La Grande-Bretagne et la Pologne souhaitent une réforme « radicale » de la PAC
Londres et Varsovie se sont fermement opposées à la France au sujet de la prochaine réforme de la politique agricole commune. Ils estiment en effet que celle-ci défend des pratiques obsolètes et ils ont appelé à une « modernisation de l’agriculture européenne ».
Londres et Varsovie se sont fermement opposées à la France au sujet de la prochaine réforme de la politique agricole commune. Ils estiment en effet que celle-ci défend des pratiques obsolètes et ils ont appelé à une « modernisation de l’agriculture européenne ».
La politique agricole commune (PAC), qui absorbe près de 40 % des 130 milliards d'euros du budget annuel de l'UE, devrait faire l'objet d'une refonte pour se recentrer sur la compétitivité et la protection de l'environnement, ont déclaré ces deux pays dans un communiqué
L'appel conjoint des ministres de l'agriculture britannique et polonais, Jim Paice et Marek Sawicki, est survenu lors d'une réunion des ministres de l'agriculture à Bruxelles mardi (20 septembre), en amont des propositions de la Commission européenne vouées à réformer la PAC, prévues le 12 octobre.
Cette réforme devrait préparer l'agriculture européenne aux « défis et opportunités pour 2050 et au-delà […] plutôt que de défendre des pratiques révolues », ont-ils affirmé, appelant à une réduction des paiements directs versés aux agriculteurs.
Cet appel conjoint est en opposition directe au souhait de l'Hexagone de maintenir largement inchangées ces subventions directes. Les agriculteurs ont besoin d'un soutien financier pour faire face aux variations soudaines des prix du marché et garder une production agricole de base en Europe, selon la France.
Mettre l'accent sur le deuxième pilier
La Grande-Bretagne et la Pologne souhaitent toutefois une modification en profondeur de cette politique, qui mette l'accent sur la libéralisation du marché et des mesures environnementales. « Nous ferons pression pour une réforme ambitieuse de la PAC qui permette au secteur de répondre au marché mondial, et d'en tirer de meilleurs retours sur investissement », ont écrit les deux ministres.
« Nous souhaitons une réforme et une simplification de la PAC qui garantisse que les entreprises agricoles européennes soient viables et – une fois encore – au premier plan sur les marchés mondiaux ».
De manière plus spécifique, Londres et Varsovie souhaitent une réduction du « premier pilier » de la PAC, qui apporte un filet de sécurité en termes de revenus pour les agriculteurs, et un développement du « second pilier » qui traite des mesures de protection de l'environnement.
« La Grande-Bretagne souhaite une réduction des subventions allouées à la production agricole dans la réforme pour créer une industrie agricole plus compétitive, qui ne dépende pas de subventions directes », peut-on lire dans une déclaration faite par la représentation permanente de la Grande-Bretagne à l'UE à Bruxelles.
Plutôt qu'un soutien financier direct, les agriculteurs ont besoin d'être encouragés à se moderniser et d'être récompensés pour leurs actions en faveur de la protection de l'environnement, ont écrit les deux ministres.
« Nous pensons que la dimension environnementale positive de la modernisation, qui permettra une évolution vers des technologies de production agricoles plus respectueuses de l'environnement, devrait gagner en importance ». Il s'agit notamment de la disposition relative aux « biens publics environnementaux », tels que la protection de la biodiversité et les actions en faveur d'une eau et de sols plus sains.
Réduire le fossé est-ouest des revenus
Les deux ministres ont demandé une « convergence des taux des paiements directs » qui ont jusqu'ici été alloués selon les niveaux de production passés, ce qui a largement bénéficié aux agriculteurs d'Allemagne, de France et de Grande-Bretagne. Varsovie demande cette convergence depuis longtemps.
Cette proposition, déjà esquissée par la Commission en novembre de l'année dernière, réduirait peu à peu les disparités de revenus entre les agriculteurs des « anciens » pays d'Europe occidentale et ceux des pays plus récemment entrés dans l'Union, tels que la Pologne.
Les paiements versés aux anciens et aux nouveaux pays membres varient actuellement de plus de 500 euros par hectare en Grèce à moins de 100 euros en Lettonie. La Commission a par conséquent proposé de combler peu à peu ce fossé d'ici 2020.
La France, pour sa part, accepte que les Etats membres de l'Est reçoivent peu à peu plus d'argent, ce qui implique que sa part du gâteau soit diminuée. Toutefois, les représentants français à Bruxelles ont tourné cette déclaration britannico-polonaise en ridicule en affirmant que les deux pays étaient en réalité « en désaccord ».
« Derrière cette déclaration conjointe, il y a en réalité deux visions assez divergentes de l'agriculture », a déclaré ce représentant français, expliquant que la Pologne cherchait depuis longtemps à augmenter les paiements directs versés à ses agriculteurs et pâtirait d'une réduction des financements du premier pilier.
« C'est le mariage de la carpe et du lapin », s'est-il exclamé, affirmant que « les spécialistes de la PAC ne s'y tromperaient pas ».