La frustration de Silvio Berlusconi en amont du sommet de l'UE

Le premier ministre italien s'est rebellé en amont du sommet de l'UE prévu demain. Ce dernier devrait donner lieu à des mesures strictes visant à protéger l'euro de pays à risques comme l'Italie, dont la chute pourrait détruire la zone euro.

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Le premier ministre italien s'est rebellé en amont du sommet de l'UE prévu demain. Ce dernier devrait donner lieu à des mesures strictes visant à protéger l'euro de pays à risques comme l'Italie, dont la chute pourrait détruire la zone euro.

Suite aux réprimandes de Nicolas Sarkozy, le président français, et d'Angela Merkel, la chancelière allemande, lors du sommet de dimanche, Silvio Berlusconi a publié un communiqué, affirmant que personne dans l'UE n'avait le droit de s'autoproclamer commissaire et de donner la leçon aux autres gouvernements.

M. Berlusconi a souhaité riposter et a laissé entendre que la cause réelle de la crise de l'euro n'était pas les dépenses de l'Italie, mais bien la cupidité des banques françaises et allemandes.

« S'agissant des turbulences causées par la dette souveraine et la crise bancaire, notamment la crise franco-allemande, nos positions sur la question sont fermes et nous les exprimerons lors du prochain Conseil de l'UE », a déclaré M. Berlusconi.

Ces déclarations semblent de mauvais augure pour le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE. Il sera suivi par un sommet rassemblant les 17 pays de la zone euro. Cette réunion devrait notamment permettre d'augmenter la puissance de feu du FESF à environ 1000 milliards d'euros. Les marchés devraient se sentir rassurés par cette mesure, alors qu'ils s'inquiètent de plus en plus pour l'Italie, qui enregistre une dette de 1840 milliards d'euros et aurait besoin de 600 millions d'euros en cas de renflouement.

Selon le quotidien français Le Monde, un groupe de hauts fonctionnaires de la zone euro tenterait en ce moment d'élaborer une proposition pour un nouvel instrument financier avec pour objectif d'aider l'Italie. Ce fonds achèterait une part de la dette italienne sur le marché secondaire, afin d'éviter que les taux d'emprunt du pays ne s'envolent. Jusqu'à présent, c'est la Banque centrale européenne qui remplit cette mission, mais suite aux objections de l'Allemagne, il est clair que cela ne pourra pas continuer indéfiniment.   

La Commission européenne a insisté sur le fait que l'Italie devait respecter ses engagements sur l'austérité, la réforme des retraites et la révision de son système judiciaire. Amadeu Altafaj, un porte-parole de la Commission, a déclaré hier que les partenaires de l'Italie devaient être rassurés. Selon lui, la meilleure manière de parvenir à apaiser les craintes des investisseurs serait d'adopter un calendrier strict pour la mise en oeuvre des réformes.

Problèmes à la maison

De retour en Italie, M. Berlusconi ne s'est pas présenté hier au tribunal pour l'affaire Mills, dans laquelle il est accusé d'avoir soudoyé un avocat pour qu'il mente à son avantage. Il a par contre convoqué un conseil des ministres, indiquant qu'il était prêt à reculer l'âge de la retraite de 65 à 67 ans pour la plupart des secteurs publics et privés. Toutefois, son principal partenaire, la Ligue du Nord, sans lequel M. Berlusconi n'a pas la majorité au parlement, reste fermement opposé à cette mesure.

Selon une source diplomatique citée dans le journal Le Monde, l'Italie souffre d'un problème de leadership qui n'existe pas en Espagne.

M. Sarkozy a d'ailleurs affirmé que l'Espagne, précédemment mise dans le même panier que l'Italie, avait réalisé d'importants progrès. « Grâce aux efforts de M. Zapatero [le premier ministre espagnol] et au sens des responsabilités de l'opposition espagnole de M. Mariano Rajoy, l'Espagne n'est plus en première ligne », a-t-il affirmé.

La presse italienne s'est cependant montrée très critique face à l'attitude de M. Sarkozy lors de sa conférence de presse conjointe avec Mme Merkel.

Lorsqu'un journaliste lui a demandé si le premier ministre italien avait fourni de nouvelles garanties quant à la mise en oeuvre de réformes économiques et s'il sortait rassuré de sa réunion avec lui, il est resté silencieux quelques secondes, se tournant vers Mme Merkel, ce qui a fait rire les journalistes rassemblés pour l'évènement.

« Nous étions ensemble dans ce rendez-vous », a-t-il répondu, avant d'ajouter :  « Nous faisons confiance au sens de la responsabilité de l'ensemble des autorités italiennes politiques, financières et économiques ».

Pour une fois, même l'opposition a donné raison à M. Berlusconi.

« Je n'ai pas aimé le sourire sarcastique de M. Sarkozy », a affirmé Pier Ferdinando Casini, le président du parti UDC de l'opposition, cité dans la presse.