-t-il déclaré dans un message vidéo.
Mais les décideurs de la BCE ont clairement annoncé qu'il était du devoir des gouvernements de ramener la taille de leur dette à un niveau gérable. Ils ont également critiqué les dirigeants mondiaux qui veulent que la Banque intensifie ses interventions sur les marchés obligataires pour protéger l'Italie et d'autres pays débiteurs vulnérables.
« Le financement monétaire (de la dette du gouvernement) instaurera de mauvaises motivations, négligera le problème de fonds, violera les fondements juridiques sur lesquels nous travaillons, et détruira la crédibilité et la confiance en les institutions », a déclare au Financial Times Jens Weidmann, un membre du directoire de la BCE, en ajoutant qu'il était convaincu que « l'Italie saura apporter des solutions ».
M. Papademos face au FMI et aux manifestants
Alors que les problèmes de l'Italie et le départ interminable de son extravagant premier ministre ont éclipsé de la scène médiatique la chute de l'économie grecque, bien plus petite, le FMI et les dirigeants européens comptent sur M. Papademos pour mettre en œuvre les réformes radicales qui devraient permettre au pays d'éviter la faillite.
M. Papademos est le successeur de George Papandreou, dont la proposition d'organiser un référendum sur le sauvetage du pays a poussé les dirigeants européens à intensifier la menace d'une sortie de la Grèce de la zone euro.
Le nouveau gouvernement rassemble les principaux acteurs de l'administration socialiste de M. Papandreou — notamment le ministre des finances Evangelos Venizelos — et des membres du parti conservateur de l'opposition, Nouvelle démocratie.
Le gouvernement inclut également le parti Alerte populaire orthodoxe (LAOS), qui a remporté un portefeuille, le premier parti d'extrême droite dans cette position depuis le renversement de la junte militaire il y a presque quatre décennies.
M. Papademos, ancien membre de la Banque centrale qui a supervisé l'adhésion de son pays à la zone euro en 2002, doit remporter un vote de confiance avant la réunion des ministres de la zone euro à Bruxelles jeudi prochain, a rapporté la télévision nationale, où il devrait annoncer les grandes lignes du projet de budget pour l'année prochaine avant de soumettre ses propositions au parlement.
Selon des sondages publiés dans les journaux de dimanche, M. Papademos serait soutenu par trois Grecs sur quatre. Il devra cependant faire face aux manifestations prévues lundi après-midi devant le parlement à l'initiative des manifestants de gauche qui accusent le nouveau gouvernement d'agir dans l'intérêt des banques.
Dans le même temps, les inspecteurs de la «troïka», le Fonds monétaire international, la BCE et l'UE, devraient arriver à Athènes dès lundi, accentuant ainsi la pression sur la Grèce afin qu'elle soit en mesure de bénéficier d'un second sauvetage de 130 milliards d'euros et d'une tranche du premier sauvetage de 8 milliards d'euros nécessaire au financement d'obligations dues à la fin du mois, selon des données de Reuters.
« La situation est malheureusement en train de virer en cercle vicieux », a déclaré M. Ablin de Harris Trust. « Il s'agit d'une crise du secteur bancaire qui s'est transformée en une crise de la dette souveraine, et qui revient à présent à une crise des banques. »
Angela Merkel veut « davantage d'Europe »
Le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a déclaré que l'UE et le FMI ne verseraient pas cette tranche d'aide sans un engagement écrit de tous les partis grecs quant à leur soutien aux mesures à mettre en œuvre. Le leader de Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, qui n'affiche qu'un soutien modéré au gouvernement d'unité, a toutefois déclaré qu'il ne signerait rien sous la pression extérieure.
À Rome, la population a bien accueilli la nouvelle de la démission de M. Berlusconi, l'un des hommes les plus fortunés du pays, qui a été au cœur de multiples scandales. Les Italiens ont célébré la nouvelle avec des bouteilles de Champagne, des danses, des chants, et un orchestre improvisé a joué le chœur Hallelujah du Messie de Handel.
La chancelière allemande, Angela Merkel, s'est félicitée de cette nouvelle qui devrait mettre fin à des semaines d'incertitude en Italie, en déclarant que l'approbation d'un paquet de réformes au parlement, samedi, était « réjouissant ».
Dimanche, elle a également exhorté les Etats membres de la zone euro à donner davantage de pouvoirs à Bruxelles et s'est déclarée favorable à une union budgétaire plus étroite.
Elle a déclaré à la chaîne de télévision allemande ZDF : « Nous voulons conserver l'euro, mais aussi tous les Etats membres qui utilisent la monnaie unique. Mais cela requiert un changement fondamental de notre politique, et une plus grande implication de l'Europe. »