La France veut rattraper son retard sur la consigne du verre et du plastique

Le gouvernement a annoncé le retour de la consigne pour les bouteilles en verre en France d’ici à 2025. Les ONG s’en félicitent, mais attendent de nouvelles initiatives, notamment pour atteindre les objectifs européens en matière de recyclage du plastique.

Euractiv France
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Jeudi (22 juin), la secrétaire d’État chargée de l’Écologie, Bérangère Couillard, a annoncé que la reprise des bouteilles et des pots en verre deviendra bientôt obligatoire dans les supermarchés. [KILO LUX / Shutterstock.com]

Le gouvernement a annoncé le retour de la consigne pour les bouteilles en verre en France d’ici à 2025. Les ONG s’en félicitent, mais attendent de nouvelles initiatives, notamment pour atteindre les objectifs européens en matière de recyclage du plastique.

Jeudi (22 juin), la secrétaire d’État chargée de l’Écologie, Bérangère Couillard, a annoncé que la reprise des bouteilles et des pots en verre deviendra bientôt obligatoire dans les supermarchés.

« L’idée est de mettre en place un cadre juridique d’ici à la fin de l’année et de lancer des expérimentations, avant de généraliser le réseau d’ici à deux ans », a-t-elle déclaré.

L’annonce entre dans le cadre de la loi française sur l’économie circulaire (AGEC), adoptée en 2020 et qui prévoyait un débat cette année sur la mise en place de dispositifs de consigne pour le recyclage ou le réemploi des emballages.

Dès lors, une expérimentation sera mise en place cette année pour assurer un taux de réemploi de 10 % minimum pour les emballages en verre d’ici à 2027, a annoncé la secrétaire d’État.

Ces mesures entrent aussi dans le cadre de la directive européenne sur les déchets qui vise, notamment, à atteindre un taux de 75 % de recyclage pour le verre en 2030.

Les ONG se sont réjouies de l’annonce gouvernementale : « une excellente nouvelle, non seulement pour la planète et ses habitants, mais aussi pour l’économie française », a déclaré Charlotte Soulary, responsable du plaidoyer de Zero Waste France.

En revanche, les ONG appellent également à la prudence, car pour que les annonces soient suivies d’effet, encore faut-il qu’elles soient contraignantes.

« Il faudra imposer aux distributeurs la reprise des contenants en verre consignés, mais aussi et surtout augmenter les proportions d’emballages consignés pour réemploi à mettre chaque année sur le marché, et assurer un financement des structures de lavage », a souligné Charlotte Soulary.

D’autant que la directive européenne sur les déchets d’emballage est actuellement en cours de révision pour réévaluer à la hausse les objectifs de recyclage et de réemploi.

Le verre qui cache le plastique

En France, le taux de recyclage du verre est déjà bien supérieur aux objectifs fixés par l’UE, avec un taux de recyclage de 85 %.

Mais si le gouvernement pousse aujourd’hui à ce qu’ils atteignent des chiffres plus élevés encore, c’est aussi pour que ces mesures permettent de réduire la consommation de plastique.

Dans un rapport publié début juin, la Commission européenne rappelait en effet le retard de la France en la matière. Seuls 20,1 % des déchets plastiques étaient recyclés en 2020, alors que l’objectif fixé au niveau de l’UE est de 50 % pour 2025. 

Sur la consigne des bouteilles et plastiques à usage unique, la directive européenne sur l’usage des plastiques uniques, en vigueur depuis 2019, exige un taux de collecte de 77 % en 2025 et de 90 % en 2029. Ces objectifs sont repris tels quels dans la loi AGEC. 

En 2021, le taux de collecte en France était de 61 %. « Nous le savons et nous ne nous cachons pas », ont déclaré début juin à EURACTIV France les services de la secrétaire d’État à l’Écologie.  

En conséquence, Mme Couillard a également annoncé la mise en place d’un bonus-malus sur la collecte des bouteilles plastiques pour les collectivités. Cette mesure s’accompagne de deux autres : l’une concernant l’interdiction de certains plastiques non recyclables à partir de 2025 et l’autre relative à la tarification incitative, déjà en place mais ne couvrant pas assez de foyers en France, contrairement aux recommandations européennes.

Rassurer les collectivités

Mais plusieurs difficultés parsèment le chemin français, comme « des écarts assez sensibles entre les régions administratives » qui se traduisent par des systèmes de collecte différents selon les régions, explique Citeo, un organisme public à but non lucratif.

Certains élus locaux voient d’ailleurs d’un mauvais œil ces annonces sur la consigne. Elles pourraient, en effet, représenter de nouvelles charges financières à leurs frais. Raison pour laquelle les organismes appellent à une mobilisation accrue de fonds publics.

Comme les ONG, les élus locaux s’interrogent également sur l’utilité de mettre l’accent sur la consigne pour atteindre les objectifs généraux de réduction des déchets plastiques. Tout comme la directive sur les déchets plastiques le relève, il ne s’agit que d’un des leviers à actionner pour atteindre les objectifs de recyclage, plaident les ONG.

« Nous avons passé des heures en consultation sur ce sujet des bouteilles, alors qu’il est marginal : on parle d’une collecte de 100 000 tonnes supplémentaires de bouteilles, or les déchets plastiques représentent 5 millions de tonnes en France », déplorait dans Les Echos Nicolas Garnier, délégué général chez Amorce, une association de collectivités impliquée dans la gestion des déchets et de l’énergie au niveau local.

À l’inverse, selon Citeo, un dispositif de consigne national pour le recyclage harmonisé au niveau du pays semble être le plus efficace pour atteindre les objectifs 2030 de recyclage des déchets. Le gain pourrait en effet être de 10 points supplémentaires pour les objectifs de recyclage du plastique.

De tels dispositifs sont déjà en place dans un certain nombre d’États membres de l’UE, en tête desquels l’Allemagne, la Slovénie, la Lituanie, l’Estonie, le Danemark, la Finlande ou encore la Suède. Tous, sauf la Suède (88 % de taux de consigne du plastique) ont d’ores et déjà atteint, voire dépassé, les objectifs fixés pour 2030 (90 %).

Globalement, le taux de consigne moyen européen des contenants en plastique est de 60 %.

[Édité par Davide Basso et Frédéric Simon]