La France tente de renouer le dialogue avec la Turquie
En visite en Turquie, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a tenté de réchauffer les relations avec Ankara, assombries par les déclarations hostiles de Nicolas Sarkozy sur l’adhésion de ce pays à l’UE. Dans le même temps, le Parlement européen a adopté un projet de résolution incitant Ankara à accélérer les réformes.
En visite en Turquie, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a tenté de réchauffer les relations avec Ankara, assombries par les déclarations hostiles de Nicolas Sarkozy sur l’adhésion de ce pays à l’UE. Dans le même temps, le Parlement européen a adopté un projet de résolution incitant Ankara à accélérer les réformes.
En bref :
Renforcer le dialogue, réchauffer les relations… Ces différentes expressions ont ponctué le discours du chef de la diplomatie française lors de la conférence de presse organisée à l’issue de sa rencontre avec son homologue Ali Babacan, vendredi 5 octobre, à Ankara.
Cette première visite en Turquie d’un ministre français depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, qui a d’ailleurs été plutôt vertement accueillie par Ankara, a été l’occasion pour Bernard Kouchner d’aborder différents points de friction entre les deux pays, notamment l’adhésion de la Turquie à l’UE. « La position française est très claire, nous avons le temps », a indiqué le ministre français des Affaires étrangères, pourtant personnellement favorable à cette adhésion.
Cette rencontre fait suite à l’entretien de Nicolas Sarkozy avec le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le 24 septembre dernier à New York. Au cours de cet entretien, les deux hommes s’étaient mis d’accord sur la mise en place d’un groupe de travail afin d’étudier les différentes possibilités en vue de l’adhésion de la Turquie à l’UE.
Si le président français a mis de l’eau dans son vin depuis l’élection présidentielle, en ne s’opposant pas à l’ouverture de nouveaux chapitres de négociations avec la Turquie, Nicolas Sarkozy ne se dit pourtant pas favorable à une véritable adhésion. (Lire EURACTIV 28/08/07)
« Nous ne sommes d’accord pour négocier que sur les chapitres qui ne mènent pas à l’adhésion. Nous sommes à la recherche d’un modus vivendi », a toutefois précisé le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, lors d’une conférence organisée par Générations d’idées, jeudi 13 septembre. (Lire EURACTIV 17/09/07)
« Nous partageons une volonté commune d’améliorer nos relations dans tous les domaines ». « Je considère nos entretiens d’aujourd’hui comme le début d’un nouvel élan dans nos rapports », a pourtant indiqué le chef de la diplomatie turque Ali Babacan à l’issue de sa rencontre avec Bernard Kouchner.
Au programme des discussions, la participation de Gaz de France au consortium du futur gazoduc Nabucco, qu’Ankara a pour le moment toujours refusé, en réaction à la position de la France sur le génocide arménien.
La proposition de loi réprimant la négation du génocide par la Turquie, votée en première lecture, l’année dernière, par l’Assemblée nationale, avait en effet provoqué la colère des dirigeants turcs.
La volonté d’Ankara de « développer les exportations vers la France », telle que l’a annoncé le chef de la diplomatie turque vendredi dernier, pourrait néanmoins débloquer l’affaire Nabucco.
La saison culturelle turque, qui aura lieu en France en 2009, peut également contribuer à renforcer le dialogue entre les deux pays.
Accélérer les réformes
Alors que les Français tentent de réchauffer leurs relations avec Ankara, la commission des Affaires étrangères du Parlement européen à adopté à l’unanimité, mercredi 3 octobre, un projet de résolution sur les relations UE-Turquie.
La résolution est considérée comme un signe avant-coureur de la position exprimée par la Commission européenne dans son rapport annuel sur les progrès réalisés par la Turquie, à paraître le 7 novembre.
Les députés y saluent l’intention du gouvernement turc d’adopter une nouvelle constitution civile, qui protégerait les libertés et les droits fondamentaux et soutiendrait la récente ouverture des négociations sur le chapitre de l’énergie.
Néanmoins, leur résolution « souligne la nécessité de combattre efficacement tous les types d’extrémisme et de violence », en insistant sur l’importance d’assurer « un contrôle entier et effectif de la population civile sur l’armée ». Les députés ont également appelé à davantage de supervision parlementaire des services secrets et de police, et ont déclaré que la liberté d’expression et la liberté de la presse devraient être « la priorité numéro un du gouvernement ».
La résolution demande également le retrait des troupes turques de Chypre afin de faciliter la négociation d’un accord.
Sur la question kurde, le Parlement encourage une initiative politique visant un accord durable et la mise en place d’une stratégie complète soutenue par la Commission pour le développement socio-économique du sud-est de la Turquie.
Parallèlement, les députés ont appelé la Commission à accorder un « soutien ciblé à la société civile » dans le pays et à faire un rapport sur l’efficacité du soutien financier fourni à la communauté chypriote turque.