La Grande-Bretagne refuse les objectifs de l'UE en matière d'éducation

Hier (14 février), à Bruxelles, la Grande-Bretagne s'est opposée à la Commission européenne lors d'une réunion des ministres de l'éducation, refusant de coopérer avec l'UE pour fixer les objectifs nationaux concernant les jeunes en décrochage scolaire et l'enseignement supérieur.

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Hier (14 février), à Bruxelles, la Grande-Bretagne s'est opposée à la Commission européenne lors d'une réunion des ministres de l'éducation, refusant de coopérer avec l'UE pour fixer les objectifs nationaux concernant les jeunes en décrochage scolaire et l'enseignement supérieur.

Les ministres de l'éducation de l'UE se sont rassemblés hier pour discuter de leurs efforts au sujet de la réalisation des objectifs définis dans la stratégie Europe 2020 en matière de croissance et d'emploi.

Bon nombre d'entre eux se sont vus attribuer de mauvaises notes par Androulla Vassiliou, la commissaire européenne en charge de l'éducation, de la culture, du multilinguisme et de la jeunesse, lorsqu'ils se sont rendus à Bruxelles pour la réunion du Conseil d'hier (14 février).

Selon la commissaire chypriote, les plans voués à lutter contre le décrochage scolaire et à promouvoir l'enseignement supérieur ne sont pas « suffisamment ambitieux ».

« Bien souvent, les objectifs nationaux ne vont pas assez loin pour satisfaire les attentes au niveau européen en ce qui concerne le décrochage scolaire et le nombre de diplômés », a mis en garde Mme Vassiliou.

Dans le même temps, la délégation britannique qui s'est rendue à cette réunion s’est montrée rebelle et a refusé d'établir des objectifs nationaux comme cela avait été convenu, clamant qu'elle n'avait aucune obligation légale de le faire.

Retour à la case départ

La commissaire a demandé aux ministres de rentrer chez eux et de travailler plus dur pour présenter de nouveaux objectifs qui permettront de contribuer davantage à la réalisation des buts qui ont déjà été définis au niveau de l'UE dans le cadre de la stratégie Europe 2020.

Deux objectifs principaux dans le domaine de l'éducation. Le premier est de s'assurer que 9 jeunes sur 10 terminent leurs études secondaires en réduisant le taux de décrochage scolaire à moins de 10 %, ce taux étant de 14 % aujourd'hui.

Le second est d'améliorer l'accès à l'enseignement supérieur, dans le but d'augmenter la proportion de jeunes adultes qui obtiennent un diplôme universitaire ou équivalent, de 33 % à au moins 40 %.

« Nous avons demandé aux Etats membres d’aligner les objectifs nationaux sur les objectifs européens, et la plupart d'entre eux l'ont déjà fait », a expliqué Mme Vassiliou lundi.

Des Néerlandais en retard et des Britanniques belliqueux

Malheureusement pour la commissaire, il semblerait qu'elle ne puisse pas compter sur la coopération de tous les Etats membres de l'UE. Deux pays n'avaient même pas fait ce qui leur avait été demandé pour le Conseil de lundi matin.

Les Pays-Bas ont prétendu qu'ils n'avaient pas pu se mettre d'accord sur des objectifs provisoires car un « nouveau » gouvernement venait d'être formé, alors que celui-ci était en réalité déjà en place depuis quatre mois. Mais, au moins, les Néerlandais ont promis qu'ils fixeraient bientôt leurs objectifs.

Le Royaume-Uni pose quant à lui un problème plus sérieux. Il se comporte comme un enfant indiscipliné au fond de la classe en refusant de coopérer avec la commissaire.

Mme Vassiliou a déclaré que le Royaume-Uni affirmait ne pas être obligé de définir des objectifs nationaux, malgré son vote en faveur des objectifs européens lors de leur définition par le Conseil européen l'été passé.

