La Grèce enferme ses demandeurs d'asile pour éviter l'expulsion de l'espace Schengen
Afin d'éviter que leur pays soit éjecté de l'espace Schengen de libre circulation, les autorités grecques ont décidé d'accélérer la construction de centres d'asile à l'allure de prisons. Les demandeurs d'asile ne devraient pas être traités comme des prisonniers, mais selon Athènes, la France et l'Espagne ne se sont pas gênées pour construire des installations similaires.
Afin d'éviter que leur pays soit éjecté de l'espace Schengen de libre circulation, les autorités grecques ont décidé d'accélérer la construction de centres d'asile à l'allure de prisons. Les demandeurs d'asile ne devraient pas être traités comme des prisonniers, mais selon Athènes, la France et l'Espagne ne se sont pas gênées pour construire des installations similaires.
Michalis Chrisochoidis, le ministre grec de la protection civile, a expliqué le 26 mars dernier que la Grèce risquait de se faire expulser de l'espace Schengen si elle ne parvenait pas à gérer son immigration illégale d'ici le mois de juin lorsqu'une équipe d'évaluation de l'UE se rendra sur place.
La Grèce rencontre des difficultés pour contrôler ses côtes et sa frontière de 130 km avec la Turquie. Elle subit de plus en plus de pressions de ceux qui réclament qu'elle contrôle davantage les flux migratoires. Les autorités grecques ont rapporté qu'environ 90 % des immigrés clandestins dans l'UE entraient par la Grèce, la plupart d'entre eux fuyant les conflits et la pauvreté au Moyen-Orient et en Afrique.
Les tribunaux de plusieurs autres Etats membres de l'Union ont statué que la Grèce ne respectait pas les normes minimales sur le traitement des demandeurs d'asile. Par conséquent, les immigrés clandestins qui arrivent dans ces pays ne peuvent pas être renvoyés en Grèce, leur point d'entrée, comme ce devrait être le cas conformément au droit européen.
Les pays de l'espace Schengen ont la possibilité d'instaurer des contrôles temporaires aux frontières dans des cas exceptionnels, comme les menaces à leur sécurité intérieure. Le Danemark avait menacé d'avoir recours à ce système l'an dernier, car il se disait menacé par des immigrés clandestins et des criminels.
A propos du problème de la Grèce, le président français, Nicolas Sarkozy, a déclaré dans un récent discours qu'un pays qui avait des difficultés à contrôler ses frontières devrait être exclu de l'espace Schengen.
La France souhaiterait également que la gouvernance de Schengen s'opère au niveau intergouvernemental et qu'elle ne soit donc plus aux mains de la Commission européenne.
L'Attique montre la voie
Les autorités grecques ont annoncé le 27 mars qu'elles prévoyaient de créer des centres fermés pour accueillir les immigrés clandestins dans dix régions.
Le gouvernement de l'Attique, la péninsule où se situe Athènes, a déjà approuvé la création de trois centres fermés. Dans les prochains mois, les maires de l'Attique devront déterminer où seront situés exactement ces centres de détention, a rapporté la presse grecque.
Giannis Sgouros, le gouverneur de l'Attique, a déclaré qu'il s'agissait d'un mal nécessaire en raison de la menace de l'expulsion de Schengen qui aurait des conséquences désastreuses pour le pays.
La région dispose d'une semaine pour donner son accord à la création de centres fermés pour les immigrés clandestins et pour proposer différents sites à cette fin.
Dans une déclaration écrite, M. Chrisochoidis a salué ce projet et s'est dit optimiste quant au fait que cet exemple sera suivi par les autres régions sur la partie continentale du pays.
Dans la mesure où ce projet reste en suspend pour les neuf autres régions, les forces de police et le ministère de la défense nationale sont en train d'établir une liste de sites disponibles.
Des sources proches de M. Chrisochoidis ont affirmé que cette liste serait finalisée au plus tard lundi. Le ministère de la défense a déjà soumis des propositions quant à l'utilisation de certaines de ses installations.
Certains problèmes ont cependant émergé.
Par exemple, il a été envisagé d'utiliser un camp militaire abandonné à Amfilochia, mais il s'est par la suite avéré que ce site appartenait à la municipalité.
Le parti Nouvelle démocratie de centre-droit, en tête des sondages en amont des élections anticipées du 6 mai prochain, soutient la création de ces centres de détention.
« Nous sommes confrontés à un problème national », a déclaré Fotini Pipili, un membre du parlement, à la chaîne télévisée SKAI.
En revanche, le parti LAOS d'extrême droite a insisté sur le fait que le pays devrait davantage avoir recours au renvoi des immigrés clandestins dans leur pays d'origine, au lieu de les héberger.
Les médias grecs ont beaucoup parlé des centres fermés des autres pays de l'UE. Un centre dans le nord-ouest de Paris et un autre près de Lille ont été cités comme des « exemples typiques ».
Des centres similaires existent à Tenerife, la plus grande île des Canaries, et à Valence, la troisième ville la plus peuplée d'Espagne.