La France réduit ses émissions de 5,8 % en 2023 : les politiques jubilent, les ONG tempèrent

Les politiques se sont empressés de célébrer la réduction de 5,8 % des émissions de gaz à effet de serre de la France en 2023 par rapport à 2022, mais les ONG environnementales rappellent l'importance des effets conjoncturels dans ces résultats records.

Euractiv.com
French President Macron hosts economic Summit Choose France
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du septième « Sommet Choose France », visant à attirer les investisseurs étrangers dans le pays, au Château de Versailles, à l'extérieur de Paris, France, 13 mai 2024. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN / POOL MAXPPP OUT]

Les politiques se sont empressés de célébrer la réduction de 5,8 % des émissions de gaz à effet de serre de la France en 2023 par rapport à 2022, mais les ONG environnementales rappellent l’importance des effets conjoncturels dans ces résultats records. 

« C’est sans précédent », a déclaré sur X le président de la République Emmanuel Macron mercredi (22 mai) au moment de partager les chiffres mis à jour et définitifs du CITEPA, l’organisme chargé de surveiller les émissions de gaz à effet de serre de la France.

La France a ainsi réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 5,8 % entre 2023 et 2022.

Entre 2022 et 2021, les émissions avaient baissé de 2,7 %. Entre 2017 et 2023, les émissions françaises sont ainsi passées de 460 millions de tonnes équivalent dioxyde de carbone (CO2) à 370 millions de tonnes, soit une baisse d’environ 20 %.

« C’est le résultat de notre action en France et en Europe. Ça marche ! », s’est félicité sur X Pascal Canfin, eurodéputé français (Renew) et président de la commission Environnement au Parlement européen.

Conjoncturel, plutôt que structurel, selon les ONG

Côté ONG environnementales, les réactions sont plus réservées.

« Un peu de modestie serait bienvenu », a déclaré sur X Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, ajoutant que « si la baisse des émissions de gaz à effet de serre en France est une bonne nouvelle, analyser les causes est important avant de s’auto-congratuler ! ».

La réduction en 2023 est largement due à la remise en service du parc nucléaire français, dont la moitié était à l’arrêt en 2022, obligeant le pays à importer de l’électricité à partir de combustibles fossiles, explique Mme Bringault.

Côté industrie, la baisse de 9 % en 2023 s’explique surtout par la baisse d’activité économique, a-t-elle ajouté.

En outre, tous les secteurs ne connaissent pas une baisse importante de leurs émissions. Celles du secteur des transports, par exemple, n’ont diminué que de 3 %. Pire, une hausse de 16 % est enregistrée entre 2022 et 2023 dans le secteur aérien.

En d’autres termes, « cette trajectoire [de réduction des émissions] sera pérenne que si des mesures supplémentaires sont mises en œuvre », a déclaré M. Bringault.

Objectifs européens

D’ici à 2030, la France souhaite réduire de 50 % (55 % net) ses émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990, conformément aux ambitions du « Green Deal » européen.

Un taux de réduction annuel de 5,8 % permettra à la France d’atteindre ces objectifs, mais seulement s’il devient structurel, c’est-à-dire si la France réalise des réductions similaires chaque année.

La France n’est pas seule à atteindre des niveaux de réduction historique. L’Allemagne également a atteint des niveaux records, réduisant ses émissions de 10,1 % entre 2023 et 2022, et de 46 % depuis 1990. Toutefois, les plans actuels des 27 États membres ne leur permettront de réduire leurs émissions que de 51 % d’ici à 2030, alors que l’objectif est de -55 %.

[Edité par Donagh Cagney.]