Les conclusions de la réunion du Conseil européen du 17 juin 2010 clarifient les objectifs principaux de la stratégie Europe 2020, stipulant clairement que « les États membres doivent maintenant agir pour mettre en œuvre ces priorités à leur niveau ».

Les dirigeants de l'UE se sont mis d'accord sur le fait que les Etats membres, « en concertation étroite avec la Commission, devraient arrêter rapidement leurs objectifs nationaux, en tenant compte des positions de départ et des situations qui sont les leurs et conformément à leurs procédures nationales de décision ».

Les Britanniques affirment aujourd'hui que les conclusions du Conseil européen ne sont pas légalement contraignantes pour le Royaume-Uni. Ils font référence à une note de bas de page dans les annexes qui stipule que « la définition et la mise en œuvre d’objectifs quantitatifs dans le domaine de l’éducation relèvent de la compétence des États membres ».

En refusant d'annoncer des objectifs nationaux dans un domaine politique clé, les Britanniques pourraient être accusés de mettre à mal toute la stratégie Europe 2020, dont le succès dépend d'une coopération étroite entre les institutions de l'UE et les Etats membres.

Des objectifs plus ambitieux

La commissaire, qui s’est confiée aux journalistes après avoir discuté avec les ministres, s’est plainte que de nombreux objectifs nationaux actuellement sur la table n’allaient pas assez loin.

« Nous espérons que lorsque les Etats membres présenteront leurs objectifs nationaux définitifs et leurs programmes de réformes, ils seront plus ambitieux de manière à ce que nous soyons en position d’atteindre les buts que nous nous sommes fixés pour l’année 2020 », a déclaré Mme Vassiliou.

Répondant à une question d’EURACTIV, la Commissaire a concédé que le succès de la stratégie « Europe 2020 » dépendrait d'une coopération étroite avec les gouvernements nationaux.

 « Nous ne pouvons qu’encourager les Etats membres à se montrer plus ambitieux », a-t-elle déclaré, admettant que la Commission « ne peut pas exercer de pression sur eux ».

Mme Vassiliou pense que les leçons ont été tirées des expériences de la stratégie de Lisbonne, lancée en 2000, qui avait pâtit « d’objectifs trop nombreux » et du fait que « les Etats membres ne s'étaient pas appropriés les buts fixés ».

Contexte de mesures d’austérité

Lors de leur réunion de lundi, les ministres ont évoqué la contribution de l’éducation et de la formation à l’ensemble des objectifs de la stratégie « Europe 2020 », et la nécessité d’investir dans l’éducation malgré les pressions qui pèsent sur les dépenses publiques du fait des mesures d’austérité.

Rózsa Hoffman, ministre d’Etat pour l’éducation en Hongrie, qui présentait les conclusions de la réunion, a déclaré qu’un « investissement efficace et ciblé sur l’éducation » était nécessaire pour atteindre les objectifs de 2020 et « poser les bases d’une prospérité durable ».

Ce point a été souligné par la commissaire Vassiliou, qui a déclaré « que la réduction de nos ambitions pour l’enseignement supérieur témoignerait d’un manque de clairvoyance, au moment où nos concurrents ailleurs dans le monde augmentent leurs investissements pour répondre à la crise ».

Les ministres de l’éducation ont également discuté des propositions de la Commission sur l’initiative phare « une stratégie pour les nouvelles compétences et les nouveaux emplois », qui souligne la nécessité d’investir dans l’éducation et la formation conformément à la stratégie « Europe 2020 ».

Selon Mme Vassiliou, l’initiative est conçue pour « fournir les bonnes compétences aux personnes afin d'accentuer leur employabilité » et « leur permettre de mettre leurs compétences à jour en encourageant leur apprentissage en tant qu'adulte et en faisant de l’apprentissage tout au long de la vie une réalité ».

En soulignant l’importance des compétences de base telles que la lecture et l’écriture, la commissaire a mentionné le lancement récent d’un éminent groupe d’experts, qui s’est vu attribuer la tâche de trouver des moyens d’accroître le taux d'alphabétisation au sein de l’UE.