La France se positionne comme « moteur » du réarmement européen
La France a réaffirmé son rôle de premier plan dans le renforcement de la défense européenne, et elle compte sur l’Allemagne comme allié stratégique.
Lundi 14 juillet, l’Élysée a publié sa revue nationale stratégique pour 2025, qui présente les priorités du pays jusqu’en 2030 en réponse à « l’évolution du contexte stratégique ».
Selon ce document, la France entend renforcer le rôle de l’Europe au sein de l’OTAN, historiquement mené par les États-Unis, tout en faisant progresser l’autonomie stratégique du continent dans un contexte de désengagement progressif de Washington.
« Le rôle de la France, seul État membre de l’Union européenne doté de l’arme nucléaire et contributeur majeur à la sécurité de l’Europe, est d’être moteur du réarmement stratégique européen », peut-on lire dans le document de 100 pages.
Paris estime que le meilleur moyen d’y parvenir est de renforcer le « rôle primordial » du partenariat franco-allemand.
« La France et l’Allemagne contribueront conjointement au renforcement de l’intégration et de la capacité d’action de l’Europe et de sa capacité de défense », précise la stratégie.
Parmi les autres partenariats bilatéraux clés cités figurent le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne. La Pologne, premier contributeur européen à l’OTAN, n’occupe que la cinquième place en termes d’importance.
Davantage de financement
Emmanuel Macron a annoncé dimanche 13 juillet que le budget de la défense de la France serait augmenté de 3,5 milliards d’euros en 2026, puis de 3 milliards supplémentaires en 2027, en plus du projet de loi de programmation militaire visant déjà à renforcer les dépenses de défense jusqu’en 2030.
Le président de la République a indiqué que cette augmentation devait être financée par plus d’activité et plus de production, et non par un accroissement de la dette. Toutefois, la provenance de ces fonds supplémentaires reste incertaine.
Le Premier ministre François Bayrou devrait présenter mardi 15 juillet le projet de loi de finances pour 2026, qui devrait préciser le financement des dépenses supplémentaires en matière de défense.
Cette proposition devrait toutefois être rejetée par tous les partis d’opposition, et les médias estiment que le débat parlementaire qui s’ensuivra pourrait menacer la position de François Bayrou à l’automne.
La France affiche actuellement un déficit budgétaire de 5,4 % du PIB, soit plus de 2 % au-dessus de la limite de 3 % fixée par les règles de l’UE. À ce jour, 16 États membres de l’Union ont demandé à activer la clause dérogatoire qui leur permet de dépasser le plafond de déficit et d’emprunter jusqu’à 1,5 % supplémentaire du PIB annuel pour la défense au cours des quatre prochaines années.
Interrogé par Euractiv sur la position de la Commission européenne concernant les dépenses de défense proposées par la France, un porte-parole a déclaré que ces augmentations « devraient être réalisées sans compromettre la discipline budgétaire ».
Outils de financement européens
En ce qui concerne les initiatives de l’UE, le document français exprime son soutien à de nouvelles options de financement européen, citant le Livre blanc sur la défense de la Commission européenne, qui prévoit une enveloppe de 150 milliards d’euros pour les achats groupés — baptisée SAFE (Security Action for Europe) — approuvée par les États membres en mai.
À l’heure actuelle, la France n’a toujours pas précisé si elle participerait au programme SAFE.
Les Vingt-Sept ont jusqu’au mois de décembre pour soumettre des projets communs à la Commission dans le cadre de ce programme, qui accordera des emprunts afin de commander avec au moins un autre État partenaire des équipements.
La France pourrait participer à des projets dans les domaines des communications spatiales, de la défense sol-air et du transport aérien tactique et stratégique, indique la revue stratégique.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]